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17.04.2008
l'Autre existe-t-il ?
Lacan est mort en 1982. À mon sens, il nous a laissé une question qui est la question du siècle : l'Autre existe-t-il ?
Toute sa vie, il a dit que non, que l'Autre n'existe pas, mais chaque fois il a remis la question sur le tapis. En 1998, son beau-fils et héritier intellectuel, Jacques-Alain Miller, a cru bon de la reprendre, et a fait un séminaire avec Alain Laurent intitulé : l'Autre qui n'existe pas et ses Comités d' Éthique.
Il est regrettable de constater que les milieux intellectuels catholiques aient pris en général le parti de rejeter la psychanalyse, faute probablement de l'avoir fréquentée, d'avoir vécu la formidable aventure lacanienne et surtout faute de l'avoir étudiée avec un peu d'attention. Observons au passage cette indication de notre pape actuel qui, dans son texte sur l'amour, évoquant « les maîtres du soupçon » ne cite que Marx et Nietzsche. Peut-on croire qu'un intellectuel de son calibre, citant des philosophes de son pays, ait pu oublier Freud ?
Il est tout de même resté un certain nombre d'intellectuels catholiques qui ont entendu résonner cette question tout au long des années 80 et 90 et l'ont laissé mûrir en eux. Lacan savait très bien, en "bon" catholique et frère de théologien qu'il était, que c'était une question posée à un niveau mystique, ce qui évidemment oblige celui qui l'entend à y mettre du sien.
Y mettre du sien veut dire garder une certaine clandestinité intellectuelle pour faire taire en soi l'orgueil qui est la tentation de tout intellectuel. Donc, loin d'opérer comme l'a fait Descartes, c'est-à-dire de s'isoler dans un poële pour y réfléchir à l'aise, il a fallu se convertir, passer des années à prier en considérant la lecture et la réflexion comme secondaire. En se contentant de la prière la plus simple et la plus humble : le rosaire. En fréquentant les sacrements, la confession, l'eucharistie, et en apprenant à aimer la croix. Et ainsi de suite…
Bref, il faut accepter de perdre notre intelligence d'intellectuels pour qu'elle nous soit rendue, si Dieu le veut, avec usure.
Ce n'est pas le chemin que Lacan a suivi. Voir ce qui vient.
Au début de cette année, nous avons ouvert avec Jean-Louis Bolte ce blog sur Hautefort parce que nous pensons que la question « l'Autre existe-t-il ? » est désormais à l'ordre du jour. C'est une question hautement écologique, qui vient d'une science (la psychanalyse) qui s'occupe de l'écologie de l'âme. Science qui n'a pas toutes les réponses bien sûr.
Techniquement, nous nous sommes rendus compte qu'il y avait une obligation stratégique à revenir sur les interrogations du XIIIe et XIVe siècle, et sur les positions respectives des dominicains (essentiellement saint Thomas) et des franciscains (saint Bonaventure et Duns Scot). En réalité, le thomisme empêche de poser correctement la question « l'Autre existe-t-il ? » À cause de sa conception de l'être qui n'est autre que l'être d'Aristote. Il fallait donc trouver un autre angle d'attaque. Heureusement, comme toujours dans une vie de prière, le livre qu'il faut vous vient dans les mains.
Bolte m'a dit : « Duns Scot nous cherche ». Il nous cherchait et il nous a trouvé. C'est toujours comme ça dans la Communion des Saints.
Pourquoi Duns Scot nous chercherait-il ? Pour nous rappeler cette thèse que nous avançons depuis déjà quelques semaines : et si ce qui est grâce aujourd'hui (autrement dit : si ce qui est aujourd'hui est considéré comme surnaturel) devenait nature demain ?
En réalité, c'est dans l'examen de ce problème que se trouve, c'est évident si on y réfléchit un peu, la réponse à notre question l'Autre existe-t-il ? Ou encore, nous tenons ici le fil rouge d'une nouvelle preuve de l'existence de Dieu. Nous avons réservé la primeur de cette réflexion au prochain numéro de Contrelittérature qui paraîtra fin mai.
En réalité, l'Autre existe, mais seulement comme chaise vide sur laquelle peuvent s'asseoir qui celui-ci qui Celui-Là, c'est ce qu'on appelle en psychanalyse le discours du grand Autre, sauf évidemment que la psychanalyse n'a jamais entendu parler sur la chaise en question que l'Autre de la jouissance.
Par contre, il est parfaitement correct de dire que Dieu existe, c'est-à-dire que l'Autre de l'Amour existe parce que, lorsque nous le laissons s'asseoir sur cette chaise, il parle à travers la prophétie.
Ce qui fait obstacle à ce que tout le monde l'entende, c'est évidemment cette blessure de l'intellect qu'on appelle le péché originel dans la religion des chrétiens. À supposer que cette blessure dont nous n'avons eu connaissance que par quelques rares prophètes soit guérie dans les temps à venir : tout le monde alors, qui librement laisse asseoir sur la chaise vide en question, l'Autre de l'Amour, peut entendre cette voix.
Les intellectuels qui ont la tête dure, vont objecter : et Spinoza ? Eh bien, nous répondons que Spinoza a confondu l'Autre et l'être, c'est ce qui a rendu sa descendance jusqu'à Hitler, et pas seulement elle, complètement folle (lire Mein Kampf). Ou encore : et Aristote ? Nous répondons : chez Aristote, la chaise vide c'est l'âme elle-même.
Je laisse à mes amis psychanalystes (enfin, ceux qui veulent bien rester mes amis) le soin de conclure ce qu'il en est de Descartes et Lacan. Qui est quand même celui qui nous a annoncé, à nous les intellectuels, la venue de l'Autre jouissance. Il est bien entendu que l'Autre jouissance lui en est reconnaissante.
Jean-Louis Bolte traite donc de la plus grave question écologique de notre temps : la question de la blessure faite à l'Autre. Blessure dont il soutient que loin d'être spirituelle elle est d'ordre naturel.
Cette blessure fonde toute autre blessure naturelle. La perspective d'une guérison du grand Autre en nous fait surgir du même coup une hypothèse sensationnelle : et si ce qui semble être grâce aujourd'hui, devenait nature demain
Jonas Jorda
23:01 Publié dans catholicisme, contrelittérature, l'ouverture du sixième sceau, mystique et politique, petite métaphysique aérée et fleurie, prophétisme et prophéties, psychanalyse, religion, technoscience | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, partis, religion, mystique, théologie, catholicisme, christianisme



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