29.08.2008

le moment théologico-politique et le prophétisme

 

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Carracci : Apparition de Marie à Saint Hyacinthe

 

 

 

C'est sous l'angle du prophétisme qu'est rouverte, de notre point de vue, la question théologico-politique et en particulier le reclassement des genres de la connaissance, ce que l'organisation par les Lumières, et notamment par Spinoza, interdit précisément de faire. Depuis ce temps en effet, l'opinion sur la question, c'est-à-dire l'expression de la sottise commune – y compris dans de larges secteurs de l'Eglise –, se résume à ceci : le prophétisme est imagination.

 

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Information communiquée et non imaginée, objectons-nous. “ Communiquée ” signifie que cette information ne nous parvient pas de la même façon que celle qui est extraite par les chercheurs des faits et choses de la nature – soit ce genre commun d'information, obtenu le plus empiriquement du monde, qui vient à l'homme de science (comme d'ailleurs à des degrés différents à tout observateur attentif de la nature, par exemple le paysan) lorsqu'il considère ce que sont les choses.

 

Par contre se pencher sur l'être des choses, c'est-à-dire sur leur exister, et le faire non par l'art ou la littérature, mais presque sans y penser, en caressant un chien comme Jérémie enfant, ou en gardant les vaches comme Amos, ou en aimant un arbre, ou mieux de façon consciente en disant son chapelet – se pencher ainsi sur l'être des choses, nous rapproche de l'information prophétique. 

 

Elle nous en rapproche, et pourtant l'information prophétique ne dépend pas de notre initiative mais de l'initiative de l'Autre. Dieu parle à qui Il veut.

 

C'est là un fait d'expérience, expérience dont témoignent les prophètes, en particulier les prophètes contemporains, et si nous voulons ne pas perdre le nord, nous devons nous en tenir à ce que dit l'expérience, fut-elle celle du petit nombre. Elle vaut mieux à tout prendre que l'opinion du grand nombre, surtout quand ce grand nombre est construit par la sottise commune.

 

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La figure de Moïse devant le buisson ardent a une dimension historique, mais elle a aussi pour chacun de nous une valeur symbolique : elle est l'image de l'homme lorsque l'Exister lui fait signe, lorsque l'Exister lui-même fait un communiqué.

 

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Remarquons qu'un communiqué se présente toujours sous deux faces : il y a ce qui est communiqué, c'est-à-dire l'information proprement dite, et le fait de la communication, ce qui veut dire qu'à la fin, il y a toujours le x de la source de l'information, laquelle source se trouve posséder l'initiative du message. La question de Moïse : “ Quel est ton nom ? ” est pour résoudre la question de la source. La réponse, “ Je Suis ”, montre comment la source (Dieu) se confond ici avec le communiqué (Je Suis) : c'est ce que Saint Thomas exprime en disant qu'en Dieu essence et exister se confondent. Mais pour nous, cela fait deux connaissances : la connaissance de ce qui est communiqué, c'est-à-dire le contenu du message proprement dit, et celle de l'existence de la source –  quoique pour cette dernière, elle n'est plus celle de quelque chose mais de quelqu'un : à proprement parler elle n'est donc pas une connaissance mais un connaître, ce qui n'a évidemment rien à voir avec l'intuition intellectuelle de l'Amor intellectu Dei de Spinoza.

 

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Donc, ce qui aujourd'hui va renouveler le moment théologico-politique, c'est le phénomène massif, plus ou moins occulté par les différentes églises, ou plutôt par les frères qui se font passer pour des fils et qui visent le contrôle dans les différentes Eglise -- c'est le phénomène massif, dis-je, du prophétisme contemporain, c'est-à-dire la démonstration éclatante à la face de tous de la véracité de ce qu'il annonce.

 

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Le fait et la vérification par l’expérience, voila ce à quoi ne répugne pas à répondre non plus l’expérience prophétique : à ceci près que si la prophétie de bonheur est certaine la prophétie de malheur est conditionnelle. En effet, lorsque Dieu promet le bonheur à l'homme il ne retire pas sa promesse : donc, lorsque Dieu dit « Je ferai un ciel nouveau et une terre nouvelle », on peut être certain de l'accomplissement de cette promesse. Mais lorsqu'il dit « Je vais détruire ceci ou cela », il y a toujours la possibilité d'une annulation du malheur par la prière et la conversion. Car il faut comprendre qu'un des buts ultimes de la prophétie c'est la perfection humaine.

 

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En fin de compte, pourquoi les hommes ont-ils besoin de prophètes ? Pour être guidés vers la société parfaite. Car ce que le prophète a à donner aux hommes est information sur leur bonheur et non pas imagination. On retrouve ici le modèle platonicien d'organisation politique de la cité venant s'offrir naturellement dans cette conjoncture théologico-politique nouvelle, conjoncture  qui vient et qui est déjà là.

 

                                              JJ

                                                                                                                                                                                                                                                                   

26.08.2008

deux définitions : la R&D capitaliste; le moment théologico-politique

 

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Économie : la R&D des entreprises et des administrations, moteur de la jouissance fraternitaire

 

La R&D désigne le processus global de recherche et de développement au cours duquel le capitalisme s'unit à la technoscience pour élaborer l'objet de leur jouissance commune. Autrement dit, la poussée pour le profit se conjoint à celle de la recherche scientifique pour exhiber l'objet réel qui résume au mieux telle ou telle étape de la refabrication de l'être : du home cinéma à la ritaline, du viagra à la dernière BMW, de la brebis Dolly au RobotSapiens, de l'écran plasma à la puce RFID et ainsi de suite.

La R&D a lieu en trois temps, le temps de la recherche pure, celui de la recherche appliquée et celui enfin de l'application industrielle, depuis l'élaboration des prototypes jusqu'à la faisabilité. Trois temps bien propres à figurer le mouvement tournant de la pulsion autour de son objet, comme un bateau autour d'une bouée, à grands virages appuyés, parti du port et revenu au port - du port de l'insatisfaction au port de l'angoisse, pour dire les choses non tant de façon dramatique qu'exacte -, trois temps dont on ne peut guère privilégier tel ou tel parce qu'au point où nous en sommes, seule compte maintenant la maintenance de cet objet, c'est-à-dire la perpétuation de la forme en panne qu'il est, forme toujours prête à s'affaisser lamentablement à la manière d'un soufflé, puisque sous les innovations changeantes et captivantes propres à le figurer, il n'y a jamais que du vide impossible à informer.

 

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Politique : la nature du moment théologico-politique

 

La question politique se joue en Occident, comme l'a montré Léo Strauss, au niveau du rapport et de la tension entre Athènes et Jérusalem. C'est-à-dire entre raison et Révélation. Dans l'Occident judéo-chrétien, le moment politique voit la Révélation dominer sur la rationalité humaine : la raison de l'Autre divin prime sur la raison de l'homme.

Par contre, dans le monde des frères (mais sans père) la politique est intégralement gérée par la raison humaine. En France, le principe dit de laïcité scelle ce fait. De sorte que la loi naturelle (la loi mosaïque) n'a plus de prise sur l'ensemble social.

Le temps du renversement entre ces deux moments théologico-politique est le temps machiavélien, aussi bien d'ailleurs que machiavélique, au cours duquel Machiavel pose que pour parvenir au bien, le Prince ne doit pas hésiter à s'appuyer sur la rationalité du mal -- en particulier qu'il doit viser systématiquement sa propre gloire.

Jugeant inhumain l'idéal judéo-chrétien, que la cruauté pieuse de l'Inquisition a rendu inaccessible à ses yeux, Machiavel a jugé bon revoir à la baisse la barre de la spiritualité à son sens placée trop haut – Nietzsche en tirera cette implacable conclusion : pour les Modernes, il n'y a pas d'éternité –, et donc de revoir dans les mêmes proportions les normes éthiques de l'expérience humaine.

 

JJ

 

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23.08.2008

écologie de la nature blessée

 

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Kiefer, The Red Sea

 

« Écologie de la nature blessée » est un texte que j’ai donné à Alain Santacreu pour le dernier numéro de Contrelittérature. Il a jugé bon le publier sur son blog. Je pense comme lui que c’est un texte suffisamment important pour que cela vaille la peine de vous y renvoyer.

 

JLB

 

 

Mais d’abord voici le début de la présentation qu'en fait Matthieu Baumier :

 

" Il m’apparaît clairement aujourd’hui qu’il convient de se méfier du bavardage continuel dans lequel l’offensive contre notre intériorité nous plonge, offensive dont les armes sont ce tourbillon et cette agitation qui balaient la poussière de notre champ de bataille. Pourquoi, alors, introduire ce texte de Jean-Louis Bolte ? Parce que, justement, cette nature blessée, en elle et en nous, dont parle Bolte, relisant Duns Scot avec intelligence et cœur, est cela même : la continuité de la Chute. Du coup, il convient d’écrire ces quelques mots au sujet de ce texte : ici, la question de ce qu’il est convenu de nommer la « crise écologique » apparaît dans toute sa réalité, dans tout son au-delà, celui d’un moment de la Chute, de notre Chute, en l’Etre, en nous en l’Etre et en l’Etre en nous. Et cette réalité de la « crise écologique », sous le trait de Bolte éclairant Duns Scot, porte en elle-même sa réalité profonde, celle de la guérison de la blessure, de la guérison à venir du Christ par le réel même du Christ."

 

 

 

Pour lire la suite : écologie de la nature blessée

 

 

 

 

 

 

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