26.03.2008

six thèses sur la mystique chrétienne

 
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Thèse 1 : seule la mystique chrétienne est une mystique personnelle.

La mystique dont je parle est la mystique chrétienne (et s’il m’arrive d’évoquer la mystique orientale, je parle des chrétiens d'Orient). C'est que la structure en jeu ici est fondamentalement différente (je dis fondamentalement) de celle qui est en jeu dans les autres aires religieuses.

Dans la mystique chrétienne il y a relation à un Autre. Je mets une majuscule pour présenter le même grand Autre que les auteurs contemporains (en particulier athées), et ce pour pouvoir du coup affirmer à la face de ces mêmes auteurs que, contrairement à ce qu'ils soutiennent, la place du grand Autre n'est pas vide. Elle n'est pas destinée à des comités d'éthique comme on fait aujourd'hui.  

Si on l'appelle l’Autre, c'est parce que c'est un Dieu vivant, celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob certes, mais c'est aussi un Dieu trinitaire, c'est-à-dire personnel : sa place n'est pas vide, mais toujours occupée par une au moins des trois Personnes. De sorte que nous ne vivons, ne respirons, ne connaissons et n'aimons que dans cet Autre comme nous allons l’apprendre de la nature qui vient.

Où l’on voit qu'il n'y a rien de plus subjectif que cette position de la mystique chrétienne puisqu'elle se situe nécessairement par rapport à cet Autre. Et en même temps, rien de plus réel, si l’on nous accorde son existence.

Plus précisément encore, nous parlerons d’aventure personnelle ou mieux interpersonnelle de la mystique chrétienne – considérant que c'est l'Autre qui est à la manœuvre et que moi qui suis embarqué, disons cela pour simplifier, ne puis que consentir ou refuser. 

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Thèse 2 : la voie mystique n’est pas la voie initiatique.

Il faut d'abord distinguer la voie mystique de la voie initiatique. Le critère essentiel de la différence entre ces deux voies est le suivant : dans l'expérience mystique, Dieu « descend » vers l'homme, toute l'initiative est de son côté, alors que dans la voie initiatique c'est l'homme qui tient le manche ; le mystique est passif, l'initié actif.

Dans l'expérience mystique, l'homme s'inscrit dans une passion.

À tous les sens du mot : et d'abord parce que le préalable incontournable à toute expérience de ce genre, la condition absolue nécessaire à toute connaissance de Dieu est la charité, comme le souligne par exemple la mystique cistercienne. Mais aussi parce que l'expérience mystique concrète se présente a priori comme un chemin de croix.

Par contre dans l'expérience initiatique, Dieu est un principe avant même toute manifestation ou révélation : c'est ce qui fait de cette expérience une expérience gnostique, c'est-à-dire la recherche d'une connaissance dite « métaphysique » qui rejoindrait un savoir primordial un et universel.

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Thèse 3 : la mystique n’est pas une question théorique mais un réel.

Un réel, c'est-à-dire une réalité à vivre. Un réel balisé par un certain nombre d'étapes concrètes et tout à fait susceptible de description.

Pour faire cette description, Sainte Thérèse par exemple prend l'image du château intérieur et de sept demeures successives à y découvrir. Saint-Jean de la Croix, de son côté, a proposé son propre timing autour de la notion des nuits mystiques.

Mais plus près de nous, nous avons la formidable somme de théologie ascétique et mystique du père Marie-Eugène – le père Marie-Eugène qui est mort en 1964 en odeur de sainteté. Nous trouvons dans ce travail de toute une vie de carme la phénoménologie la plus précise qui soit de la « montée au Carmel », c'est-à-dire une description extrêmement fine, étape par étape, de la réalité de la mystique chrétienne.

Les deux premières pages de ce livre extraordinaire qui en compte plus de 1000 sont déjà d'une profondeur saisissante : il s'agit d'un tableau synoptique qui met en parallèle le plan de l’ouvrage avec les demeures thérésiennes et la terminologie des nuits de Saint Jean. Par exemple : quatrième demeures/nuit des sens ; cinquièmes demeures/union de volontés ; sixièmes demeures/nuit de l'esprit ; septième demeures/mariage spirituel, union transformante.

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Père Marie-Eugène

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   Thèse 4 : la mystique est le chemin objectif d'une mutation subjective.

La mystique est-elle une dimension subjective ? Certainement, mais il paraît surtout que c'est le chemin objectif d'une mutation subjective.

Il y a en quelque sorte passage programmé du vieil homme au nouveau, c'est-à-dire du moi « psychique » (Saint Paul) au moi « divinisé ». Et je pèse mes mots. À ce sujet, je signale à ceux que cela intéresse qu'une de nos prochaines notes sur ce blog portera sur la différence entre « guérison psychique » et « guérison spirituelle ».

Il y a plus : cette mutation subjective, nous sommes tous appelés à la vivre, à la vivre concrètement – libre à nous de répondre ou non à cet appel. Mais souvent la porte qui s'ouvre comme invitation dans cette voie est la porte de la souffrance. Évidemment, dans le monde des frères (mais sans père), où la souffrance est considérée comme un mal (à la façon cartésienne), l'invitation est de plus en plus rarement entendue. Et la porte de la mystique, faute de formation religieuse, en particulier chrétienne, adéquate, est refermée par nous avec horreur.

Mais dans la mystique (surtout chrétienne) c'est comme en physique quantique, ce qui est observé dépend de la position de l'observateur.

Prenons un exemple : la maladie (ou de façon générale, le coup dur). Suivant mon désir, je vais changer sa nature : soit je la déteste et je la vois comme un mal (voire comme LE mal, comme on le fait de plus en plus aujourd’hui), soit je la « comprends » comme une nuit mystique (c'est le cas courant d'une nuit des sens), comme une misère nécessaire (je lui donne le sens de la croix) et je me résous à la supporter (ce qui ne veut pas dire que je ne me soigne pas). De quoi aurais-je peur, puisque Dieu est avec moi ?

Bref, mon désir me met sur le chemin, c’est-à-dire me livre le sens de ma souffrance.

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Thèse 5 : pour parler de la mystique les mots nous manquent.

Comme on l’a déjà dit (thèse n°2), on peut écrire sur la mystique, c’est-à-dire la considérer comme un objet de connaissance mais il y a une difficulté propre à sa nature même : elle est inintelligible si on ne la vit pas, en même temps qu'impénétrable si on ne porte pas sur elle le regard de la foi.

Ainsi si vous essayez de comprendre la nuit de l'esprit , par la lecture par exemple, sans au moins la désirer un peu, le livre vous tombe des mains.

Essayez de lire Le Château Intérieur : vous avez très rapidement l'impression d'être au cœur d'une forêt d’une densité inextricable. Ce n'est qu'à la longue qu'on avance un peu. Les mots se dérobent sans cesse.

Mais il y a plus : celle qui tient la plume, ici Sainte Thérèse, ne cesse elle-même de dire que les mots lui manquent. Il y a défaillance symbolique radicale. Cette défaillance de l’écriture est différente de la défaillance de la lecture qu’on vient d’évoquer.

Traditionnellement, en effet, on considère la mystique comme la voie négative, c'est-à-dire celle qui permet de connaître Dieu par ce qu'il n'est pas : les mots humains sont impuissants à nommer Dieu, qui dès lors ne peut être connu que négativement -- on parle aussi de voie anagogique : par exemple, il n'est pas simplement bon, mais suréminemment bon. Cette conception qui date du pseudo-Denis (IVe siècle) semble s'être vérifiée dans les écrits mystiques les plus connus.

On peut toutefois se demander aujourd'hui, dans une conjoncture historique où des signes sont donnés, en particulier signes prophétiques, d'un certain dévoilement du divin, si cette thèse reste valable et si on ne peut penser que Dieu nous permet de parler de lui de façon non plus négative, mais dans une certaine mesure dans la pauvreté de nos mots humains. Voir à ce propos notre thèse 6.

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Thèse 6 : la mystique chrétienne est en passe de devenir non une expérience personnelle et singulière mais l'expérience de tous : une expérience universelle.

Nous nous trouvons dans une passe historique unique dans laquelle le grand Autre va frapper à la porte non pas de tel ou tel en particulier, mais de tous en même temps. La chose ne peut plus être seulement individuelle. C'est l'affaire de la communauté. Communauté qui est fermée comme une marmite depuis la foutaise du Contrat Social et qui va devoir renouer, qu'elle le veuille ou non, le lien qu'elle a rompu il y a quelques siècles.

 Le renouer par un dévoilement universel.

C'est en particulier pour parler de ce dévoilement que j'ai ouvert ce blog, mais comme il s'agit de parler essentiellement à des couches intellectuelles, gens à la tête dure et à la foi chichiteuse (je me compte évidemment dans le lot), je suis obligé de le prendre de haut pour ne pas passer pour un illuminé, c'est-à-dire de montrer la patte blanche de la « culture », culture dont j'ai pu dire il y a deux ou trois notes tout le mépris que j'en avais.

D'où la thèse implicite qui soutient cet ensemble :

une partie de ce qui aujourd'hui est grâce est appelé à devenir nature demain.

JJ



 

21.03.2008

souffrance et prophétie

 
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Jonas et moi étions embarrassés pour amener ici une question qui nous tient particulièrement à coeur et qui est celle du prophétisme. Nous profitons du calendrier liturgique pour l'introduire dans notre blog. Et à la faveur du Vendredi Saint, nous vous présentons ces pensées mariales sur la souffrance.

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Deux mots d'introduction sur cette question du prophétisme que nous considérons comme décisive non seulement dans le dispositif judéo-chrétien, mais encore dans celui de la pensée contemporaine. Et pas seulement dans le sens où l'entend Léo Strauss qui entend conserver une tension "entre Athènes et Jérusalem".

Il faut tenir pour stratégique l'intervention de Spinoza sur la question du prophétisme dans son Traité Théologico-politique. Et il est vrai que sur ce point particulier, on ne trouve guère dans la philosophie contemporaine que des penseurs juifs, à commencer par Hermann Cohen, pour élever une protestation contre la critique de Spinoza.

J'ajoute que, à ma connaissance, certains milieux thomistes ne paraissent pas non plus avoir tiré les conséquences philosophiques de la recrudescence du phénomène prophétique à partir du milieu du XIXe siècle. Il semblent au contraire résister énergiquement à tirer lesdites conséquences. J'ai eu l'occasion de constater personnellement ce phénomène « d'agnosticisme thomiste » qu'Étienne Gilson évoque quelque part dans son Duns Scot : il est vrai que Duns Scot pose pour sa part ce problème à nouveaux frais.

La position de ces thomistes, par ailleurs gens fort savants et admirables,, exceptionnels connaisseurs d'Aristote et de Saint Thomas, comme vous pouvez le constater si vous allez vous promener sur les forums du Grand Portail Saint Thomas d'Aquin, est grosso modo la suivante : on ne peut mélanger théologie et philosophie car la philosophie s'occupe de la sphère naturelle et la théologie de la sphère surnaturelle.

En effet, selon Aristote, la nature nous est donnée tout entière et dans toute sa perfection dans le monde présent. Si un philosophe peut dire quelque mot sur la sphère surnaturelle ce ne peut être que par analogie. Pas question d'importer des données théologiques, c'est-à-dire des données de la Révélation , dans le domaine philosophique. Pas question de parler de « métaphysique de l'Exode » ou de « philosophie chrétienne » comme faisait Gilson ou Maritain -- ce dernier pour d'autres raisons il est vrai.

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L'objection de Duns Scot à un tel point de vue est la suivante : le Philosophe, c'est-à-dire Aristote, ne pouvait pas savoir que la nature était blessée par la Chute. Personne ne pouvait le savoir naturellement, il fallait le secours d'une information d'origine externe, c'est-à-dire d'une information par voie révélée (prophétique). Et Aristote n'a pas connu la Révélation.

Question : est-il rationnel de rejeter une information décisive qui nous est donnée sur la nature sous prétexte qu'elle n'est pas naturelle par soi, alors même qu'elle semble se vérifier par la présence du mal dans le monde et se voit confirmée au fil du temps par la réalité historique ? Une conséquence que nous tirons pour notre part de cette conclusion de Duns Scot, c'est que la nature n'est pas achevée dans sa perfection, contrairement à ce que soutient la rationalité philosophique : par conséquent, si c'est une nature blessée, non achevée, il est peut-être opportun de penser qu'il y a une nature qui vient, nature en voie de guérison.

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Il faudra revenir, et longuement, sur ce tournant scotiste de la pensée. Il nous suffit ici de savoir qu'au sens de Scot, il existe une controverse, disons « idéale », entre philosophi et theologi, c'est-à-dire une controverse qui a lieu non pas entre deux disciplines, mais entre deux types d'hommes. L'enjeu de la dispute porte sur la question de savoir qui peut, du philosophe ou du théologien, rendre le mieux raison du bonheur de l'homme. Les deux disciplines se disputent en effet le privilège exorbitant, puisqu'il n'est pas sans effet sur le gouvernement de la Cité , d'indiquer à l'homme le chemin de sa jouissance dernière -- voire de le conduire vers cette jouissance.

Ce qui est en jeu c'est un état de la question qui tient exactement au type d'approche que je peux avoir sur l'être. Si je suis un philosophe je vais considérer le monde sous l'angle de la perception sensible que j'en ai et à partir de là je m'en remettrai au progrès naturel de ma raison qui va l'amener à la conclusion que l'être ainsi perçu est achevé et parfait.

Mais si je suis un théologien, ce que j'appréhenderai a priori ce sera l'Autre. L'Autre qui me prévient de ce que je n'aurais jamais pu savoir autrement, c'est-à-dire que la nature qui se présente à moi est blessée (à commencer par ma raison, point à expliquer à l'occasion) et que je suis invité à participer à sa guérison -- guérison dont dépend mon bonheur.

Et quand l'Autre me dit qu'il y a une nature qui vient et qui sera une nature guérie, il me semble raisonnable et rationnel de tendre l'oreille.

À ce moment-là, je comprends qu'entre naturel et surnaturel il n'y a pas coupure mais continuité et que certaines dimensions que j'appelle surnaturelles aujourd'hui seront pour moi naturelles demain.

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C'est précisément ce que nous promettent les prophéties, en particulier les prophéties mariales contemporaines.

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Les extraits prophétiques que nous vous présentons ci-dessous proviennent d'un message de la Vierge Marie donné le 14 mars 1964 à Kérizinen en Bretagne à Jeanne-Louise Ramonet, une pauvre femme qui vivait avec une vache, dans ce hameau de trois fermes, seule et en mauvaise santé, par ailleurs personne de bon sens et de grande piété. Celui qui ne comprend pas l'amour de Marie pour la pauvreté ne comprend rien au christianisme. Celui-là peut dire qu'il est chrétien quand il ressent lui-même cet amour. Bref.

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Le message que nous citons porte sur la valeur de la souffrance. C'est un choix naturel en ce jour de Vendredi Saint. La référence bibliographique est ici : Kérizinen de Raoul Auclair, aux éditions NEL, 1968.

 

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La Vierge Marie nous parle :  

 

« Que votre foi et votre amour repentant vous fassent revivre les scènes douloureuses du grand mystère de votre salut et vous aident à mieux comprendre le prix de la souffrance et de la croix. »

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« Ce n'est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort : c'est l'homme qui les a introduites par le péché. Dieu est la vie ; le péché le rejet de Dieu. Mais quelle merveilleuse trouvaille de l'Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut ce fruit naturel du péché, la souffrance ! Elle devient purification pour qui la prend chrétiennement, s'efforçant de comprendre et d'accepter l'intention de Dieu. »  

« La souffrance est une maîtresse de sagesse divine. Elle vous aide à vivre dans votre foi, dans votre espérance et votre amour de Dieu seul. Elle est nécessaire à qui veut entrer dans la joie de Dieu. »  

« Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car, depuis le Christ, la souffrance n'est plus un phénomène angoissant, mais une ressemblance, une bouleversante élection. »

« Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître, dans le Christ, la plus sainte, la plus noble image de ce qu'ils sont devenus. »

« Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré ; non une mutilation, non un échec, mais une victoire. Le corps du Christ, désormais, c'est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés. »

« Si votre pèlerinage terrestre est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus lui-même a suivie, vous savez aussi que cela vous permet de voguer vers le rivage de l'éternelle lumière et de la joie sans fin. Il faut souffrir et mourir avec le Christ pour vivre avec lui. »

« Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix jamais (...) »

« Ne soyez pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu'une grande joie habite vos coeurs puisque, d'avance, vous savez que la victoire vous est acquise : elle prend sa source dans le Christ ressuscité (...) »

« Faire rayonner la joie sur terre, c'est rendre témoignage au Christ ressuscité. C'est éveiller en vos frères le désir d'en connaître le secret, la soif de la partager avec vous. »

 

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Évidemment, c'est un peu dur... surtout lorsque on voit la manière presque affolée dont le monde des frères nous présente la souffrance, en la dissimulent le plus possible, un peu comme on balaie des ordures pour les glisser sous le tapis...

Seulement, la souffrance est indissolublement liée à la vérité, et vice versa. Comme dit Marie : « Les joies peuvent vous tromper mais pas les croix ».

 

                                                    JLB

16.03.2008

un petit tour en enfer, la main dans la main de mon ange (fable)

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    Dans la nuit du 27 au 28 janvier 1997, je rêve encore de l’enfer.  Toujours la même équipe.  

 - Alors, dit le chef, où en sommes-nous ici ?

 - Aujourd’hui 218, chef ! dit X. C’est bien chef, non ? C’est bien, non ?
 - Ferme-la, connard ! dit le chef. Et toi débile ? Demande le chef à Y.
 - J’en suis à 213, chef ! dit Y... Dans trois minutes j’ai le contingent !

 

         Le chef gronde dans sa figure d’ombre froissée. Quelques silhouettes flottent vaguement dans l’horreur pétrifiée de l’immense forge compactée (férocement compactée). Souvent, dans cette irrespirable densité de mal pur, je me prends à suffoquer. Les mots, les noms, se retirent de moi et il n’y a plus que ce lieu d’éclipse, tous feux éteints, où même les flammes sont obscures. « Je ne veux pas mourir dans ce fond épouvantable » dit une voix aussitôt avalée, nulle part entendue. Un train tumultueux tremble et s’ébranle, mais comme empierré dans la carrière de feu, l’effroyable carrière qui semble remuer et balancer et pourtant se fige dans sa nuit sans fin. Alors, je me prends à suffoquer et je m’éveille.

 

         Je m’éveille et je respire. C’est ce qui arrive souvent, mais cette fois-ci je reste avec les ombres, les pitoyables et schématiques ombres et leur chef,  un nommé Pepsi-Pepsi.
 - Le débile en a loupé un, chef ! dit X.
 - Quoi ! crie le chef.
 - Il en a loupé un ! crie X en montrant Y.

 

         Y fait un petit tourbillon de fumée frémissante et tremblée, puis tente de se raidir en une sorte de croquis charbonneux comme s’il voulait s’imprimer dans le lieu. C’est à la fois dérisoire et stupide et je crois bien que c’est la première fois que je vois ça. Ils savent bien tous que c’est sans issue...       

Qui était Y, me demandè-je ? Un être sensible et craintif certainement, une femme me semble-t-il. Et merde...
 - Elle est allée où vous savez, chef, continue Y en gémissant.

 
Un gémissement (une grimace) chiffonne les silhouettes. Le chef grimace.
 - Tu pouvais l’empêcher, radasse ! Crie le chef.
 

 - Je pouvais pas chef ! crie Y.

 - Elle pouvait chef ! vocifère X. Elle l'a fait exprès, chef !! La fille était bête et prétentieuse. Elle était faible, chef ! crie X. Elle était persuadée être la plus jolie, chef !
 - Ne hurle pas comme ça, connard ! crie le chef à X. Et toi, crie le chef à Y, au trou ! Au trou, vomi de radasse !
 - J’ai rien fait chef ! crie Y. Je me suis appliqué, chef ! Je les hais, je les hais aussi ! (crie Y désespérée). Chef !

         Un ricanement agite le groupe d’ombres.
 - Au trou ! crie le chef. Dans la fosse à merde, pet de vagin !
 - Ça c’est bien dit, chef ! crie X.
 - C’est bien dit, chef ! hurlent en choeur les vapeurs d’hommes.

 

         Y s’éloigne avec des froissements de suie, son désespoir raturé sans appel sous les sinistres moqueries des autres. Je soupire. Dans mon sommeil, je soupire. Comment pouvait s’appeler Y avant ce désastre ? Maryse ? Ou peut-être Martine ? J’ai le sentiment d’une consonance de se genre, mais bien sûr c’est invérifiable. On ne peut pas communiquer avec eux. J’ai parfois été tenté de le faire. Mais il ne faut pas. Ils ne peuvent plus communiquer, ils ne savent que haïr. On ne peut pas s’apitoyer. Celui qui essayerait un rapprochement serait perdu. Tout ce qu’ils espèrent, c’est pouvoir nous entraîner dans leur désastre. Il n’y a rien à faire, c’est terrible.

 

         Je ne sais pas ce que tout cela signifie, mais un jour j’ai rêvé d’eux. Je n’arrivais pas à y croire et pourtant, dès le début, j’ai su. Je savais de quoi il s’agissait, j’étais horrifié, mais comment peut-on imaginer... 

         Il est impossible de perdre le souvenir d’une telle horreur. Pire, mille fois pire que tout ce qu’on a pu voir dans l’histoire. Et même dans notre histoire récente. C’est sans fin, sans borne, sans horizon : une existence indéfinie, indéfiniment poursuivie dans une mort à jamais solitaire. Les gaz, la puanteur, à jamais. Les fosses. Les fours, à jamais les fours. C’est à un four que ressemble l’une des entrées de ce lieu. La première fois que j’y fus introduit j’avais treize ans, je m’étais endormi dans le jardin, sous le noyer, et rien ne permettait de prévoir (vraiment rien) cette tournure qu’allaient prendre mes rêves. Avant même que ce premier rêve ne commence, j’étais glacé, étranglé d’angoisse et lorsque j’entrais dans ce qui me semblait être une sorte de ruelle très étroite je me pris à trembler, d’une incoercible et incroyable vibration de tout mon être. Une ruelle très longue et très étroite ou encore un four bas, obscur, resserré. Je ne puis douter que l’idée des fours n’ait été prise là. Quelque obscur SS, noirement inspiré, aura vu cette image dans ses propres rêves. Mais s’il a pensé infliger à ses prisonniers cette sorte de seconde mort qui suinte des murs et accable sa victime, sans trêve ni repos, l’étranglant éternellement d’une agonie toujours recommencée, alors il s’est trompé, car ce que le pauvre supplicié a connu - les affreux tourments d’une mort innommable - a buté sur son exténuement pour finalement aboutir à une délivrance, la petite buée d’un soupir soulagé. Mais lui, le bourreau, déçu, dépité parce que son misérable souffre-douleur lui échappait dans une issue piétinée, il venait d’assurer à sa propre personne ce qu’il avait souhaité à autrui.

         Depuis ce jour de mes treize ans, tout me parait facile en comparaison de ce que j’éprouvais dans ce premier rêve. Au fond du four un cul-de-sac m’était réservé, une étroite cavité de pierre dure et serrée, où l’on ne peut ni s’asseoir ni se coucher et dans laquelle sans air et sans lumière, on ne peut que laisser passer le temps, qui d’ailleurs ne coule pas, n’ayant nulle part où aller, mais demeure comme en flaque dans les trous du sol. Un temps croupi, un temps plombé, un temps toujours plus engorgé.

 

         Mais ce n’était pas cette attente impossible qui faisait le supplice que j’endurais, bien qu’elle y participât. Elle ne faisait qu’ajouter à l’inconfort, si je puis dire, de la situation, à la soif, l’atroce soif qui faisait de ma bouche une cavité parfaitement sèche où le cuir de ma langue rapait contre le cuir du palais et les dents de pierre ; à l’horreur de la claustration, de la fossilisation du corps, à l’inutilité des sens qui ne fournissaient que quelques informations mais toujours plus répugnantes (la pestilence ! L’hallucinante pestilence !) ; non, tout ceci aurait pu être supporté s’il n’y avait eu le feu, à l’intérieur de moi le feu, mon être en flammes - et non pas mon être, mais ma privation d’être qui existait dans cette mort indéfinie; et cette existence sans ordre ni limite brûlait maintenant en moi avec une rage épouvantable, une colère sans but, un désespoir pyromane qui se rongeait dans ses propres braises, alimenté à des remords de sang, des remords à jamais (et dans mon rêve, ils portaient sur les méchantes  tapes que j’avais données, tout petit, à un chien que je détestais). 

         Par la suite, un médecin à qui j’en parlai m’a diagnostiqué une culpabilité inconsciente. Je ne lui ai pas ri au nez par pure politesse. Il est impossible que les mots puissent même approcher cette horreur : toute image ne peut qu’échouer, toute comparaison s’aplatir. Et toute parole s’éteindre. Comment faire sentir une existence sans être, c’est-à-dire sans borne ni mesure ?

 

         Ce qui brûlait en moi était comme un esprit de feu qui ne cessait (depuis toujours ne cessait) de me tendre une existence que j’avais refusé d’accepter, considérant qu’elle m’appartenait. J’avais refusé d’y accorder mon être, me contentant de la posséder chichement, parfois dans l’avarice, parfois dans la prodigalité. Ce premier rêve me mit sur le chemin de la tempérance, il mit d’accord mon être et mon existence et depuis lors mes rêves me transportent et me promènent dans ce lieu de ténèbres sans autre frais qu’une angoisse sans fond. Au gré des nuits, mon exploration se poursuit et à la longue j’ai fini par connaître certains de ses habitants, même si la plupart n’ont pas de nom ni de visage, simples ombres éternellement calcinées.

 

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         Pepsi-Pepsi est cadre d’un groupe spécialisé dans les grands holocaustes. Il est dans un département stratégique, celui des meurtres d’enfants, section prénatalité. Son grand problème, ce sont les chiffres. Pour eux tous, ce qui importe c’est le quantitatif. Régulièrement, et je dirais obsessionnellement, ils comptabilisent, parfois à tout bout de champ; ils comptent, numérotent, recensent. C’est à perte de vue, ils vivent une amère passion statistique d’où la vérité des nombres a fui à jamais et dans leur semblant de pensée le nombre en devient comme malade.
 - 222, chef ! Dit X. J’ai le contingent !
 - Ah ouais ! Dit Pepsi-Pepsi exaspéré. Tu sais ce qui te reste à faire, alors ?
 - Oui chef, dit X.
         X est tout dépité.
 - C’est quoi ? Dit Pepsi-Pepsi.
 - Recommencer, chef ! Dit X.
 - Parfaitement, connard, dit Pepsi-Pepsi.
 - Quel con, hein chef ? Dit Z.
         Je n’ai aucune envie de rire. Je soupire. Au loin on entend les grondements de la grande forge brusquement enfler.

 

         Je soupire et je m’éveille. Je jette un coup d’oeil du côté des chiffres rouges du réveil. Ils me confirment la boucherie annoncée, 2:22. Il est rare que je n’ai pas confirmation de ces chiffres par le réveil. Quand ce n’est pas le cas, je me dis qu’ils se trompent, ce sont eux qui se trompent. Si Pepsi-Pepsi s’en aperçoit ils sont bons pour la fosse à merde éternelle ou le plongeon dans le lac de feu. Couché sur le dos je respire doucement, essayant de desserrer ma gorge crispée, ma poitrine écrasée et douloureuse, retrouvant peu à peu l’atmosphère tiède de notre chambre à coucher. À côté de moi, Mimi dort paisiblement, son bras collé contre le mien.

         Je me rendors. Je sombre dans le sommeil, je coule dans la nuit de l’esprit, la montagne de douleurs se reforme au-dessus de moi, vient obturer le petit trou de la sortie, l’échappée étroite vers le réveil, et déjà je m’engage dans le sombre couloir où je croise d’invisibles formes terrifiées. Avec le temps, j’ai appris que ce sont des nouveaux, depuis peu débarqués, qui prennent conscience de la réalité du lieu, qui comprennent que ça existe vraiment (ils se rendent compte qu’ils l’ont toujours su). Ils comprennent d’un seul coup qu’ils ont voulu cela, que c’est sans retour et ce que je n’arrive toujours pas à m’expliquer, c’est qu’ils acceptent, ils en prennent leur parti. Cela me sidère, je sais qu’ils pourraient ne pas le vouloir, mais il n’y a rien à faire : à quatre-vingt dix-neuf pour cent ils choisissent ça, leur vie a préparé ce choix, toute leur vie, parole par parole, acte par acte, ils ont construit ce parti et après c’est trop tard, le pli est pris, les jeux sont faits, l’heure arrive et beaucoup, beaucoup vraiment, se présentent à l’entrée du noyau de ténèbres et s’y engagent, quoique éperdus d’horreur, sans une seconde envisager l’alternative d’un autre choix - en une fraction de seconde dire non, changer toute l’orientation de sa vie, il n’y en a guère qu’un tout petit pour cent qui le font, et encore... Je crois que c’est l’orgueil qui les retient, jamais le moindre compromis, la plus petite reconnaissance des torts, le retour sur soi-même. Jamais machine arrière. C’est une question d’entraînement. Quand vient le moment du grand virage ce n’est plus possible. La direction est fixée, on ne peut plus changer, on n’a pas appris à le faire. C’est l’ambiance générale du monde, une question de culture.

         A l’entrée du boyau de noirceur, la privation vous prend à la gorge, une implacable privation d’être. Tout est fini, tout l’habillage mondain tissé de ces haillons ontologiques que nous appelons moi, dans lesquels nous nous drapons, quelques mots, quelques images, un peu de musique, tout cela s’est évaporé et vous laisse hébété, la main stupidement tendue, aussitôt retirée (il n’y a rien ici à mendier). Et les terribles grognements commencent, les grognements du non-être, les souffles de la forge, les cheveux se hérissent, une glaciation interne métallise l’âme, l’éternelle phobie de la mort dans laquelle il faut pour toujours exister s’empare de vous et il faut avancer, il faut avancer dans le couloir de l’éternelle douleur, le couloir des condamnés à la terreur ininterrompue. On y est... et au loin on pressent déjà l’immense dévoration, la colossale fabrique de douleur. On y va tout droit. J’accompagne les pauvres ombres glacées (elles savent déjà, confusément elles savent). Épouvanté pour elles, je voudrais leur crier qu’elles peuvent encore choisir, mais elles ne me voient pas, ne me perçoivent même pas. Elles se sont résignées. Dès qu’elles ont fait leur choix, elles se sont résignées et très vite nous approchons de la grande forge, dans une obscurité devenue si intense qu’il est impossible de distinguer sa propre main. Fini de respirer (on ne le pourra jamais plus) et la chaleur ne cesse d’augmenter (elle ne cessera pas). Très vite, quelques lueurs tremblantes et comme étouffées indiquent l’entrée de l’abîme et nous y voilà. Horreur, mille fois horreur ! Nous y sommes vraiment. Tout est fini, la vie est bien finie, voilà le second trépas, le gigantesque océan en flamme, le lac embrasé de souffre et de feu, le spectacle le plus effrayant que vous pourrez jamais voir, un spectacle si terrifiant qu’on ne peut en fixer les détails, la mémoire refuse, la perception se hérisse, l’intelligence est brûlée à jamais devant cette chose-en-soi aussi immensément mouvante et hallucinante, la turbulente et impitoyable tempête de la seconde mort. Plongées dans ce gigantesque magma, des formes humaines, des milliers et des milliers de formes humaines ardentes, en combustion, tantôt braises transparentes tantôt tisons noircis, voguent et flottent au gré du liquide incendie qu’elles semblent alimenter de leurs propres flammes, de brusques flambées jaillies d’elles-mêmes crachant de sourdes fumées et des gerbes de noires étincelles qui les soulèvent, cendres tremblantes, sans poids ni équilibre, cendres hurlantes, brasiers gémissants, foyers désespérés ne cessant de brûler, ne pouvant cesser de brûler - mais ces cris, les milliers et les milliers de plaintes et de cris des pauvres torches humaines ne sont rien (simple brouhaha) auprès du bruit fantastique, étourdissant, anéantissant qui règne dans ce royaume de la folie achevée.

         Aussi loin que le regard porte, la mer de feu étend sa furie. Je reste pétrifié sur la plage incandescente. À mes côtés je sens la présence bienveillante qui m’a toujours accompagné dans mes rêves. Même lors de mon premier rêve il y avait ce guide à mes côtés. Comme toujours je ne le vois pas, mais au coeur de ma terreur, sa présence dépose une sorte de lumière minuscule, toute petite et silencieuse. C’est ce microscopique silence, aussi petit qu’est géant le terrifiant brasier, c’est cette molécule paisible qui vainc la peur en moi et qui me permet de continuer de rêver.

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         Non loin de moi sur la grève enflammée je reconnais quelqu’un qui est mort quand j’étais tout jeune. Je le reconnais fort bien et lui aussi m’a reconnu. C’est très étrange parce que d’habitude je peux voir les occupants des lieux sans qu’eux-mêmes ne se doutent de ma présence. Certains, parmi les plus malins, en particulier les responsables de haut niveau, flairent bien quelque chose, mais c’est relativement rare. Cet homme, lui, me regarde, il me reconnait, mais nous ne nous parlons pas, il semble perplexe, hésitant, extraordinairement soucieux, et je comprends qu’il n’arrive pas à croire ce qu’il voit. Depuis quand est-il là ? Il y a vraiment longtemps d’après ce que je sais de sa mort. Trente ans ? Trente-cinq ? Je me sens étranglé de compassion. Il me semble que je peux faire quelque chose. J’ai le sentiment que je ne dois pas l’oublier, que je peux tout pour lui. N’oublie-pas, me dis-je. C’est vrai qu’on ne peut pas s’échapper, c’est vrai qu’il n’y a pas d’issue, mais celui-là ne l’oublie pas. Ce n’est pas la première fois que j’éprouve cela. Il y a peu et à peu près dans les mêmes circonstances, j’ai eu la même expérience : un ancien camarade de l’école primaire décédé très tôt, peut-être avait-il huit ans, à la suite d’une infection de l’oreille qui avait dégénéré en cancer. Lui aussi avait le même air stupéfait, lui aussi n’arrivait pas à y croire. Je me dis qu’il doit y avoir plusieurs personnes dans ce cas, elles se tiennent au bord du lac de feu et elles attendent. Quoi ? Elles ne le savent pas elles-mêmes, mais elles attendent. N’oublie-pas, me dis-je, compatis, prie.

         À ce moment, la voix souveraine s’élève. Immensément loin au-dessus des ténèbres, loin au-dessus de tout, parlant une langue inconnue, elle emplit l’horrible empire du feu, sans effort, sans violence et même avec une sorte de douceur, elle le secoue comme une feuille au vent, le laissant agité, son annonce finie, de longs frissons parcourant la surface des flammes. Quelques paroles et c’est tout, après quoi l’horrible bruit reprend sa place, couvrant les cris des pauvres charbons hurlants.  

    Impossible de s’habituer à un pareil truc ! J’ai beau le revisiter, l’effroi semble à chaque fois augmenter majoré par la fréquentation du lieu. Non, on ne peut pas s’y faire.

 

         Je rejoins la salle des chefs. Chaque fois, mon guide invisible m’y conduit. C’est comme une mission. Vraiment je n’ai aucune envie d’y aller, mais j’y suis ramené fermement. J’aimerais bien ne pas savoir, ne pas les écouter. Rien à faire. Alors j’écoute, j’apprends et c’est réellement dingue !  

- Nous allons jeter une révolte entre les nôtres et les siens, gronde le grand chef. C’est pour bientôt.
 - Ils sont foutus, gronde Asmodée. Enfin ! Ils sont foutus.
 - Putain, ils sont foutus, gronde Mammon.
          Belzebuth gronde mais ne dit rien. Il regarde le chef. Ils savent qu’ils ont perdu.         

 

         Ils sont quatre autour de la table, les quatre pires monstres qu’on puisse imaginer (et moi il faut que je les rêve !). Quatre cobras glacés comme la pierre , qui dressent des plans effarants de mort et d’épouvante. Il y a là le grand chef et son gouvernement de trois ministres. Les ministères stratégiques : sexe, argent, magie. J’ai connu leurs noms petit à petit, à force de fréquenter cette caverne obscure et sinistre - dans laquelle aucun des autres n’ose venir, aucun adjoint, aucun ne l’a jamais pu. J’ai connu leurs noms bien qu’entre eux ils ne se nomment jamais. J’ai connu leurs noms comme intuitivement, et je n’en suis pas fier pour autant. Je me serais passé de tout ça. Parfois j’aimerais tourner les talons, partir, vite partir. Trouver un port et prendre un bateau. Il m’est même arrivé une fois de le faire en rêve ; le rêve a alors adopté un humour bizarre : je suis tombé du bateau et une baleine m’a ramené à mon point de départ. Ça ne m’a pas fait rire.

         Dès le début, ils ont su que je les observais. Ils me flairent comme feraient des loups, ils ne me voient pas mais ils me flairent. Parfois le grand chef capte presque mon image, il me fixe droit dans les yeux, j’ai l’impression qu’il me regarde. Mais non, il sait que je suis là et ça s’arrête là, à cette froide fureur qui ne s’adresse même pas à moi (pour lui je ne suis rien) mais à notre race toute entière. C’est notre genre qui le met en furie, notre nature humaine, c’est cela qu’il veut détruire, et dans ce but il ne cesse de dresser des plans. De vrais plans qui semblent s’étendre sur des durées non pas proportionnées à nos personnes, mais à notre genre, au genre humain tout entier. Il hait notre genre, il a toujours voulu l’anéantir. Il le salit, il l’humilie, il l’abêtit, mais c’est pour arriver à la fin à ceci : l’annihilation totale, le four intégral, le gazage absolu. Plus une trace d’être, plus une goutte d’humain. Nulle part. Tout le genre dans la seconde mort, dans l’existence sans être. Depuis toujours c’est ce qu’ils ont voulu, lui et son trio ministériel. Ils ont comploté dans ce but, depuis le début. Ils ont point par point amené les choses là où elles en sont. Ce sont des plans immenses, implacables, pleins de subtilités et de solutions secondes, qui utilisent souplement toutes les perfidies imaginables, toutes les tactiques possibles de la tromperie, du chausse-trappe, de la fourberie, toutes les machinations les plus inattendues, les bassesses, les trahisons, les duperies les plus viles et les plus ignobles - mais ce sont des plans qui se dévoilent toujours à ce trait : le mélange du haut et du bas, l’oxymore morale, la souffrance pétrie de plaisir ou le désastre pétri de succès. Le grand chef en détient l’arme suprême, l’orgueil ; les trois autres servent les armes associées ; et le fretin s’occupe du reste. Les quatre complotent, les quatre dressent des plans, mais il règne sur leur tablée un insondable désespoir. Cela aussi je l’ai compris à la longue. Ils savent que c’est perdu, ils savent qu’ils ont perdu. Pleins d’angoisse et de haine, ils préparent leur baroud d’honneur.

§§§

         À mes côtés le guide bienveillant me fait sentir qu’il faut sortir du rêve. Il faut maintenant sortir du rêve et gentiment il m’accompagne vers le réveil. Avant de me quitter, il m’injecte cette idée (c’est ce qu’il fait parfois, juste avant mon réveil), une idée comme une mission : se rendre aujourd’hui, après le déjeuner, Chez Mario, rue du 18 juin. Je jette un coup d’oeil sur la lueur rouge du réveil. 4:27. Je peux encore dormir un peu, je sais que pour cette nuit je ne rêverai plus. Je tousse doucement pour décrisper ma gorge serrée. Avec un bout de drap j’essuie mon front en sueur. Un baiser sur les cheveux de Mimi et je me rendors.

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                                               JJ

13.03.2008

trois définitions du mot « culture »

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Définition 1 : la culture « au sens le plus courant du mot » 

La « culture au sens le plus courant du mot », c’est toujours la culture de l'opinion, l’amour de l'opinion, c'est-à-dire l’amour de la bêtise. Les choses n’ont guère changé depuis les Grecs. On retrouve le sens platonicien : amour de l'ignorance.

Au sens le plus courant du mot, le sens de Jack Lang si vous voulez, la culture est désir d'ignorer, de ne pas savoir, dénégation, rejet de la vérité, « ruée » (vers l’art, vers la littérature). Foutaises…

Disons que la culture, ça fait paillasson pour s’essuyer les pieds distraitement, ça occupe le corps pour réfléchir, comme quand on se pince le nez ou qu’on se frotte les mains. 

§§§

 

Définition 2 : la culture comme enfermement

Doit-on, à la manière des sociologues,  distinguer entre un intérieur et un extérieur de la « subjectivité », entre une dimension culturelle qui traduirait une intention subjective et qui trouverait son objet dans la civilisation ? Hou la la… Voilà le type même de question « culturelle » ou « cultivée » si on préfère…

Pourquoi vouloir distinguer un dehors et un dedans du sujet moderne, puisqu’en déconstruisant le père, c’est-à-dire en détruisant le principe de leur séparation, on s’est attaché à établir une stricte continuité entre ce sujet et son objet ?

Aujourd’hui, il n’y a plus qu’enfermement, enfermement dans l'être. C'est l'effet « marmite » des Lumières. L’effet Spinoza. Nous sommes plongés dans le tout. Il n'y a pas de dehors.

Il n'y a pas d'autre être que l'être.

§§§

 

Définition 3 : la culture comme pulsion

Si vous définissez la culture comme désir, ou plutôt comme pulsion, vous vous apercevez que l'intérieur et l'extérieur de l’être sont la même chose, des reflets du sujet moderne toujours tourné vers lui-même.

On trouve chez Rousseau une définition explicite de l'objet, ce en plusieurs endroits de son œuvre, qui ne vaudrait que comme objet désiré. L'objet de mon désir, dit-il, ne vaut que parce que je le désire. Quand il est là il ne vaut plus rien.

Disons que la culture, la culture postmoderne, celle de ces temps qui sont les derniers, se définit comme tension vers cet objet. Et que la civilisation qui accueille cette « culture » est une sorte de décharge publique, une décharge à ciel ouvert, des déceptions subjectives, en tant que décharge de tous ces objets désirés et matérialisés, toujours décevants, et donc toujours rejetés, parce qu’ils n’ont jamais été l’objet qu'il faut...

En tant que pulsion la culture ne peut que foirer puisqu’elle aurait du être autre chose…

                                                  JJ

05.03.2008

mai 68, Sarkozy et l'esprit du jacobinisme

    
   
 

A propos de la question : « mai 68, c'est quoi ? »

 !
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SUR LES ENFANTS DE LA REVOLUTION FRANçaise

Dans ses Origines de la France contemporain, Hippolyte Taine cite cette note d'une dame anglaise résidant en France, après la Révolution , à propos de l'effronterie des enfants qui ont connu les événements révolutionnaires :

« Le croiriez-vous, madame, (me) disait un jardinier de Nîmes ; pendant une partie de la Révolution , nous n'osions jamais gronder nos enfants pour aucune des fautes qu'ils commettaient. Ceux qui se nommaient eux-mêmes « les patriotes » [Les patriotes = les jacobins], tenaient, comme principe fondamental de la liberté, que les enfants ne devaient jamais être corrigés. Cela les rendaient si indisciplinés, que bien souvent, quand l'un des parents se hasardait à gronder son enfant, celui-ci lui disait d'aller voir à ses propres affaires, et ajoutait : « Nous sommes libres, nous sommes égaux, nous n'avons de père et de mère que la République ; si tu n'es pas content, je le suis ; tu peux t'en aller chercher ailleurs un endroit plus à ton goût. »... Les enfants sont encore très impertinents, il faudra bien des années pour les ramener à un ton supportable. »

Anne Plumptre (A Narrative of three years' résidence in France from 1802 to 1805, I, 436)

§§§

On remarquera ici que les plaintes légitimes qu'on peut élever aujourd'hui contre l'éducation laxiste issue de mai 68 ne sont pas nouvelles, loin de là ! Si nous nous penchions sur notre passé révolutionnaire avec un œil neuf et des intentions sainement critiques, au lieu de lui accorder, sur la foi d'idéologues lamentables et compassés, la plus sotte vénération, nous y verrions beaucoup plus clair dans ce qu'on appelle nos racines -- et nous comprendrions avec une clarté nouvelle lesquelles sont les racines véritablement vivantes et lesquelles sont les racines pourries.

Sur les résultats de sa recherche d’historien voici ce que dit Taine lui-même :

« J’ai écrit en conscience, dit Taine, après l’enquête la plus étendue et la plus minutieuse dont j’ai été capable... C’est l’étude des documents qui m’a rendu iconoclaste. Le point essentiel... ce sont les idées que nous nous faisons des principes de 89. A mes yeux, ce sont ceux du Contrat social, par conséquent ils sont faux et malfaisants... Rien de plus beau que les formules Liberté, Égalité ou, comme le dit Michelet, en un seul mot, Justice. Le cœur de tout homme qui n’est pas un sot ou un drôle est pour elles. Mais en elles-mêmes elles sont si vagues, qu’on ne peut les accepter sans savoir au préalable le sens qu’on y attache. Or, appliquées à l’orga­nisation sociale, ces formules, en 1789, signifiaient une conception courte, grossière et pernicieuse de l’État. C’est sur ce point que j’ai insisté ; d’autant plus que la conception dure encore et que la structure de la France , telle qu’elle a été faite de 1800 à 1810, par le Con­sulat et l’Empire, n’a pas changé. Nous en souffrirons probablement encore pendant un siècle et peut-être davantage. Cette structure a fait de la France une puissance de second ordre ; nous lui devons nos révolutions et nos dictatures. » 

§§§

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« mai 68, c’est quoi ? »

Et il est vrai que beaucoup de traits de la Révolution Française peuvent être rapprochés de traits marquants de notre époque, traits dont le dénominateur commun est la déconstruction et le rejet de l'autorité « traditionnelle », « au nom de la liberté » ou « au nom de l'égalité », c'est-à-dire au nom des plus abstraites revendications.

Une étude attentive du Droit révolutionnaire montre que toutes les intentions des juristes jacobins, autrement dit les intentions des extrémistes -- mises en grande partie sous le boisseau pendant toute la parenthèse du code napoléonien, resurgissent au grand jour, majorées des progrès de la technoscience, en 1968, date où une contestation véritablement révolutionnaire des principes d'autorité renoue avec la bêtise typique de l'esprit jacobin -- le goût du meurtre des opposants en moins, fort heureusement, mais c'est qu'il ne s'agit là que de donner le coup de grâce et que les caractères majeurs du jacobinisme sont déjà inscrits très  profondément dans l'inconscient français, à la manière dont les pyocyaniques, ces germes hospitaliers indéracinables, se planquent dans les corps affaiblis, sournoisement et pathologiquement, pour réapparaître à l'occasion.

 §§§

À partir de là, nous avons adopté ce tour de sottise niaise caractéristique de la France d'aujourd'hui -- style qui est allé s'alourdissant depuis 68 et qui marque en particulier notre gauche française de manière si consternante : mais c'est que la perte du bon sens nous rend à la fois informes et grotesques. C'est la marque de fabrique des jacobins de tous les temps, quoique pour nous cela ait lieu dans un contexte au registre plus festivus que grand-guignol, du moins, Dieu merci, jusqu'à maintenant.

Il y a quelques jours, un ami d'origine africaine me demande : « Mais finalement, j'entends partout parler de mai 68... c'est quoi, mai 68 ? » Très bonne question : c'est quoi mai 68 ?

Il me faut donc avancer la définition suivante : mai 68 est une résurgence du jacobinisme, version festivus.

§§§

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  !

 L’esprit du jacobinisme

Or, quel est l'esprit du jacobinisme ? Comme dans tous les totalitarismes, c'est un esprit de pureté. Remarquez que lorsqu'on vous demande quel est l'esprit d'un quelconque totalitarisme, vous ne risquez pas grand-chose à avancer que c'est un esprit de pureté. La raison en est simple : c'est que le totalitarisme passe son temps à purifier sa totalité -- le marxisme cherche à purifier la classe ; le nazisme cherche à purifier la race ; le totalitarisme qui vient, à la faveur de la dérégulation de la jouissance, cherche à purifier l'espèce.

Ceci est dû au soubassement métaphysique commun à tous les totalitarismes, à savoir une métaphysique de l'Un, mise en tension dans une totalité idéale qui ne cesse d'aspirer à cet impossible que dessine la pureté de l'Un.

§§§

À quelle pureté aspire le jacobinisme ? À la pureté du Peuple... Il y a là une évidence que Michelet a exposée sans l'analyser parce que, dans son enthousiasme littéraire de poète de la Révolution , il y adhérait corps et âme -- idem pour Quinet et les autres historiens officiels ; que Tocqueville n'a pas traitée parce qu'il ne s'intéressait pas à cet aspect de la Révolution Française ; que, le premier, Taine a entrevue et présentée, quoique dans des coordonnées plus psychologiques que sociologiques, mais tout de même rendons-lui grâce pour sa formidable analyse du Contrat Social ; que Cochin enfin a exposée clairement et dans son ampleur historique malgré une œuvre prématurément interrompue, Cochin qui a su discerner les causes de la naissance et de l'épanouissement du premier des totalitarismes modernes.

Par la suite, il n'y a guère que François Furet qui ait relevé le gant de ce que ces conclusions impliquaient et qui en ait vu la portée pour l'analyse du communisme soviétique.

§§§

Bref. Revenons-en à notre question : mai 68, c'est quoi ? Mai 68, c'est comme le reste, c'est un esprit de pureté. Mais pureté de quoi ? Comment peut-on voir en mai 68 un esprits de totalitarisme ? ! ? Eh bien, c'est assez énorme. Et j'avoue que c'est suffisamment gros pour que j'en sois vaguement embarrassé... Donc, il s'agit de pureté de la jouissance, bien sûr.

Que demandaient d'autres les gens de 68, sinon la pureté de la jouissance ? Bien entendu, c'est une revendication qui dure et persiste, sauf qu'avec le temps cette revendication, qui était d'abord de libération, a présenté une face plus dure, une face de police de la jouissance.

§§§

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POURQUOI SARKOZY EST-IL H ?

Seulement la jouissance, par définition, c'est impur. Du moins, c'est ce qu'on pensait quand on pensait que l'impureté, en tant qu'elle bafoue les mœurs et la raison, ça appelle de l'interdit. Ça demande d'être régulé -- ça demande la loi. Bien entendu, la jouissance, je veux dire la jouissance terrestre, tout le monde en a besoin, même un minimum, sauf que, si vous n'y mettez pas quelque obstacle, ça finit dans le meurtre.

Mais 68 correspond très exactement à ceci : la mise en place d'un principe de dérégulation de la jouissance : « Il est interdit d'interdire », ou encore : « Soyons réalistes, demandons l'impossible », et ainsi de suite... La dérégulation ne signifie pas pour autant l'absence de toute police. Qui dit dérégulation de la jouissance, dit aussi police de la jouissance -- ce qui ne saurait nous étonner, puisque non seulement il y a des conflits de jouissance à trancher, et derrière eux des conflits de pureté, mais il faut contrôler encore la bonne application des impératifs de jouissance (par exemple en ce qui touche à l'avortement ou à la sexualité des jeunes).

§§§

Laissons tomber ces questions techniques pour l’instant pour en revenir à notre propos principal.

Dans un pays comme le notre, il suffit d’évoquer les sympathies proprement politiques – la puissance de la gauche y compris communistes, la réflexion toujours plus hardie des diverses Sociétés de pensée – pour comprendre d’un seul coup d’œil que l’affaire de 68 est préparée de longue date. Pour ne prendre que cet exemple, il y avait déjà ce goût des artistes pour notre passé révolutionnaire et la passion romantique de nos écrivains pour la radicalité critique qui avait accentué la contestation formelle dès le XIXe siècle où il n’était plus question que de libérer le vers, supprimer les règles, lâcher le lexique et de façon générale révolutionner l’art...

Il est certain que le thème de la pureté dans le mal est présent dans cette plaque sensible que sont la littérature et l’art, bien avant la Révolution – très ouvertement chez Rousseau, qui fait souvent penser, dans tel passage des Confessions, à ces jeunes des banlieues qui protestent de leur innocence alors même que leur culpabilité est évidente – de façon hallucinante chez Sade, terriblement cynique chez Laclos – pour finir par s’enkyster au XXe siècle, dans des œuvres et chez des écrivains qui ont marqué leur époque de leur révolte de plume et du tranchant de leur pensée, qui ont travaillé avant mais aussi bien après 68.

Disons ce qui est : l’esprit de pureté de la jouissance continuait à agir bien après 1968, chez les gens de gauche comme dans les professions « cultivées », en particulier les enseignants, certains artistes et beaucoup de journalistes. On finissait à la fin par croire à la pureté dans le mal.

Donc la question qu’on se pose ici, question dont on vient longuement de préparer la réponse, est la question suivante : pourquoi Sarkozy est-il haï ? Que signifie cette détestation systématique, active, organisée médiatiquement, alors même que l’opposition a explosé et ne tient pour ainsi dire plus debout ?

§§§

En réalité, il est arrivé ceci qui est assez étrange : malgré tous les défauts qu’on peut lui prêter, et en particulier une difficulté évidente à donner à la France une orientation politique claire et forte, Sarkozy est arrivé à mettre la barre sur 68. Le premier, il est arrivé à énoncer une négation de la pureté de jouissance à laquelle prétendaient les anciens de cette époque, les anciens de 68 !!

Comment se peut-il ?? Comment expliquer ça ??

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                                                    JJ         

 

 

 

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