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09.04.2008
Qu'est-ce que l'ontothéologie ?
Sous la plume de Heidegger l'expression ontothéologie signifie que l'on a dénaturé l'être en l'identifiant à Dieu. Depuis Platon en effet, dit notre philosophe, on a confondu l'être et l'étant. Et de là, on a soutenu que s'il y avait un être au-dessus des étants, cet être était Dieu – et qu'en réalité, cet être était lui-même un étant, l'étant suprême. De là, l'être lui-même, l'être de Heidegger, est passé à la trappe, pour tomber dans le célèbre oubli qui allait faire la célébrité de son inventeur.
À l'occasion de ces manœuvres, on a alors mélangé l'ontologie, science de l'être, et la théologie, science de Dieu, de sorte qu'on allait finir par arriver à l'ontothéologie. Pour Heidegger, la science de l'être et la science de Dieu doivent être totalement séparées.
Il y a une autre conception de l'ontothéologie, celle de Lévinas. Lévinas qui, non sans humour, prend la défense de Dieu contre la « pureté » de l'être. À l'envers même de Heidegger, Lévinas n'est pas loin de dire qu'on a souillé Dieu en le mêlant à l'être. Dans son style questionnant, il demande : a-t-on pris l'être pour Dieu ou Dieu pour l'être ? Dieu n'est-il par l'autre de l'être ? Penser Dieu comme fondement de tous les étants, en le posant pour l'être autre, est-ce mal penser de l'être ou est-ce mal penser de Dieu ? Dieu n'est-il pas au-delà de l'être ?
Dès lors, et si nous voulons échapper à l'ontothéologie au sens de Lévinas, nous devons nous rendre sur un plan éthique, plan de la relation sur lequel « la transcendance de Dieu ne peut se dire ni penser » – car pour le philosophe, Dieu est « nuit ».
On retrouve ici la voie négative inaugurée par le pseudo-Denis – voie qui d'ailleurs, par le secours de l'analogie, est aussi celle du thomisme. L'analogie en effet, loin de confondre l'être et Dieu, nous permet de parler de l'être de Dieu, mais seulement de façon négative. En ce sens, il paraît difficile de qualifier le thomisme d'ontothéologie, pas plus au sens de Lévinas qu'au sens de Heidegger.
Or, c'est dans un tout autre sens que nous prenons le terme d'ontothéologie. En effet, ce que nous désignerons sous ce nom n'a pas pour but de dénoncer la conversion subreptice des objets des deux sciences, à savoir l'être de l'ontologie et le Dieu de la théologie, bien au contraire, il s'agit de mettre en valeur la nécessité d'un certain recours à la théologie pour éclairer les problèmes de l'ontologie – et en particulier, pour éclairer les turbulences qui se manifestent au niveau de certains états-limites de l'être.
Autrement dit, l'ontothéologie que nous voulons présenter est une position philosophique nécessaire, qui doit être défendue pour sa pertinence propre.
Du coup, nous partons de la position philosophique de Duns Scot qui est ontothéologique au sens que nous voulons introduire.
C’est ce point que nous voulons éclairer.
Jonas Jorda & Jean-Louis Bolte
Avertissement !!
On m'a prévenu qu'il était impossible d'exporter nos textes sur papier pour les lire tranquillement. Je pense avoir remédié à cet inconvénient. Il vous suffit donc, si vous voulez tirer un texte, de le mettre en surbrillance sans les marges, de le copier, et de le coller sur votre traitement de texte.
JJ
11:58 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, petite métaphysique aérée et fleurie, religion | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, métaphysique, philosophie




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Commentaires
L'ontothéologie ? Intéressant ! Qui sait si cela ne mène pas à l'athéologie, d'ailleurs ?
Depuis quelques jours, je m'amuse beaucoup à débattre avec le concepteur de ce néologisme... qui s'étudie dans le miroir.
( http://atheologie.hautetfort.com/ lien à ne pas mettre en toutes les souris !...)
Mais l'athéologie est aussi un sujet à creuser : qui sait si cela ne peut pas donner un coup de pouce à la foi ?...
Ecrit par : MDT | 13.04.2008
J'ai longtemps fréquenté Bataille et je peux vous affirmer que le concept d'athéologie est un attrape-nigaud.
Amicalement, Jonas Jorda
Ecrit par : Jonas Jorda | 13.04.2008
Bataille ? C'est le vrai nom de "Teddy" ? Prédestiné pour la polémique, si je comprends bien !
Que le concept de l'athéologie soit un attrape-nigaud, j'en conviens avec vous. J'y songeais davantage sous l'angle du croyant que sous celui de l'athée, bien sûr... histoire de générer une sorte d'effet boomerang.
Mais ne vous en faites pas : je m'en occupe !
Bonne soirée.
Ecrit par : MDT | 14.04.2008
Cher Jean-Louis,
Je viens de lire ton article sur l'ontothéologie. Faire recours à la théologie pour éclairer les problèmes de l'ontologie me parait judicieux,mais face aux libres penseurs qui définissent la théologie comme "une philosophie sans recul"(Alain), c'est-à-dire manquant d'indépendance critique et liée à un système de croyances, à un dogme, et acceptant une orthodoxie, une autorité, parfois une censure, il importe de recourir à Aristote qui définit la théologie comme étant la "philosophie première", celle qui étudie les causes nécessaires, éternelles, immuables. La théologie est, à ses yeux, la plus haute des sciences théorétiques, les deux autres étant la mathématique et la physique. La théologie, chez Aristote, désigne donc ce que nous appellerions ontologie.
Dans cette perspective, la théologie peut servir de pièce maîtresse pour disserter sur les principes ultimes du réel et expliquer le fondement, la genèse et la structure de l'êre.
Par ailleurs, un coup d'oeil sur la théodicée sera aussi intéressant pour éclairer le sujet.
J'attends la suite de ton article.
Bien à toi.
Joseph BAMPEMBE
Ecrit par : Joseph BAMPEMBE | 16.04.2008
Cher Joseph,
Ce que tu dis est très juste. On me l'a déjà dit. Mais explique bien aux théologiens, ou philosophes, avec qui tu en a parlé qu'ils me laissent un peu de temps.
Ce que j'ai à dire sur Duns Scot étant totalement inédit, je ne vois pas comment ils peuvent s'inquiéter de mes méthodes.
Pour les scotistes, je signale que je vais m'appuyer sur la querelle des « theologi et philosophi » et sur le grand Autre de Lacan pour expliquer de manière rationnelle la nature de ce qu'on appelle la Nouvelle Pentecôte. C'est vraiment pas des blagues !
Courage, mon ami bien-aimé, l'Église va bientôt connaître son grand triomphe !
Je t'embrasse de tout mon coeur,
Jean-Louis
Ecrit par : Bolte | 16.04.2008
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