21.03.2008
souffrance et prophétie
Jonas et moi étions embarrassés pour amener ici une question qui nous tient particulièrement à coeur et qui est celle du prophétisme. Nous profitons du calendrier liturgique pour l'introduire dans notre blog. Et à la faveur du Vendredi Saint, nous vous présentons ces pensées mariales sur la souffrance.
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Deux mots d'introduction sur cette question du prophétisme que nous considérons comme décisive non seulement dans le dispositif judéo-chrétien, mais encore dans celui de la pensée contemporaine. Et pas seulement dans le sens où l'entend Léo Strauss qui entend conserver une tension "entre Athènes et Jérusalem".
Il faut tenir pour stratégique l'intervention de Spinoza sur la question du prophétisme dans son Traité Théologico-politique. Et il est vrai que sur ce point particulier, on ne trouve guère dans la philosophie contemporaine que des penseurs juifs, à commencer par Hermann Cohen, pour élever une protestation contre la critique de Spinoza.
J'ajoute que, à ma connaissance, certains milieux thomistes ne paraissent pas non plus avoir tiré les conséquences philosophiques de la recrudescence du phénomène prophétique à partir du milieu du XIXe siècle. Il semblent au contraire résister énergiquement à tirer lesdites conséquences. J'ai eu l'occasion de constater personnellement ce phénomène « d'agnosticisme thomiste » qu'Étienne Gilson évoque quelque part dans son Duns Scot : il est vrai que Duns Scot pose pour sa part ce problème à nouveaux frais.
La position de ces thomistes, par ailleurs gens fort savants et admirables,, exceptionnels connaisseurs d'Aristote et de Saint Thomas, comme vous pouvez le constater si vous allez vous promener sur les forums du Grand Portail Saint Thomas d'Aquin, est grosso modo la suivante : on ne peut mélanger théologie et philosophie car la philosophie s'occupe de la sphère naturelle et la théologie de la sphère surnaturelle.
En effet, selon Aristote, la nature nous est donnée tout entière et dans toute sa perfection dans le monde présent. Si un philosophe peut dire quelque mot sur la sphère surnaturelle ce ne peut être que par analogie. Pas question d'importer des données théologiques, c'est-à-dire des données de la Révélation , dans le domaine philosophique. Pas question de parler de « métaphysique de l'Exode » ou de « philosophie chrétienne » comme faisait Gilson ou Maritain -- ce dernier pour d'autres raisons il est vrai.
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L'objection de Duns Scot à un tel point de vue est la suivante : le Philosophe, c'est-à-dire Aristote, ne pouvait pas savoir que la nature était blessée par la Chute. Personne ne pouvait le savoir naturellement, il fallait le secours d'une information d'origine externe, c'est-à-dire d'une information par voie révélée (prophétique). Et Aristote n'a pas connu la Révélation.
Question : est-il rationnel de rejeter une information décisive qui nous est donnée sur la nature sous prétexte qu'elle n'est pas naturelle par soi, alors même qu'elle semble se vérifier par la présence du mal dans le monde et se voit confirmée au fil du temps par la réalité historique ? Une conséquence que nous tirons pour notre part de cette conclusion de Duns Scot, c'est que la nature n'est pas achevée dans sa perfection, contrairement à ce que soutient la rationalité philosophique : par conséquent, si c'est une nature blessée, non achevée, il est peut-être opportun de penser qu'il y a une nature qui vient, nature en voie de guérison.
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Il faudra revenir, et longuement, sur ce tournant scotiste de la pensée. Il nous suffit ici de savoir qu'au sens de Scot, il existe une controverse, disons « idéale », entre philosophi et theologi, c'est-à-dire une controverse qui a lieu non pas entre deux disciplines, mais entre deux types d'hommes. L'enjeu de la dispute porte sur la question de savoir qui peut, du philosophe ou du théologien, rendre le mieux raison du bonheur de l'homme. Les deux disciplines se disputent en effet le privilège exorbitant, puisqu'il n'est pas sans effet sur le gouvernement de la Cité , d'indiquer à l'homme le chemin de sa jouissance dernière -- voire de le conduire vers cette jouissance.
Ce qui est en jeu c'est un état de la question qui tient exactement au type d'approche que je peux avoir sur l'être. Si je suis un philosophe je vais considérer le monde sous l'angle de la perception sensible que j'en ai et à partir de là je m'en remettrai au progrès naturel de ma raison qui va l'amener à la conclusion que l'être ainsi perçu est achevé et parfait.
Mais si je suis un théologien, ce que j'appréhenderai a priori ce sera l'Autre. L'Autre qui me prévient de ce que je n'aurais jamais pu savoir autrement, c'est-à-dire que la nature qui se présente à moi est blessée (à commencer par ma raison, point à expliquer à l'occasion) et que je suis invité à participer à sa guérison -- guérison dont dépend mon bonheur.
Et quand l'Autre me dit qu'il y a une nature qui vient et qui sera une nature guérie, il me semble raisonnable et rationnel de tendre l'oreille.
À ce moment-là, je comprends qu'entre naturel et surnaturel il n'y a pas coupure mais continuité et que certaines dimensions que j'appelle surnaturelles aujourd'hui seront pour moi naturelles demain.
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C'est précisément ce que nous promettent les prophéties, en particulier les prophéties mariales contemporaines.
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Les extraits prophétiques que nous vous présentons ci-dessous proviennent d'un message de la Vierge Marie donné le 14 mars 1964 à Kérizinen en Bretagne à Jeanne-Louise Ramonet, une pauvre femme qui vivait avec une vache, dans ce hameau de trois fermes, seule et en mauvaise santé, par ailleurs personne de bon sens et de grande piété. Celui qui ne comprend pas l'amour de Marie pour la pauvreté ne comprend rien au christianisme. Celui-là peut dire qu'il est chrétien quand il ressent lui-même cet amour. Bref.
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Le message que nous citons porte sur la valeur de la souffrance. C'est un choix naturel en ce jour de Vendredi Saint. La référence bibliographique est ici : Kérizinen de Raoul Auclair, aux éditions NEL, 1968.
La Vierge Marie nous parle :
« Que votre foi et votre amour repentant vous fassent revivre les scènes douloureuses du grand mystère de votre salut et vous aident à mieux comprendre le prix de la souffrance et de la croix. »
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« Ce n'est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort : c'est l'homme qui les a introduites par le péché. Dieu est la vie ; le péché le rejet de Dieu. Mais quelle merveilleuse trouvaille de l'Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut ce fruit naturel du péché, la souffrance ! Elle devient purification pour qui la prend chrétiennement, s'efforçant de comprendre et d'accepter l'intention de Dieu. »
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« La souffrance est une maîtresse de sagesse divine. Elle vous aide à vivre dans votre foi, dans votre espérance et votre amour de Dieu seul. Elle est nécessaire à qui veut entrer dans la joie de Dieu. »
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« Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car, depuis le Christ, la souffrance n'est plus un phénomène angoissant, mais une ressemblance, une bouleversante élection. »
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« Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître, dans le Christ, la plus sainte, la plus noble image de ce qu'ils sont devenus. »
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« Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré ; non une mutilation, non un échec, mais une victoire. Le corps du Christ, désormais, c'est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés. »
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« Si votre pèlerinage terrestre est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus lui-même a suivie, vous savez aussi que cela vous permet de voguer vers le rivage de l'éternelle lumière et de la joie sans fin. Il faut souffrir et mourir avec le Christ pour vivre avec lui. »
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« Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix jamais (...) »
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« Ne soyez pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu'une grande joie habite vos coeurs puisque, d'avance, vous savez que la victoire vous est acquise : elle prend sa source dans le Christ ressuscité (...) »
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« Faire rayonner la joie sur terre, c'est rendre témoignage au Christ ressuscité. C'est éveiller en vos frères le désir d'en connaître le secret, la soif de la partager avec vous. »
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Évidemment, c'est un peu dur... surtout lorsque on voit la manière presque affolée dont le monde des frères nous présente la souffrance, en la dissimulent le plus possible, un peu comme on balaie des ordures pour les glisser sous le tapis...
Seulement, la souffrance est indissolublement liée à la vérité, et vice versa. Comme dit Marie : « Les joies peuvent vous tromper mais pas les croix ».
JLB





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