09.10.2008
Enquête sur les jouissance silencieuses I : jouissance silencieuse et contrôle
Dans le monde des frères (mais sans père), monde de la jouissance dérégulée, c'est-à-dire volontairement coupée de la loi naturelle (de la loi mosaïque), ladite jouissance peut être bruyante ou au contraire procéder à bas bruit. Dans ce cas on dira qu'elle est silencieuse. Bien entendu, ce mot de « jouissance » ne désigne pas seulement la jouissance sexuelle, mais toutes sortes de passions, conscientes ou inconscientes. Et d'abord les diverses passions du corps, en particulier toutes les formes d'addictions, sans oublier les diverses formes de violences, des sports extrêmes jusqu'à la guerre, de l'agressivité verbale jusqu'au meurtre. Mais aussi les passions de l'esprit que longtemps on a appelé des vices, de l'orgueil à l'envie, du mensonge à la haine, ou de la médisance à la calomnie. Et j'en passe.
« Jouissance » a également un sens juridique, on parle de la jouissance d'une propriété. En droit des biens en effet, on peut jouir de ce qu'on possède. Aussi, la signification moderne du mot possède cette connotation. Il faut dire que l'homme moderne, qui diffère des anciens en ce qu'il dispose désormais d'une technoscience développée, a l'impression aujourd'hui d'être propriétaire de l'être lui-même, au point qu'il entreprend de le modifier et même de « créer » des êtres nouveaux. Ce deuxième sens est donc très pertinent.
Dans le monde des fils, l'être naturel se présente comme un prêt divin. L'idée de le modifier lui est complètement étrangère. Où l'on comprend que la modernité a ainsi assuré une extension conséquente au champ des jouissances classiques : la refabrication de l'être par "droit de propriété".
C'est précisément parce que ces jouissances sont dérégulées, je veux dire parce que nous nous y laissons désormais aller sans frein, qu'elles tournent mal -- ou plutôt qu'elles tournent en mal. C'est dire que de plus en plus ouvertement elles nous entraînent vers une catastrophe globale.
Nous dirons donc que la jouissance est bruyante, lorsqu'elle vient à s'étaler dans le spectacle, lorsqu'elle est médiatisée et qu'il lui est fait grande publicité. D'ailleurs, c'est le spectacle en soi qui se présente avant tout comme jouissance et, à vrai dire, il en constitue à lui seul presque tout le bruit. C'est en effet en lui que vient se résumer notre goût pour tous les états du sexe, pour l'hypocrisie et la veulerie, pour toutes sortes de crimes et de malversations, et tout à l'avenant.
Par contre, la jouissance est silencieuse lorsqu'elle s'exerce à notre insu et qu'elle est une menace pour nous, autrement dit lorsqu'elle nous entraîne vers tel ou tel désastre malgré nous : par exemple le sida qui vient à nous tomber dessus là où nous ne l'attendions pas, l'accident de voiture dans lequel nous entraîne un chauffard, ou plus directement toutes sortes de malveillance d'autrui visant notre personne. Certes nous sommes au courant de ces pratiques par notre expérience ou par le spectacle, encore lui, mais là nous ne sommes pas en train de nous distraire devant une fiction : nous la vivons à nos dépens. Sans oublier que, nous aussi, nous pouvons dérailler et la faire vivre aux autres.
Logique du contrôle
Il est évident que dans le large éventail des jouissances, il y en a de plus ou moins bruyantes et/ou plus ou moins silencieuses. Il s'agit ici d'insister sur l'une d'elle dont on peut dire qu'elle est à la fois parfaitement spectaculaire donc bruyante mais aussi parfaitement silencieuse : la jouissance du contrôle. Le contrôle qui bien sûr peut adopter plusieurs formes depuis le harcèlement moral jusqu'au complot plus ou moins vaste en passant par toutes sortes d'intrigues de petit et haut vol, mais de toute façon la structure est toujours la même : la jouissance est ici celle que nous procure l'ascendant ou mieux le pouvoir que nous avons sur autrui. On est donc dans des schémas ou quelqu'un exerce un pouvoir pouvant aller jusqu'à la tyrannie, soit un contrôle plus ou moins calculé, c'est-à-dire une domination qui peut être totale, sur quelqu'un qui subit cela à son insu.
On se trouve plus précisément encore dans un schéma binaire fondé sur l'opposition entre un sujet (actif) et un objet (passif) qui parcourt une gamme allant du couple exploiteur/exploité, en passant par le couple maître/esclave et en allant au pire jusqu'à bourreau/victime. C'est dans ce contexte de jouissance silencieuse que se nouent les rapports de pouvoir de demain, c'est-à-dire que se prépare la tyrannie qui vient. Cette structure est toujours le signe du passage de la fraternité à l'antifraternité. Car si la fraternité est orientée vers une jouissance de confort, une recherche de bien-être et de facilité -- l'antifraternité l'est à proprement parler vers des jouissances de type sadique : il s'agit là de profiter d'autrui, physiquement, psychologiquement, moralement, et même (nous y viendrons) spirituellement, d'en faire son objet, et à la fin de jouir de sa souffrance. Sade lui-même distinguait deux efforts républicains : le premier effort, celui de l'utilitarisme des Lumières, pour le bien-être, et le second pour la jouissance telle qu'il la concevait, à savoir profiter sans limite de l'autre réduit à l'état d'objet.
On peut évidemment objecter que l'argument de Sade n'est pas sérieux. Je répondrai que c'est parfaitement faux. Sade est très sérieux au contraire. Il est sérieux dans le mal, et c'est parce qu'il est sérieux dans le mal qu'il voit au fond des choses. Loin de s'en tenir à des demi- mesures, par exemple un simple égoïsme ou une malveillance mesquine, il sait que le mal, par nature, a besoin de se développer dans toute l'ampleur qu'il peut déployer. En visionnaire qu'il est, il voit l'avenir des Lumières et de la Révolution jusqu'au bout du futur de méchanceté qui leur est promis. C'est en cela qu'il est un auteur précieux, et non pas comme l'ont soutenu quelques intellectuels français déjà disparus, pour la soit-disant liberté dont il nous montrerait le chemin. Le seul chemin que nous montre Sade c'est celui de l'enfer -- à la fois l'enfer historique qui vient et l'enfer réel qui est promis à ses émules.
La vérité qu'il nous révèle, le voile qu'il lève pour notre bénéfice, c'est celui de l'antifraternité inévitablement dissimulée dans la fraternité même que nous propose les Lumières. De telle façon que depuis que nous sommes tous frères, libres et égaux à travers la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, nous sommes toujours plus exposés, toujours plus livrés, au pouvoir de l'Autre de la jouissance, à son contrôle et à sa fondamentale antifraternité : se lèvent alors les pires figures historiques propres à nous tourmenter, depuis le prochain sadique en passant par le tueur en série et jusqu'à la figure du Grand Frère. Car s'il y a quelqu'un qui aspire au contrôle intégral, c'est bien le Grand Frère.
JJ

22:14 Publié dans contrôle, gouvernance mondiale, jouissance, l'enfer, l'histoire qui va, l'histoire qui vient, le blog de Jonas Jorda, le Grand Frère, le monde des frères (mais sans père), politique, psychanalyse, société, sur la souffrance, syncrétisme religieux, technoscience | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15.09.2008
prophétisme, catastrophe et non-histoire

Dans le prophétisme hébreu le thème de la techouva, du retour, du retour dans les grâces divines pourrait-on dire, exprime une idée qui, dans le monde des frères (mais sans père), a été fondamentalement pervertie. Les frères en effet (ceux du monde des frères, mais sans père) ont décidé, en abandonnant la loi naturelle, c'est-à-dire en deregulant la jouissance , qu'ils tireraient de celle-ci la construction de leur monde : ainsi, la haine de classe a fondé le projet marxiste alors que l'égoïsme a fondé le projet libéral. Sans oublier toutes sortes de nuances locales et nationales associées : ici goût de l'ignorance et de la violence, là de la paresse et de l'argent, ailleurs de la cruauté et du contrôle, etc.
Bref, si l'on considère que la jouissance dérégulée c'est exactement ce que la Bible a appelé le mal, alors nous pouvons dire que les frères ont projeté de tirer du mal un bien.
Or, tirer du mal un bien, c'est une prérogative à proprement parler divine, on n’a jamais vu des hommes y arriver de façon réfléchie. A la longue en effet, le mal tourne toujours à la catastrophe.
§§§
La techouva, le retour vers le salut, marque par contre le mouvement inverse, c’est-à-dire le passage de la catastrophe au salut. Et peut-être dans la Bible, ce passage se fait-il moins par un lien de causalité que par le franchissement de l'abîme qui les oppose tout en les séparant. Israël est invité à dépasser la mort par la vie, ou plus précisément à connaître la mort pour revivre. L'image est ici celui du grain de blé semé en terre pour mourir et germer. André neher nous explique comment, dans la prophétie d'Osée il y a continuité inéluctable de la catastrophe au salut :
Allons, revenons à l'Éternel, car il a frappé et nous guérira ; il a blessé et nous pansera. Il nous fera revivre après deux jours, nous fera nous relever le troisième jour et nous vivrons devant lui. (Os., 6, 1-2)
§§§
Ainsi, la vie dépasse la mort et, comme dit Néher, « en se réalisant, la catastrophe consomme sa propre défaite : elle prépare le salut ».
Lorsque André Néher écrit L'essence du Prophétisme, en 1955, il le fait pour élucider et proclamer les vérités profondes de celui-ci. Mais il s'intéresse au prophétisme moins en psychologue et en moraliste, dans l'esprit de Maïmonide, sous l'angle de l'infinité divine, qu’en historien et métaphysicien. Au sens de Néher l’essence du prophétisme, c’est « le passage dramatique de la tradition hébraïque à l'existence ». Ainsi, la techouva est expérience vécue dans le temps de l’histoire. Expérience existentielle. Elle est, nous dit Néher, cette expérience historique singulière qu’est l’expérience de la non-histoire.
C’est que pour le prophète, la catastrophe ouvre à la non-histoire.
« L'instant séparant la catastrophe du salut correspond à une cessation de l'histoire, écrit Néher, et la techouva est le franchissement de ce moment de vide historique. L'histoire vient soudain se jeter dans un gouffre pour y disparaître et une tranche de non-histoire permet la surgescence d'une histoire nouvelle. Peut-être le chapitre 3 d'Osée est-il, tout entier, construit sur cette conception d'une non-histoire, prélude à un recommencement :
De nombreux jours, les enfants d'Israël resteront sans roi, ni princes, sans éphod, ni idoles. Ensuite les enfants d'Israël reviendront et chercheront l'Éternel, leur Dieu, et David, leur roi...
La réconciliation paraît consécutive à une longue période de suspension des activités politiques et religieuses d'Israël. Quoi qu'il en soit, le premier chapitre d'Osée exprime, d'une manière très nette la notion d'une non-histoire ».
§§§
À tel point que Osée va nommer ses deux derniers enfants de noms en quelque sorte négatifs : déjà l'aîné se nomme Yzréel, ce qui veut dire Dieu sèmera, un nom qui porte avec lui l'ambivalence de la catastrophe, à la fois pour symboliser la nécessité que la graine meure et pour dire la réalité historique de la chute de la dynastie des Jéhuides ; la cadette s'appelle Lo-Rouhama, c'est-à-dire Non-Aimée pour dire la fin de l'amour divin pour Israël ; quant au dernier, il se nomme Lo-Ammi, Non-Mon-Peuple pour exprimer la fin de l'alliance. Ainsi les enfants eux-mêmes sont considérés comme destructeurs de l'avenir. Ils sont devenus eux-mêmes négations. Et même Dieu va se présenter alors comme négation :
Car vous êtes Non-Mon-Peuple et Moi Je suis Non-Dieu pour vous. Il n'y a plus d'histoire et il n'y a plus de temps car l'alliance est rompue.
Mais Yzréel est la semence d'où sortira le germe de l'avenir. Et donc l'Éternel, à nouveau affirmé, va lever la négation :
Dites à vos frères : Mon Peuple,
et à vos sœurs : Aimée !
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Bien entendu, pour un chrétien digne de ce nom, et en particulier un catholique, il y a un sentiment très fort de continuité par rapport à la tradition du prophétisme hébreu. Ce n'est pas parce que la Révélation est close puisque le Verbe lui-même de Dieu, c'est-à-dire Jésus-Christ, nous a été donné, qu'il ne convient pas de l'expliciter. Certes donc, la Révélation est close, mais pas la prophétie. Il y a contradiction à penser que le prophétisme se réduit à ce que nous en décrit la Bible. Comme dit Saint Thomas d'Aquin : des prophètes et des prophéties, il y en aura toujours jusqu'à la fin du monde.
Ce qui nous intéresse ici, c'est de constater que tout en s'ajustant à la réalité moderne, le prophétisme contemporain conserve certains thèmes fondamentaux du prophétisme hébreu.
Ainsi, le prophète contemporain voit aujourd'hui l’état de non-histoire se dérouler sous ses propres yeux. La menace de la catastrophe est en quelque sorte mondialisée et les hommes s'enfoncent toujours plus dans la nuit de leur non-histoire. Ce qui est évident aux yeux de tous les prophètes contemporains c'est l’état obscur du monde, sa non-vie, son non-bonheur, son non-avenir. Je cite l’un de ces petits prophètes, personnage modeste et caché, mais courageux et déterminé, à la manière des prophètes hébreus. Il s'agit en l’occurence d'une laborantinee italienne catholique, une mère de famille nommée Angelina.
Et voici ce qu'elle écrit dans son journal :
" Aujourd'hui, Jésus m'a fait comprendre combien l'esprit d'une grande partie des hommes est encore très éloigné de Lui.
Tandis que je marchais parmi la foule, je pouvais percevoir combien de personnes étaient effectivement loin de Jésus, à des années-lumière. Je percevais leur esprit... il était empli de tant de pensées et d'amours matériels, quand ce n'était pas aussi une parfaite adoration d'eux-mêmes. Quelques-uns parlaient entre eux, mais ils ne s'écoutaient pas les uns les autres : il étaient trop occupés à penser à ce qu'ils devaient dire, même si la chose n'était pas particulièrement importante.
Dans ces promenades dominicales en bordure de mer, toutes les catégories sociales étaient présentes... Oh ! Comme l'Esprit gémissait en une agonie épouvantable ! Je sentais clairement une angoisse de mort les entourer et les démons ricaner, heureux !
C'est horrible ! pensai-je. Mais, qu'est-ce que cette vie sans Dieu ? C'est comme être en enfer, déjà ici sur la terre... C'est la non-existence, parce que l'esprit est complètement embourbé dans la complaisance de soi...
Le Père intervint immédiatement :
« Oui, Ma fille, c'est la parole juste que tu as utilisée : n'en cherche pas d'autre, c'est ainsi. Chaque action négative naît de la complaisance de soi : d'un orgueil ouvert ou caché, qui, un jour ou l'autre, mène à la mort de l'esprit. L'homme marche dans l'obscurité la plus totale.
Je t'ai fait éprouver cela, pour que tu comprennes combien l'humanité entière est vraiment, et amèrement, loin de Moi !
Ma petite créature, celle-ci ne peut revenir à Moi sans éprouver l'angoisse de l'enfer ! »
[...] Alors, je me suis permis de dire : « Père, mais ils goûtent déjà l'enfer ! »
Le Père m'a dit : « Non, ils ne le goûtent pas encore, car ils n'ont pas la Lumière ; quand ils l'auront, ils seront horrifiés ! [...] »
§§§
Ainsi, dans le monde des frères (mais sans père), la catastrophe est quotidienne : essentiellement, elle consiste en cette plongée tête première dans cet état obscur du monde par eux créé, et dont le fond, que André Néher nommait néant, a pour nous ce nom postmoderne : enfer. Lors de cette plongée vers cette non-histoire Dieu sème la Jérusalem qui vient, il sème les graines de notre retour, de notre techouva.
Le point essentiel ici, qui doit nous retenir, concerne cette parole donnée par le Père à Angelina : « Quand ils auront la Lumière, ils seront horrifiés ». Cette phrase renvoie à un thème décisif du prophétisme contemporain qui est le prophétisme dit de l'Avertissement . Thème massif, sans cesse repris dans toutes les prophéties récentes, et qui renvoie à un événement qui devrait avoir lieu dans un futur relativement proche. L’Avertissement c’est précisément ceci : l’expérience donnée à chacun de la réalité de notre non-histoire comme enfer et, du coup, la possibilité offerte au choix de chacun de vivre la techouva, le retour dans les grâces divines.
JJ
11:24 Publié dans catholicisme, le blog de Jonas Jorda, l'ouverture du sixième sceau, prophétisme et prophéties, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholicisme, société, morale, philosophie, christianisme, bien et mal, judaïsme
11.09.2008
réflexions sur le jacobinisme historique

Notre grand frère Robespierre
NOTRE MERE LA SOCIETE
Le monde des frères (mais sans père) a fait sienne la mort. Ce au titre du pacte social – le pacte, en effet, dit une seule chose[i] laquelle consiste à mettre en commun nos biens et nos personnes afin qu'ils nous soient remis en propre par les mains du peuple lui-même (ou, ce qui est la même chose, par les mains de la société – ou encore par les mains de la loi). De manière étrangement inaperçue, jamais Rousseau (1) n'a été aussi présent dans le débat sociopolitique que de nos jours.
Or, dans cette logique qui consiste à mettre en commun tout ce qui constitue notre bien, pour le voir restitué par notre mère la Société, nous trouvons à la fin même notre mort, comme nous y trouvons nos enfants, à nous restitués par les mains de notre mère l'Éducation, et même notre Dieu que nous rend généreusement notre mère la Laïcité. Ceux qui parlent de déclin du contractualisme feraient bien d'y regarder à deux fois. Il est pourtant évident qu'au déclin des liens personnels répond une hypertrophie du lien social, soit une réglementation accrue et des dispositions positives toujours étendues noyautées par un pacte fondateur.
§§§
La mort se trouve prise dans ce mouvement. Mais évidemment la mort reste un x et en tant que tel, elle est le lieu d’un flottement. Le projet fraternitaire, quant à lui, demeure, centré plus ou moins consciemment sur la jouissance. Il faut dire « plus ou moins consciemment » parce que, comme toujours en cette circonstance, deux efforts républicains apparaissent : l'effort pour le bien-être et l'effort pour la jouissance. Il y a donc deux lignes d'actions qui se révèlent, deux lignes d'actions distinctes « comme toujours » – ce qui veut dire « comme toujours depuis les origines de la fraternité » – deux lignes d’où surgissent :
– d'une part le frère portant son projet d'un hédonisme de masse,
– mais d'autre part son inséparable alter ego, l'antifrère, porteur du thème d'un au-delà du bien-être, dans lequel éclate toute l'étendue de la monstruosité fraternitaire.
Dès le début, se révèle cette schize au sein du monde des frères : ainsi 1789 et 1793, Girondins et Montagnards, Révolution et Terreur. La promesse de bonheur d'une part et d'autre part l'enfer.
POURQUOI 93 SUIT-IL NECESSAIREMENT 89 ?
Cette question d’une possible continuité entre les deux périodes saillantes de la Révolution Française a été remise sur le tapis par un de nos plus éminents historiens, François Furet, et l’on ne peut que rester admiratif et reconnaissant devant le souci de vérité que cet homme a soutenu à l'encontre même de ses choix communistes de jeunesse.
Il s’agissait à la fin de savoir s'il existe une continuité logique entre 89 et 93, sachant que beaucoup avaient répondu par la négative à cette question, et y avaient répondu sur le mode « 93 n'est qu'un accident de l’histoire au même titre que la terreur stalinienne n’est qu’un simple accroc historique devant la rigueur du marxisme-léninisme ».
§§§
La grandeur de François Furet est d'avoir considéré cette question – posée par la Révolution Française et remise sur le tapis par les Révolutions communistes – comme le problème de notre époque. Ce qui l'a amené à rappeler de leur purgatoire les historiens de la Révolution rejetés par l'Histoire officielle parce qu'ils avaient défendus l'idée de liens nécessaires entre 89 et 93, en particulier Hippolyte Taine et Augustin Cochin. En 1978, François Furet déclarait donc : « La culture politique qui conduit à la Terreur est présente dans la Révolution Française de 1789 ».
Ces considérations historiques nous aident à comprendre l’impensé de notre histoire d'aujourd'hui : dans l'orientation vers le bonheur imprimée au XVIIIe siècle par les Lumières est inscrit un horizon de barbarie toujours inouï. Où ce qui vient se révèle toujours pire de ce que peut porter notre mémoire. Notre repère ici est le pamphlet du jacobin Sade – il serait intéressant de relever les observations de certains historiens, comme Michelet et Taine, à propos du jacobin Sade, pour compléter l'image plus ou moins mythique de l'écrivain par celle du sinistre monomane qui rôde dans le Paris des années 90 – pamphlet que nous avons plusieurs fois commenté et qui appelle les Français à un second effort pour devenir républicains, ce second effort consistant à s’autoriser les pires crimes imaginables pour satisfaire à la rigueur de la pulsion, soit si l’on veut saisir la vérité psychopathe de ladite pulsion, non tant de jouir sans entrave que bien plutôt d’éprouver le tranchant d’un esclavage dans lequel la méchanceté exprime son illimitation sur le mode d’une vocifération légale toujours plus ignoble. C’est le cas aujourd’hui de l’abattage de masse des tout petits bébés par l’avortement – déjà au programme du fameux pamphlet, comme on s’en doute, sous l’autorité.. d’Aristote.
§§§
Et attention ! Il ne s'agit ici pas de condamner à tout prix 89, mais essentiellement de comprendre ce lien nécessaire et à proprement parler dégradant, plus précisément ignominieux, qui relie la revendication au bonheur avec la barbarie à venir.
Force est de constater qu'en déconstruisant le Père est apparu ce lien nécessaire entre bonheur et jouissance. Car ce qui faisait obstacle entre les deux ayant disparu par effacement en quelque sorte légal – à savoir l'abolition de la fiction juridique de « puissance paternelle » -, nous fumes tous livrés, quoi qu’en disent les frères, au sans loi de la mère de jouissance, c’est-à-dire au sans loi de l’antifraternité.
Saluons la parution récente du Livre Noir de la Révolution Française, qui arrive à propos pour nous rappeler que la jouissance, et en particulier l'extraordinaire voire extravagant goût du meurtre déployé par nos jacobins dans les années 90 de notre Révolution, n'a rien à envier aux pires exactions nazies ou communistes, et que la méchanceté peut se tenir à la hauteur du jamais vu jusqu'ici lorsqu'elle se présente à des cerveaux abrutis par l'opinion comme par la peur.
La vérité finale étant là encore que la jouissance aspire immanquablement à l'enfer – l’enfer dont elle fait la substance. Et deuxièmement, qu’elle n'est pas seulement derrière nous, soit-disant tenue en laisse par nos commémorations, mais qu’elle est toujours devant nous.
VEULERIE DU JACOBINISME
En 1793 la conquête jacobine est achevée et le grand jeu de la guillotine peut commencer. Hippolyte Taine nous fait alors le portrait du jacobin saisi dans sa plus minable grandeur :
« Regardons-les à ce moment décisif : je ne crois pas qu'en aucun pays ni en aucun siècle on ait vu un tel contraste entre une nation et ses gouvernants. – Par une série d'épurations pratiquées à contresens, la faction s'est réduite à sa lie ; du vaste flot soulevé en 1789, il ne lui est demeuré que l'écume et la bourbe ; tout le reste a été rejeté ou s'est écarté, d'abord la haute classe, clergé, noblesse et parlementaires, ensuite la classe moyenne, industriels, négociants et bourgeois, enfin l'élite de la classe inférieure, petits propriétaires, fermiers et artisans-maîtres, bref tous les notables de toute profession, condition, état ou métier, tout ce qui avait un capital, un revenu, un établissement, de l'honorabilité, de la considération, de l'éducation, une culture mentale et morale. Pour composer le parti, il n'y a plus guère, en juin 1793, que les ouvriers instables, les vagabonds de la ville et de la campagne, les habitués de l'hôpital, les souillons de mauvais lieu, la populace dégradée et dangereuse, les déclassés, les pervertis, les dévergondés, les détraqués de toute espèce et, à Paris, d'où ils commandent au reste de la France, leur troupe, une minorité infime, se recrute justement dans ce rebut humain qui infeste les capitales, dans la canaille épileptique et scrofuleuse qui, héritière d'un sang vicié et avariée encore par sa propre inconduite, importe dans la civilisation les dégénérescences, l'imbécilité, les affolements de son tempérament délabré, de ses instincts rétrogrades et de son cerveau mal construit. (2) »
L'épuration est ici épuration par la veulerie – c'est la pente de la facilité qui joue, le principe de plaisir, et qui joue d'autant mieux que les principes d'autorité ont été déconstruits. Que le jacobinisme aboutisse à la mort réelle du père, c'est-à-dire à l'exécution historique de Louis XVI, est l’envers logique de ladite épuration, sa secrète vérité.
§§§
Sur quels principes s'est construite une telle dynamique ? Essentiellement sur nos trois principes républicains. La fraternité est bien sûr structurelle, dans la mesure où elle se fonde sur la mise à l'écart du Père, elle est le fil rouge qui relie modernité et postmodernité. La liberté, quant à elle, est le devoir de tout jacobin. La trahir c’est commettre le pire des crimes – et ce mot de crime doit être entendu ici dans son sens le plus fort, comme lorsqu'on dit aujourd'hui que la pédocriminalité est un crime. Quant à l'égalité elle équivaut à un permis de tuer, puisqu'à l'époque la pointe du jacobinisme s'est concentrée sur l'égalité des fortunes. Dans les pires moments, et déjà en 1789, celui qui attente à l'égalité est un contre-révolutionnaire, de sorte que le possédant est criminel dans ses biens mêmes.
On rougit, après avoir fréquenté Taine, de lire les manuels scolaires à l'usage des classes de seconde par exemple – on rougit du silence des programmes sur ces questions, et il est atrocement poignant de constater que toutes ces personnes torturées et assassinées par des attroupements organisés par la haine et l'envie, que toutes ces personnes horriblement suppliciées n'aient droit de nos jours à aucune espèce de souci de mémoire. Bien au contraire, puisque c’est à un silence glacé que sont éduqués nos écoliers, un silence glacé jeté à la hâte sur notre désir de n'en rien savoir. En réalité ces gens sont encore coupables, et l’abrutissement de l’opinion est tel qu’un jury de télévision rassemblé il y a une dizaine d’années pour « refaire » le procès de Marie-Antoinette, la condamnait à mort une fois de plus !
§§§
On rêve d’un manuel d’histoire qui ne vise pas à cultiver l’absence d’esprit critique des jeunes français, qui leur communique au contraire le goût de la réflexion historique. Le goût de l’intelligence critique, à distinguer bien sûr du négativisme pantomimique qui a cours de nos jours. Sur le nécessaire état d’esprit critique de l’historien, voici ce que dit Taine lui-même : « J’ai écrit en conscience, dit Taine, après l’enquête la plus étendue et la plus minutieuse dont j’ai été capable. Avant d’écrire, j’inclinais à penser comme la majorité des Français, seulement mes opinions étaient une impression plus ou moins vague et non une foi. C’est l’étude des documents qui m’a rendu iconoclaste. Le point essentiel... ce sont les idées que nous nous faisons des principes de 89. A mes yeux, ce sont ceux du Contrat social, par conséquent ils sont faux et malfaisants... Rien de plus beau que les formules Liberté, Égalité ou, comme le dit Michelet, en un seul mot, Justice. Le cœur de tout homme qui n’est pas un sot ou un drôle est pour elles. Mais en elles-mêmes elles sont si vagues, qu’on ne peut les accepter sans savoir au préalable le sens qu’on y attache. Or, appliquées à l’organisation sociale, ces formules, en 1789, signifiaient une conception courte, grossière et pernicieuse de l’État. C’est sur ce point que j’ai insisté ; d’autant plus que la conception dure encore et que la structure de la France, telle qu’elle a été faite de 1800 à 1810, par le Consulat et l’Empire, n’a pas changé. Nous en souffrirons probablement encore pendant un siècle et peut-être davantage. Cette structure a fait de la France une puissance de second ordre ; nous lui devons nos révolutions et nos dictatures. »
Et encore Taine n’a-t-il pu voir le(s) rejeton(s) communiste(s).
JJ
(1) Dans le Contrat Social, Rousseau pose qu'il existe une clause d' « aliénation totale de chaque associé » qui résume toutes les autres. On la trouve exposée dans le Livre I, chapitre 6 : « [il s'agit] de trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s'unissant à tous n'obéisse pourtant qu'à lui-même et reste aussi libre qu'auparavant. »
Le Contrat prétend donner la solution de ce problème grâce à un certain nombre de clauses : « Ces clauses bien entendues se réduisent toutes à une seule, savoir l'aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à toute la communauté : car, premièrement, chacun se donnant tout entier, la condition est égale pour tous (...) de plus, l'aliénation se faisant sans réserve, l'union est aussi parfaite qu'elle peut être (...) ».
« Si donc, y lit-on encore, on écarte du pacte social ce qui n'est pas de son essence on trouvera qu'il se réduit aux termes suivants. Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
« À l'instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d'association produit un corps moral et collectif composé d'autant de membres que l'assemblée a de voix. [Et ce corps] reçoit de ce même acte son unité, son moi commun et sa volonté. [Il prend alors le nom de] république. »
Qu'offrira-t-on en retour à chaque individu qui accepte d'obéir ainsi à la volonté générale ? « On le forcera à être libre » (I, 7). Ni plus ni moins. Essayez à partir de là de reconsidérer le principe de laïcité – vous le trouverez piégé dans cet imparable dispositif. Conclusion : relisons Cochin.
(2) Les Origines de la France Contemporaine, tome VI, p. 255-256.
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03.09.2008
morale de l'intention et morale de la suspicion

On ne peut pas prohiber le mal, on ne peut que le circonscrire, le localiser (lui désigner un lieu). Le mal est réel, c’est-à-dire indestructible pour l’heure, et il ne cesse de taper à la porte. On peut toujours le lui interdire. Mais le mal se nourrit de l’interdit. C’est sa manière d’exister. Par contre le mal a toujours buté sur cette petite négation par laquelle commence le Livre de la culture des fils, dans le monde des fils, c'est-à-dire l'univers judéo-chrétien, négation qui sort de la bouche de l'Autre : tu ne mangeras pas des fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Par cette négation, nous savons – d'une connaissance qui ne vient pas de nous, mais de l'Autre – que nous ne pouvons éliminer la référence à un mal radical, un réel mauvais (un arbre, une pomme, un serpent, peu importe) qui n'est ni aménageable, ni connaissable, mais est évitable.
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Cela ne signifiait pas (jusqu’à une date récente) qu'il fallait nécessairement se référer directement à l'existence d'un Autre divin, puisqu'il suffisait de faire crédit à une référence symbolique, comme notre droit l'a longtemps fait dans son droit naturel, avant d'en venir, par choix conscient et à vrai dire calculé, à une solution positiviste qui a éliminé tout tiers transcendant surplombant la conception de la justice. Bien entendu la liquidation du droit naturel a entraîné celle de la loi naturelle, soit ce qu'on appelle la loi mosaïque. En France on appelle cela laïcité.
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Dans le monde des fils la négation est intériorisée, elle est une référence interne que nous reconnaissons en nous pour peu que nous y restions attentifs. Nous avons affaire à une morale de l'intention. Désirons-nous nous orienter justement dans l'être ? Nous trouvons en nous-mêmes les voies : celle du désastre ou celle de l'amour. À condition que nous ne l'ayons pas réprimée, la négation nous guide avec une très grande sûreté. Et la loi mosaïque ne nous apparaît pas comme une liste d'interdits mais comme le mode d'emploi lui-même des voies de l'amour.
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Mais dans le monde des frères (mais sans père), celui de la "laïcité", celui qui tente aujourd’hui d’étouffer en nous le fils, la négation systématiquement effacée par trois ou quatre générations a de plus en plus de mal à nous guider – nous essayons alors de nous orienter à partir de signes extérieurs, qui sont les signes de notre peur, peur du mal ressentie par chacun, inquiétude diffuse, diffusée à toute la communauté, résultant de la désorientation de chacun. Ces signes se manifestent sous forme de règlements multipliés, de prohibitions toujours plus nombreuses, et par une perte de confiance dans la dimension symbolique du langage, autrement dit dans la dimension de l'Autre : les mots deviennent inquiétants, pré-hallucinatoires, anormalement performatifs, de sorte qu'une pragmatique généralisée de purification du langage est mise en place qui ne fait qu’exprimer cette inquiétude, voire cet affolement. Faute évidemment d’une purification des consciences.
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Nous sommes donc entrés dans une morale de la suspicion : le prochain est désormais celui qui me veut du mal. Et de chacun de mes semblables peut ainsi surgir l'Autre grimaçant de la jouissance. De sorte qu'en fondant les droits de l'homme sur le libre exercice du principe de plaisir, nous percevons désormais autrui comme un bourreau potentiel dont nous pourrions bien être la prochaine victime.
Bien entendu, c'est parce que nos intentions individuelles se sont renversées en intentions de jouissance, lesquelles, dans une situation de jouissance dérégulée, sont causes directes des désagréments de notre prochain, que nous suspectons celui-ci d'avoir les mêmes intentions que nous : c'est-à-dire nous mentir, nous voler, coucher avec notre conjoint, nous détruire à l'occasion, peu-être nous tuer Et ainsi de suite.
JJ
11:24 Publié dans catholicisme, le blog de Jonas Jorda, mystique et politique, politique, psychanalyse, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholicisme, société, morale, philosophie, christianisme, laïcité, bien et mal
29.08.2008
le moment théologico-politique et le prophétisme

C'est sous l'angle du prophétisme qu'est rouverte, de notre point de vue, la question théologico-politique et en particulier le reclassement des genres de la connaissance, ce que l'organisation par les Lumières, et notamment par Spinoza, interdit précisément de faire. Depuis ce temps en effet, l'opinion sur la question, c'est-à-dire l'expression de la sottise commune – y compris dans de larges secteurs de l'Eglise –, se résume à ceci : le prophétisme est imagination.
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Information communiquée et non imaginée, objectons-nous. “ Communiquée ” signifie que cette information ne nous parvient pas de la même façon que celle qui est extraite par les chercheurs des faits et choses de la nature – soit ce genre commun d'information, obtenu le plus empiriquement du monde, qui vient à l'homme de science (comme d'ailleurs à des degrés différents à tout observateur attentif de la nature, par exemple le paysan) lorsqu'il considère ce que sont les choses.
Par contre se pencher sur l'être des choses, c'est-à-dire sur leur exister, et le faire non par l'art ou la littérature, mais presque sans y penser, en caressant un chien comme Jérémie enfant, ou en gardant les vaches comme Amos, ou en aimant un arbre, ou mieux de façon consciente en disant son chapelet – se pencher ainsi sur l'être des choses, nous rapproche de l'information prophétique.
Elle nous en rapproche, et pourtant l'information prophétique ne dépend pas de notre initiative mais de l'initiative de l'Autre. Dieu parle à qui Il veut.
C'est là un fait d'expérience, expérience dont témoignent les prophètes, en particulier les prophètes contemporains, et si nous voulons ne pas perdre le nord, nous devons nous en tenir à ce que dit l'expérience, fut-elle celle du petit nombre. Elle vaut mieux à tout prendre que l'opinion du grand nombre, surtout quand ce grand nombre est construit par la sottise commune.
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La figure de Moïse devant le buisson ardent a une dimension historique, mais elle a aussi pour chacun de nous une valeur symbolique : elle est l'image de l'homme lorsque l'Exister lui fait signe, lorsque l'Exister lui-même fait un communiqué.
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Remarquons qu'un communiqué se présente toujours sous deux faces : il y a ce qui est communiqué, c'est-à-dire l'information proprement dite, et le fait de la communication, ce qui veut dire qu'à la fin, il y a toujours le x de la source de l'information, laquelle source se trouve posséder l'initiative du message. La question de Moïse : “ Quel est ton nom ? ” est pour résoudre la question de la source. La réponse, “ Je Suis ”, montre comment la source (Dieu) se confond ici avec le communiqué (Je Suis) : c'est ce que Saint Thomas exprime en disant qu'en Dieu essence et exister se confondent. Mais pour nous, cela fait deux connaissances : la connaissance de ce qui est communiqué, c'est-à-dire le contenu du message proprement dit, et celle de l'existence de la source – quoique pour cette dernière, elle n'est plus celle de quelque chose mais de quelqu'un : à proprement parler elle n'est donc pas une connaissance mais un connaître, ce qui n'a évidemment rien à voir avec l'intuition intellectuelle de l'Amor intellectu Dei de Spinoza.
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Donc, ce qui aujourd'hui va renouveler le moment théologico-politique, c'est le phénomène massif, plus ou moins occulté par les différentes églises, ou plutôt par les frères qui se font passer pour des fils et qui visent le contrôle dans les différentes Eglise -- c'est le phénomène massif, dis-je, du prophétisme contemporain, c'est-à-dire la démonstration éclatante à la face de tous de la véracité de ce qu'il annonce.
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Le fait et la vérification par l’expérience, voila ce à quoi ne répugne pas à répondre non plus l’expérience prophétique : à ceci près que si la prophétie de bonheur est certaine la prophétie de malheur est conditionnelle. En effet, lorsque Dieu promet le bonheur à l'homme il ne retire pas sa promesse : donc, lorsque Dieu dit « Je ferai un ciel nouveau et une terre nouvelle », on peut être certain de l'accomplissement de cette promesse. Mais lorsqu'il dit « Je vais détruire ceci ou cela », il y a toujours la possibilité d'une annulation du malheur par la prière et la conversion. Car il faut comprendre qu'un des buts ultimes de la prophétie c'est la perfection humaine.
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En fin de compte, pourquoi les hommes ont-ils besoin de prophètes ? Pour être guidés vers la société parfaite. Car ce que le prophète a à donner aux hommes est information sur leur bonheur et non pas imagination. On retrouve ici le modèle platonicien d'organisation politique de la cité venant s'offrir naturellement dans cette conjoncture théologico-politique nouvelle, conjoncture qui vient et qui est déjà là.
JJ
18:13 Publié dans catholicisme, le blog de Jonas Jorda, mystique et politique, politique, prophétisme et prophéties, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : théologico-politique, politique, prophétisme, apparitions mariales, spinoza
26.08.2008
deux définitions : la R&D capitaliste; le moment théologico-politique

Économie : la R&D des entreprises et des administrations, moteur de la jouissance fraternitaire
La R&D désigne le processus global de recherche et de développement au cours duquel le capitalisme s'unit à la technoscience pour élaborer l'objet de leur jouissance commune. Autrement dit, la poussée pour le profit se conjoint à celle de la recherche scientifique pour exhiber l'objet réel qui résume au mieux telle ou telle étape de la refabrication de l'être : du home cinéma à la ritaline, du viagra à la dernière BMW, de la brebis Dolly au RobotSapiens, de l'écran plasma à la puce RFID et ainsi de suite.
La R&D a lieu en trois temps, le temps de la recherche pure, celui de la recherche appliquée et celui enfin de l'application industrielle, depuis l'élaboration des prototypes jusqu'à la faisabilité. Trois temps bien propres à figurer le mouvement tournant de la pulsion autour de son objet, comme un bateau autour d'une bouée, à grands virages appuyés, parti du port et revenu au port - du port de l'insatisfaction au port de l'angoisse, pour dire les choses non tant de façon dramatique qu'exacte -, trois temps dont on ne peut guère privilégier tel ou tel parce qu'au point où nous en sommes, seule compte maintenant la maintenance de cet objet, c'est-à-dire la perpétuation de la forme en panne qu'il est, forme toujours prête à s'affaisser lamentablement à la manière d'un soufflé, puisque sous les innovations changeantes et captivantes propres à le figurer, il n'y a jamais que du vide impossible à informer.
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Politique : la nature du moment théologico-politique
La question politique se joue en Occident, comme l'a montré Léo Strauss, au niveau du rapport et de la tension entre Athènes et Jérusalem. C'est-à-dire entre raison et Révélation. Dans l'Occident judéo-chrétien, le moment politique voit la Révélation dominer sur la rationalité humaine : la raison de l'Autre divin prime sur la raison de l'homme.
Par contre, dans le monde des frères (mais sans père) la politique est intégralement gérée par la raison humaine. En France, le principe dit de laïcité scelle ce fait. De sorte que la loi naturelle (la loi mosaïque) n'a plus de prise sur l'ensemble social.
Le temps du renversement entre ces deux moments théologico-politique est le temps machiavélien, aussi bien d'ailleurs que machiavélique, au cours duquel Machiavel pose que pour parvenir au bien, le Prince ne doit pas hésiter à s'appuyer sur la rationalité du mal -- en particulier qu'il doit viser systématiquement sa propre gloire.
Jugeant inhumain l'idéal judéo-chrétien, que la cruauté pieuse de l'Inquisition a rendu inaccessible à ses yeux, Machiavel a jugé bon revoir à la baisse la barre de la spiritualité à son sens placée trop haut – Nietzsche en tirera cette implacable conclusion : pour les Modernes, il n'y a pas d'éternité –, et donc de revoir dans les mêmes proportions les normes éthiques de l'expérience humaine.
JJ
16:09 Publié dans catholicisme, le blog de Jonas Jorda, politique, religion, technoscience | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, r&d, technoscience, jouissance, politique
07.07.2008
structures de la jouissance en mode dérégulé
J'appelle jouissance le péché en tant qu'il est dérégulé. La jouissance est la face philosophique de ce qu’exprime théologiquement la notion de péché. La question est de savoir comment se présentent dans notre univers postmoderne ce que Jean-Paul II appelle les « structures modernes du péché ». Le titre qui parle des « structures de la jouissance » est là pour nous rappeler que toutes les formes de péché sont jouissances et réciproquement que la jouissance est capable d'invention, c’est-à-dire capable d'inventer de nouveaux péchés – en particulier avec l’aide de la technoscience.
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Une rapide description de ces structures montre d’abord qu'elles s'étagent sur deux ou trois niveaux :
· la jouissance a d'abord une réalité transcendantale, ce qui veut dire qu’elle est inscrite comme faute a priori au lieu de l'Autre ;
· deuxièmement, la structure historique de l'interdit fondée sur la loi mosaïque et la figure du Père, cette structure est aujourd’hui déconstruite et le principe de dérégulation de la jouissance est adopté sans retour par les frères ;· troisièmement, la structure religieuse de l'Église est elle-même en voie de déconstruction (point à préciser) et donc le principe de la loi d’amour, de primauté de la charité, est étouffé sous celui de la solidarité fraternitaire.
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ETAT DU LIEU DE L’AUTRE
Tout se passe a priori au lieu de l'Autre. Je veux dire que si nous péchons c'est toujours au lieu de l'Autre, que cet autre soit Dieu ou qu'il soit mon prochain. C'est d'ailleurs au regard de l'Autre, soit Dieu, soit le prochain, qu'étaient déjà énoncés les commandements de la loi mosaïque – comme d'ailleurs les commandements de l'amour. Tout se passe donc au lieu de l'Autre – et plus exactement comme si, en ce lieu, se trouvaient deux chaises : la chaise de la jouissance et la chaise de l'amour.
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Le problème que nous rencontrons depuis toujours en ce lieu – « depuis toujours » signifiant théologiquement : depuis Adam et Eve – problème qui constitue en quelque sorte notre état de nature, mais état de nature que nous avons historiquement aggravé –, c'est qu'il nous est très difficile de faire asseoir quelqu'un sur la chaise de l'amour. Je veux dire que nous n'en avons pas naturellement une volonté profonde et que de toute façon, même si je veux aimer mon prochain, j'ai beaucoup de mal à le garder assis sur la chaise de l'amour, parce que cette chaise est bizarrement bancale et inconfortable. Bref, cette chaise est mal fichue depuis le début... Avant même que je sois, elle était mal fichue...
Que dit saint Paul ? « Nous savons que la Loi est spirituelle ; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais tout de même l'ordre de la Loi ; en réalité, ce n'est plus moi qui accomplis l'action, mais le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien n'habite en moi, je veux dire dans ma chair ... » (Rm, 7 14-18).
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Ou encore : « Je trouve donc une loi s'imposant en moi, quand je veux faire le bien : le mal seul se présente à moi. Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l'homme intérieur ; mais j'aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et n'enchaîne à la loi du péché... » (Rm, 7 21-23).
Observons que ce que dit saint Paul doit être replacé dans le cadre de la loi mosaïque. Or, aujourd'hui, le cadre de la « loi » est celui de sa dérégulation. Autrement dit : nous ne reconnaissons plus l’ordre de la Loi morale. Sa remarque sur l'action du péché en nous prend un relief nouveau dans ce contexte. La vérité est que, avant même la dérégulation, nous avions déjà du mal à suivre les préceptes de la Loi et à ne pas tomber sous la coupe de la jouissance – alors évidemment, une fois prise la décision de dérégulation, nous nous laissons mener purement et simplement par la logique de la jouissance.
Dès lors, au lieu de l’Autre, la chaise de l’amour reste (presque) toujours vide. Vide du fait de notre propre initiative. Il reste toujours possible évidemment qu’elle soit occupée du fait de l’initiative de l’Autre lui-même.
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Et donc, nous comprenons qu'au lieu de l'Autre se tient une autre chaise, tout à fait confortable celle-ci, où viennent s'asseoir tous ceux que je veux bien y convoquer après les y avoir conviés : et c'est la chaise de la jouissance. C'est là où le plus souvent autrui, mon autrui – mon semblable, mon frère, mon prochain à l'occasion – vient s'asseoir à mon intention. Mais comme en ce lieu mon intention précisément tourne mal, mon autrui s'y réduit pour moi à la fin à ce qu'il faut bien appeler un objet. L'objet de ma pulsion. Comme de plus je n'y vois que du feu, je vais nommer fort abusivement cette pulsion amour et me voici désormais en position de frère dans le monde des frères (mais sans père).
LE MONDE DES FRERES (MAIS SANS PERE)
Il est en effet nécessaire d'introduire une distinction entre un monde fondé sur la régulation mosaïque du péché – appelons-le le monde des fils – et l'univers postmoderne fondé sur la dérégulation de la jouissance et son corollaire, la déconstruction du Père, que nous appellerons le monde des frères (mais sans père). Cette distinction permet précisément de comprendre quelque chose qui crée la confusion dans notre esprit en ce qui concerne un juste emploi des modes d'énonciation qui s'affrontent au lieu de l'Autre dans la lutte qui se joue entre l'Autre de l'amour et l'Autre de la jouissance.
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Bien entendu, à vue de nez, l'Autre de la jouissance à l'air d'avoir remporté le morceau, et on peut penser que le monde des frères (mais sans père) va imposer sa nouvelle civilisation (à moins que celle-ci ne disparaisse dans l'œuf avec ce qui reste de la planète).
Mais regardons les choses de plus près : nous constatons que si l'Autre de la jouissance peut s'épanouir, c'est bien dans un univers du Moi – ou monde du Moi, autre nom du monde des frères bien entendu – par la grâce duquel nous barbotons dans un individualisme mortel, c'est-à-dire dans un style de communication qui nous fait tous mourir à petit feu par suffocation solipsiste.
§§§
Seulement il ne suffit pas de suffoquer pour rejeter purement et simplement l'univers du Moi. Il faut en effet pouvoir se donner une alternative viable à ce rejet – alternative dont on peut supposer qu'elle ne peut être que celle d'un univers du Nous. Mais évidemment, c'est là que se cache le piège de la communauté moderne : c'est que le monde des frères (mais sans père) est aussi bien un monde du Moi qu'un monde du Nous. Un Nous qui vaut un Moi.
Ce Nous-là c'est celui qui désigne tous ceux, tous mes petits autres, moi y compris, qui sommes assis sur la chaise de la jouissance. C'est le Nous gangrené qui, depuis Woodstock, cultive nos solitudes et les rassemble volontiers dans la musique (dans le spectacle), pour les célébrer avec ferveur en faisant brûler la flamme de nos briquets. Ce Nous-là a (mal) évolué et c'est désormais celui que l'on voit couler dans les larmes répandues dans les émissions de nos télévisions. Un Nous dégoûtant donc qui, depuis les années 60, s'est enrichi d'une profonde bêtise, et par conséquent d'une toujours plus profonde méchanceté, et qui, parce qu'il est fils de la Mère de la jouissance, fait appel volontiers à Maman et cultive l'émotion comme s'il s'agissait de la béatitude céleste.
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C'est ici que nous comprenons pourquoi il faut distinguer absolument le monde des frères (mais sans père) du monde des fils. Dans le monde des frères, les frères ont tué le père et donc leur Nous est tressé sur des liens à la fois horizontaux et tâchés de sang. Le déni de la culpabilité revient ici en négation de la loi naturelle – il n'existe donc plus que la loi positive et du prohibé : l'interdit proprement dit, qui exprime la loi naturelle, par exemple l'interdit de tuer, n'existe plus. Dans un tel monde, les femmes ont le pouvoir et la loi est celle du désir de la mère, lequel désir est structurellement (en l'absence de parole du père) sans loi, ce qui explique le déploiement ininterrompu de jouissance, en particulier d'agressivité, qui envahit nos vies.
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Dans le monde des fils (fils de l'un et l'autre sexe), le Nous est différent, c'est celui du lien père-fils (père-fille). Ce lien, en rompant la route de la jouissance établit la puissance de l'interdit. C'est un lien vertical, décrit en Saint Jean – « le Père et Moi sommes un », dit Jésus –, un lien si puissant qu'on le retrouve chez le prêtre, le prophète et le Roi.
Ce lien est tel qu'il permet immédiatement, par la prière, qu'au lieu de l'Autre s'assoit l'Autre de l'amour sur la chaise de l'amour. Notre initiative, la prière, aussi pauvre et aveugle soit-elle, déclenche aussitôt l'initiative de l'Autre de l'amour. Question de confiance ou de foi, appelez cela comment vous voulez. Il suffit d'essayer pour en obtenir aussitôt des résultats.
JJ
Pour enrichir la notion de jouissance abordée ici un peu abruptement, voir ce que j'avais déjà écrit sur la jouissance de premier sens.
18:31 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, petite métaphysique aérée et fleurie, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature, politique, société, religion, christianisme, catholicisme, philosophie
23.05.2008
l'être qui vient et le prophétisme
Comment parler de l'être qui vient ? Comment parler de ce qui vient en trouvant le ton juste ?
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Il y a ce qui vient, l'être qui est sur le mode de ce qui vient.
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Il y a le phénomène prophétique.
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Le problème est littéralement de placer sa voix dans la cacophonie générale. Rester rationnel, garder son bon sens, parler clairement.
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Duns Scot peut nous aider dans cette passe.
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La vérité à énoncer est celle-ci : il y a une nature qui vient.
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Que veut dire « il y a une nature qui vient » ? Cela veut dire : un renouvellement naturel va avoir lieu, une nouvelle nature, de nouvelles conditions naturelles.
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Que dit Duns Scot à propos de notre intellect ? Il dit que par une mystérieuse insurrection de notre sensibilité contre notre intelligence, nous sommes réduits à connaître les choses par voie abstractive. Autrement dit, quelque chose nous est interdit dans les faits : la connaissance des intelligibles.
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Toutefois, si cela nous est interdit dans les faits, cela ne nous est pas interdit en droit. En droit, notre intellect est parfaitement capable de connaître les intelligibles. Comment le savon-nous ? Nous le savons par la foi guidée par la théologie, c'est-à-dire nous le savons par la voie de la Révélation – nous le savons par la voie prophétique.
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Le prophétisme hébreu nous a révélé qu'il y eut un temps, non pas un temps mythique ni un temps logique, mais un temps réel, mystérieusement réel, où la nature s'insurgea contre notre esprit.
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Autrement dit, le prophétisme hébreu nous révèle qu'il y eut un temps où notre intellect perdit le droit de connaître les intelligibles. Et qu'à la suite de cela, notre intellect ne put connaître que les réalités sensibles.
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Le prophétisme est ce phénomène étrange au cours duquel notre intellect semble retrouver ses droits, ou plus exactement, une partie de ses droits. Ou plus exactement encore qui annonce que l'être qui vient, et donc l'être humain qui vient, va retrouver les droits qu'il avait mystérieusement perdus lors de la mystérieuse insurrection de sa sensibilité contre son intelligence.
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La difficulté qui apparaît ici signifie que la solution de l'être qui vient ne concerne pas seulement quelques rares individu (quelques rares prophètes), mais que cette solution s'applique à la collectivité des croyants – soit une généralisation du « prophétisme » à toute personne de bonne foi.
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Soit encore un changement dans notre capacité d’accéder à des informations naturelles.
JLB Mars 2008
14.05.2008
Hitler, Spinoza et la détestation du monothéisme hébreu
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Nouvelles du front principal
La guerre que le monde des frères (mais sans père) fait au monde des fils se déroule sur plusieurs fronts dont le plus important, du point de vue stratégique, est celui des premiers principes. Celui qui tient les premiers principes a gagné une grande bataille, une bataille véritablement décisive – et pourtant cela ne signifie pas qu’il a gagné la guerre. Actuellement, ce sont les frères qui occupent le terrain des premiers principes, mais cela ne verrouille pas pour autant l’avenir du monde. Bien au contraire. Cette victoire, pénible résultat de quelques siècles d’efforts fraternitaires, est sur le point de leur être arrachée, ainsi qu’il est écrit en Daniel, 8, 25 :
« (Le Grand Frère) s’opposera au Prince des princes, mais – sans acte de main – il sera brisé. »
Une des choses que le monde des frères (mais sans père) déteste le plus dans le monde des fils c'est le monothéisme – et particulièrement le monothéisme hébreu – parce que le monothéisme a changé la donne au niveau des premiers principes et que ce changement, dès le début, n'a jamais été accepté par quiconque refuse d'être fils. Quelqu'un n'a cessé de le proclamer depuis une trentaine d'années, c'est Claude Tresmontant. Claude Tresmontant dit à peu près ceci : on fait des histoires avec l’antisémitisme mais c’est du brouillard jeté sur la vraie question, la vraie question est l’exécration du monothéisme hébreu. Pour cette raison, pour cette raison spécialement, il s'est vu traiter par beaucoup de ses collègues philosophes (dans l'Université) et théologiens ou exégètes (dans l'Église) comme un pestiféré. Que dit le monothéisme, à commencer par le monothéisme hébreu ? Il dit : le monde n'est pas le seul être auquel nous ayons affaire, le monde n'est pas divin, il n'est pas éternel, il connaît l'usure et le vieillissement (ce que vérifie la physique la plus récente) de sorte qu'il n'a pu se donner l'être à lui-même. Il tient l'être d'un autre que soi. Ainsi, ce qu'a amené le monothéisme hébreu de nouveau c'est qu'il y a deux niveaux dans l'être : il y a ce qui est et Ce Qui Est, le monde et le Dieu créateur. Personne n'avait jamais dit quelque chose de pareil – personne n'avait pensé ou émis l'idée que notre être, et donc avant tout notre existence, pouvait être le don d'un Dieu créateur. Personne n'avait jamais dit : « En un commencement, Dieu créa le ciel et la terre ».
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On a cru que le monde était éternel, qu'il avait toujours été là, qu'il était de lui-même par conséquent, c'est-à-dire autofondé, qu'il se renouvelait de lui-même indéfiniment par une sorte d'éternel retour des choses, ou bien qu'il se régénérait dans son propre chaos. On a cru que l'ordre pouvait naître du désordre, mais l'ordre bien évidemment ne peut naître que de l'ordre. Ce qui rend au moins vraisemblable l’hypothèse d’une création du monde. La science moderne ne cesse d’ailleurs de nous le confirmer, qui n'a jamais repéré aucune sorte de chaos générateur, mais seulement et à perte de vue de la matière informée – y compris dans ce que les théories du même nom appellent chaos.
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Une tactique fraternitaire
Sur le front de la pensée par exemple, il a fallu tout un tas de siècles aux frères pour inventer un système à double entrée, une pour le monde et une pour le monothéisme, de manière à les isoler l’un de l’autre – un système astucieux de « double comptabilité », comme dit Tresmontant, qui consiste à réserver la raison pour appréhender le monde, et la foi pour appréhender la Révélation. Ils n’ont pas voulu considérer la Bible comme une information supplémentaire sur le monde, lorsque l’information naturelle ne suffit plus. Leur enquête sur le prophétisme hébreu s’est bornée à le considérer, avec Spinoza, comme un moyen de faire obéir la masse. Ils ont promulgué un dogme laïciste suivant lequel le contenu de la Bible est une affaire de croyance, une affaire privée, et du coup ils en ont profité pour dire qu’officiellement Dieu n’existe pas.
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Bien entendu, les frères n’ont jamais pu démontrer qu’il n’y avait pas d’être créateur. Comme dit Gilson, toujours trop courtois avec ses confrères athées : il est beaucoup plus difficile de démontrer l’inexistence de Dieu que de démontrer son existence. On peut, par des preuves cosmologiques, comme fait Saint Thomas, démontrer l’existence de Dieu – mais démontrer son inexistence, c’est une autre affaire, et c’est pourquoi les frères n’ont jamais pu qu’affirmer cette inexistence, avec style et grands éclats certes, mais affirmer n’est pas prouver. En réalité, il importe peu aux frères de prouver l’inexistence de Dieu, la vérité ne les intéresse pas – ils ont d’ailleurs déclaré out la vérité, car leur seule passion est la jouissance et haïr le monothéisme en est une de choix : suivre les traces de cette passion nous entraîne sur la piste de la jouissance fraternitaire, en tant que jouissance dérégulée, ce qui en Occident signifie que cette jouissance est volontairement désamarrée de l’univers du monothéisme.
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Le mode nietzschéen de l’imprécation libérée donne le ton de cette impitoyable exécration. Ainsi dans L’Antéchrist, contre les juifs : « Les juifs sont le peuple le plus remarquable de l’histoire universelle, car devant la question de l’être et du non-être, ils ont préféré l’être à tout prix : le prix en question, c’était la falsification radicale de toute nature, de tout naturel, de toute réalité, de tout monde intérieur aussi bien qu’extérieur ».Voici campée l’opposition fondamentale entre le monde des frères (mais sans père) et le monde des fils : ou la nature incréée des grecs ou l’univers créé du monothéisme. Et voici, un octave au-dessus, le couplet antichrétien : « J’appelle le christianisme l’unique grande malédiction, l’unique grande corruption, l’unique grand instinct de haine, pour lequel aucun moyen n’est assez vénéneux, sournois, souterrain, assez mesquin – je l’appelle l’unique immortelle souillure de l’humanité ». Le ton est donné pour les temps qui suivent. Il résume aussi celui des temps précédents. Nietzsche en effet n’innove pas, il n’est guère qu’un booster historique de cette haine.
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Avant lui, un des frères qui a le plus détesté le monothéisme, étrangement, est un juif. C’est Spinoza.
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spinoza et l’opposition au monothéisme hébreu
Pour Spinoza, il n’y a pas d’autre être que l’être du monde : Spinoza l’appelle Nature ou Dieu. Ainsi Dieu change de statut : il n’est plus Ce Qui Est mais ce qui est. Et puisqu’il est une totalité entièrement déterminée, Dieu (ou la Nature ) se donne comme un Tout intégralement intelligible. D’où il suit qu’une compréhension du Tout en tant que Tout est possible. Nul besoin que des prophètes ignorants viennent nous communiquer des information qui manqueraient à l’être, nous disposons de toutes les informations nécessaires à sa compréhension complète. À tel point que cette compréhension peut faire notre béatitude, et c’est très précisément cette béatitude qui constitue le mode métaphysique fraternitaire de la jouissance dérégulée : Spinoza la nomme « Amour intellectuel de Dieu » en tant qu’elle naît d’une connaissance intuitive, plus ou moins extasiée, de l’être. Apparaît donc une conception du monde où est déjà présent tout ce que le New-Age nous propose aujourd’hui : un Grand Tout à fonctionnement holistique dont chaque partie est appelée à jouir en en prenant conscience.
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En réduisant l’être du monde à ce qui est et en faisant de celui-ci une divinité naturelle, Spinoza rapporte notre possibilité de jouissance au seul lien que nous pouvons entretenir avec la Nature – à une manière d’identification de la pensée à la totalité de ce qui est. A l’opposé le prophétisme hébreu annonçait – et nous ne pouvions le savoir sans cette révélation – une relation amoureuse (de cœur) entre ce qui est et Ce Qui Est, et plus précisément entre qui est et Qui Est, entre la créature et son Créateur. Une relation mystique donc, c’est-à-dire dans laquelle l’initiative ne nous appartient pas (elle appartient à Qui Est).
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Voici qui nous fait saisir la différence de constitution métaphysique des deux dispositifs civilisateurs opposés : nous comprenons ici que le monde des fils n’est en rien construit sur l’être en tant que tel, mais sur l’être en tant que relation, et d’abord relation entre qui est et Qui Est – où l’on voit que la foi n’est pas une croyance comme le pensent les frères (un croire en quelque chose), mais une confiance (un croire en quelqu’un). Le monde des fils est essentiellement interpersonnel. Pour sa part, le monde des frères (mais sans père) s’en tient à l’être du monde, il s’en tient au quelque chose, à l’impersonnel, et se déploie dans un ontologisme tous azimuts – techno-expérimentation totale, utilitarisme juridique, pragmatique linguistique, sociologisme et psychologisme – et à la fin droits de l’homme pour les Etats mous et bruits de bottes pour les durs. Cette agitation, dont les réussites sont pour le moins mitigées, masque ce dont il s’agit de fait : l’apparente construction du monde des frères (mais sans père) n’est en réalité qu’une pure et simple déconstruction du monde des fils, et en particulier de ce qui fonde la structure de la relation dans ce monde, à savoir le dispositif paternel sous toutes ses formes, tant aux niveaux des premiers principes qu’à celui de ses applications dans la cité. Observons qu’il reste encore aux frères à déconstruire le dernier des dispositifs paternels resté debout : la papauté. L’affaire est en cours. Comme il s’agit de l’extrême effort pour devenir intégralement et radicalement frères, nous approchons de toute évidence du Grand Dénouement.
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Pour en revenir à Spinoza, remarquons que sa position lui a valu quelque chose qu’il a véritablement désiré, qui faisait pour lui reconnaissance : elle lui a gagné le hérém, c’est-à-dire l’excommunication majeure, fait extrêmement rare – deux excommunications majeures seulement à Amsterdam au XVIIe siècle. Le voilà donc excommunié de la synagogue à 24 ans, fier de l’être, premier grand rebelle de l’âge moderne : « Par décret des Anges, par les mots des Saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch d’Espinoza avec toutes les malédictions écrites dans la Loi. Maudit soit-il le jour, et maudit soit-il la nuit, maudit soit-il à son lever et maudit soit-il à son coucher… »
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Dans le monothéisme, hébreu comme chrétien, l’excommunication laisse toujours la porte ouverte. Elle est réversible. C’était aussi le cas pour le hérém de Spinoza. Par contre il y a de l’absolument inacceptable, d’où cette redoutable solennité : elle signifie que la modification délibérée des premiers principes est un très grand mal. On sait que la tradition a toujours considéré qu’une erreur même légère à ce niveau pouvait engendrer de très graves conséquences. Or avec Spinoza, il ne s’agit pas d’une légère erreur, mais d’un renversement pur et simple. Ce renversement est l’indice majeur de la dérégulation de la jouissance. Quoi qu’on puisse en penser, personne ne pourra nier qu’à la longue ne se manifeste dans la rue les effets des positions y adoptées. Rapidement le spinozisme a disséminé dans les différents milieux européens au rythme même du développement du monde des frères (mais sans père). L’intelligentsia allemande en particulier s’en est trouvée imprégnée. Mais pas seulement l’intelligentsia et les marxistes. Le nazisme aussi s’en est trouvé inspiré. Et d’abord Hitler lui-même.
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En effet et tout bien considéré, il se trouve que le Dieu de Hitler est le même que celui de Spinoza, c’est le Grand Tout de la Nature – à ceci près que Hitler assigne un attribut supplémentaire au deux que Spinoza lui avait déjà alloués. Outre la pensée et l’étendue donc, la Nature possède pour Hitler cet autre attribut : la pureté. C’est sous cette face qu’elle lui est entièrement intelligible – c’est pour cette raison qu’on ne peut pas dire que la pureté est une simple propria, comme par exemple l’éternité, mais bien un attribut au sens de Spinoza : la pureté est pour Hitler le réel même de la Nature.
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De façon inattendue, Mein Kampf met ainsi en lumière la logique d’exclusion à l’œuvre dans l’Éthique : à savoir que si quelqu'un ne se soumet pas à cette espèce de gros animal qu'est le monde incréé de Spinoza, Nature naturante produisant toutes ses parties et les léchant avec indifférence, c'est qu'il refuse d'être de ce monde. Autrement dit, il se met hors-jeu, devient une impureté naturelle, s’excommunie à son tour par rétro-anathème.
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Mein kampf : le juif est une impureté dans l’unite de l’être
Remarquons la sorte singulière d’exercice que constitue la lecture de Mein Kampf: sentiments de répulsion d’abord, d’écoeurement, d’accablement aussi, et ainsi de suite – mais comme disait le Maréchal Lyautey : « Tout français doit lire ce livre ». Il convient donc de franchir le mur de l’aversion, d’affronter cette effroyable passion et de la regarder sans ciller au fond des yeux et pas seulement pour un devoir de mémoire, aussi incertain qu’impuissant : il s’agit avant tout d’y reconnaître son propre potentiel de méchanceté.
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Quel est le statut de quelqu’un comme Hitler dans le monde des frères (mais sans père) ? Hitler est un Grand Frère, soit celui qui met en œuvre une transgression capitale, une dérégulation majeure de jouissance, qui prend sur soi une identification totale au Mal et la propose à travers sa personne, sa stature propre, à l’identification commune. Dans le monde des frères (mais sans père), tout frère, tout frère sans exception, est invité, au-delà de son plaisir, c’est-à-dire au-delà de son bien-être (au-delà de l’égoïsme tout-venant et de la cruauté commune), à s’identifier à l’extrême de la jouissance fraternitaire – à la jouissance intégralement dérégulée – là où se tient ce que nous appellerons avec Abraham Heschel « l’instinct mauvais ». C’est sur la dénégation d’une fomentation à la fois individuelle et massive de l’instinct mauvais, décuplée par une dérégulation ingouvernable, que les frères ont construit leur humanisme et en particulier leur notion d’antisémitisme séparable – comme si la malignité, et même l’inhumanité, étaient isolables et détachables du Tout fraternitaire qui ne cesse pourtant de les surproduire. Qu’ils n’aient pas vu naître Hitler de leur propre sein signifie simplement qu’ils nourrissent sans le savoir le Grand Frère qui vient. Et qui est déjà là.
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Ne confondons pas chez Hitler racisme et antisémitisme. Même si le tronc est commun, les racines sont différentes. L’antisémitisme d’Hitler n’a rien d’un antisémitisme séparable au sens des frères : il s’inscrit avant tout dans la tradition allemande de détestation du monothéisme hébreu. La thèse du mensonge juif, du mensonge à propos d’une quelconque réalité religieuse du judaïsme – voilà sous quelle forme existe cette détestation dans Mein Kampf. Tout le drame du judaïsme, son déchirement poignant, de toujours, entre l’universalisme prophétique et la volonté nationaliste, est rabattu sur ce « mensonge » supposé. L’inspiration est ici celle de l’Aufklärung et de ses successeurs de tous bords. A la faveur de la récusation du prophétisme systématisée par Spinoza et particulièrement développée dans la pensée allemande, s’est mise en place une série de qualifications de plus en plus hostile au monothéisme hébreu : illusion, fantasmagorie, fausseté, opium du peuple, et ainsi de suite. Le Traité théologico-politique a commencé à parler d’une imagination proposée à des gens frustes – et à la fin c’est devenu un mensonge. Dans Mein Kampf, Hitler revendique cette ligne de pensée, s’appuie sur l’autorité de Schopenhauer qu’il cite par deux fois, Schopenhauer suivant lequel « le Juif est le grand maître en fait de mensonge ». Un « mensonge » donc qui consiste à prétendre que les juifs sont une confession et non pas un peuple : « La vie (des juifs) au sein d'autres peuples, écrit Hitler, ne peut durer que lorsqu'il parvient à faire croire qu'il ne doit pas être considéré comme un peuple, mais comme une communauté religieuse. Cela est leur premier grand mensonge ». Ainsi, dans l’esprit même de la tradition allemande la plus réputée, Hitler nie qu’il puisse exister une « religion juive », il nie toute dimension transcendante au monothéisme hébreu.
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Il a une autre approche pour exprimer cela, une approche qu’on peut dire philosophique, il dit : « Par nature, le juif ne peut posséder une organisation religieuse, puisqu’il ne connaît aucune forme d’idéalisme et que, par suite, la foi en l’au-delà lui est complètement étrangère ». L'« idéalisme » au sens de Hitler, est la pointe de son spinozisme – de ce spinozisme décompensé qui va se déchaîner contre sa propre origine. Il le définit comme la capacité que possède l'individu de se sacrifier pour la communauté en tant qu'elle s'inscrit dans l'ordre de la Nature. « En dernière analyse, précise-t-il, l'idéalisme répond aux fins voulues par la Nature ». C’est au nom de cet « idéalisme », inconnu du judaïsme et pour cause, que Hitler rejette celui-ci. C’est là qu’il trouve son illumination, « l’ultime science, à savoir la connaissance des causes profondes et naturelles », autrement dit son gnosticisme – ou encore son amor intellectu Dei. Et ainsi, définition de l’intuition intellectuelle selon Hitler : « l'idéalisme le plus pur coïncide sans en avoir conscience avec la connaissance intégrale ».
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mein kampf : le juif contamine la jouissance de l’un
La troisième approche de l'antisémitisme enfin est celle qui permettra de faire le joint avec le thème raciste, le thème de la pureté de la race. Elle consiste à dire : le Juif est un corps étranger dans l'unité de l'être. C'est finalement la thèse centrale de l'antisémitisme moderne, dont on connaît la version populaire : le Juif ne peut être de chez nous, c’est un parasite et un squatter. Thèse qui touche un point tout à fait décisif puisque ce qu'annonce le monothéisme hébreu, c'est justement que l'être n'est pas un, mais deux et même à vrai dire et par structure trois : il y a un : ce qui est, deux : Ce Qui Est et trois : la relation qui les lie. Le drame du monothéisme hébreu mais aussi chrétien, c'est de vivre dans un monde qui ne veut pas savoir ce trois de l'être et qui s'obstine, fraternitairement, à fermer le couvercle de la marmite du ce qui est visible et donc à vouloir construire l'être du monde comme un – d’où la tentation permanente du panthéisme et de l’identification de Dieu avec cet un de la nature. En ce sens, vis-à-vis de cet un, le monothéisme est bien un intrus radical.
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Le racisme est différent de l’antisémitisme en ce qu’il ne concerne pas la structure de l’être, mais la jouissance de l’être. Notons comment Hitler parle en termes véritablement religieux de sa « conversion » à la haine raciste, alors qu'il ne connaissait ces sentiments, comme il le souligne, ni par culture ni par éducation. C'est en quelque sorte son moment de réforme de l'entendement, datant de ses jeunes années passées à Vienne en 1910-1911. A partir de cette « conversion » peuvent se déployer, pour s'articuler à sa philosophie de la nature, les thèses à proprement parler racistes et leur logique de purification ethnique. A partir de là également tout ce qui s'oppose à la « pureté de la Nature » devient pour lui « doctrine juive » – par exemple le marxisme « qui rejette le principe aristocratique observé par la Nature , et met à la place du privilège éternel de la force et de l'énergie, la prédominance du nombre et son poids mort ». C’est le marxisme qui incarne pour Hitler le « mensonge juif » à ce moment historique où se rencontrent ces deux pures expressions de l’instinct mauvais, entr’échangeant leur malignité, haine de classe contre haine de race, le nazisme naissant dans son chef et le jeune marxisme allemand, à peine plus âgé. Pour Hitler, « le Juif » souille – « infeste » dit-il, ou encore « infecte », son lexique est véritablement révulsé – la Nature , c'est-à-dire Dieu lui-même. De là il tire sa certitude : « la Nature éternelle se venge impitoyablement lorsqu'on transgresse ses commandements » ; et son devoir : il faut « rendre au créateur tout puissant des êtres tels que lui-même les a créés ». Et renvoyer les autres au néant eugénique. Le Dieu de Hitler, la Nature – qu’il nomme à l’occasion fort rhétoriquement « Seigneur », « Tout Puissant », ou même parfois « Créateur » – ce Dieu ne crée pas, il produit. Tantôt mâle quand on évoque sa puissance, mais à tout prendre plutôt femelle, éternelle parturiente.
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Le dégoût ici est l’affect central : il indique la naissance d’une face de putréfaction dans la jouissance espérée, soit l’effet retour d’une réalité refusée. Avec le monothéisme, l’être du monde se révèle mortel : telle est la réalité dans le monde des fils, provisoire et déchéante. La Loi mosaïque était justement donnée pour ne pas trop se perdre dans ses voies de mort. Pratiquement construite autour du dispositif paternel, elle séparait principe de plaisir et principe de réalité : le projet fraternitaire, relativement récent dans sa phase explosive, de dérégulation de la jouissance, a consisté à faire sauter cette barrière de la Loi et à livrer la réalité au principe de plaisir. Mais alors s’est levé massivement à l’horizon de ce mode inédit de jouissance ce qui était à prévoir : l’inhumain. Quelque chose comme un réel de charogne qui s’est levé au-delà du lien fraternel.
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L’inhumain, c’est la voie dans laquelle s’engage Hitler quand en 1910 il s’abandonne (se convertit) à la pente du dégoût, pente d’une déjouissance liée au rejet de la Loi , portée au point excédent, visionnaire, où l’on peut distinguer le grouillement néantisant de la mort contaminer toute jouissance – soit la ruine de tout être. C'est ce mode halluciné de dégoût qui donne sa coloration particulière à l'antisémitisme nazi – mais aussi, et nous entrevoyons ici la structure du tabou fraternitaire, à tous les grands rejets surmoralisés du monde des frères (mais sans père) qui visent à protéger la dérégulation de sa jouissance.
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L’esprit du grand frere
Le hérém de la synagogue d’Amsterdam se terminait ainsi : « Nous formulons l'excommunication, l'expulsion, l'anathème, et la malédiction contre Baruch d'Espinoza... que Dieu ne lui pardonne jamais ! » On se dit alors : et si tout le spinozisme, depuis le hérém prononcé contre son malheureux fondateur jusqu'au spinozisme furieux de Hitler, n'était vis-à-vis du monothéisme hébreu que l'expression, toujours reprise, quoique toujours défaite, d'une contre-excommunication ? Il est curieux de constater que l’un des plus spinoziens des philosophes allemands, Fichte, accusé d'athéisme, ait eu à revivre d'une certaine façon cette expérience du hérém et ne s'en soit d'ailleurs jamais tout à fait remis. Avec lui, le rejet du monothéisme en tant que métaphysique de la création est véritablement théorisé en Allemagne. Tout se passe comme si le hérém prononcé contre Spinoza restait vivant à travers les générations pour se renverser dans celles-ci en contre-hérém, comme si, de pinacle en pinacle, l'exécration contre le monothéisme hébreu, contre le prophétisme hébreu, prenait une sorte d'ampleur vocale, méchamment chorale, depuis le silence de Lessing, la réserve prudente de Goethe, l’idéalisme gaffeur de Fichte, l'âpre malveillance de Schopenhauer, l’ennuyeuse déconstruction de Feuerbach, les malédictions de Nietzsche, le contre-anathème internationalisé de Marx et Engels – et tout à coup l'explosion de haine pure, les vociférations hitlériennes, toujours soutenues, soulignons-le, par quelques sourdines universitaires discrètes, dont Martin Heidegger, qui a pu tout de même en son temps qualifier Hitler de « génie de la race ». Où l’on voit métaphysique et histoire en venir à former un nœud fraternitairement embarrassant, nœud repéré par Léo Strauss comme constituant le problème du nihilisme. Mais où l’on voit surtout une certaine pensée de l’être, de l’être pensé comme tout, pensé comme un, ne rien peser devant la mise en œuvre d’un terrifiant surrégime de la jouissance dudit un.
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Tout ceci ne signifie pas bien sûr que le monde des frères (mais sans père) est un monde nazi, mais que le nazisme fait partie d’une de ses faces nécessaires, celle où se pose la question de la liquidation du monothéisme, de sa persécution ou de son assimilation – mais comment assimiler celui qui dit : l’être du monde ne se suffit pas à lui-même ?
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À la fin cette histoire ressemble furieusement à une vengeance – la vengeance qui est la pente naturelle de l'utilitarisme médiatique des frères, et qui d'ailleurs figure en bonne place du programme républicain d'un brillant représentant du spinozisme français, Sade : supprimons la peine de mort, disait le terrible marquis, ce qui lui a valu une amusante réputation de démocrate, amusante lorsqu’on sait qu’il ajoutait : et accordons-nous à la place le droit à la vengeance. La vengeance privée bien sûr. Ce qui est un appel à régresser à un niveau d’archaïsme bien antérieur au un pour un du Talion. Sade, qui cherche à maximiser ici non pas directement la jouissance fraternitaire, mais sa dérégulation, Sade demande la dérégulation de la justice elle-même : la vengeance privée, cela veut dire la surenchère du multiple, la loi du mille contre un, simplement parce que la place du garant ultime de la justice est dérégulée – de sorte que quiconque peut dire désormais en lieu et place de la Tora :
« A moi la vengeance et la rétribution, pour le temps où leur pied trébuchera. Car il est proche le jour de leur ruine ; leur destin se précipite !»
Les frères ont renversé l'anathème divin du Deutéronome, ils en ont fait leur propre accusation, l'ont projetée sur le peuple élu – le passage à l'acte, le moment hitlérien, qu'ils rejettent loin d'eux avec horreur, bien qu'ils l'aient préparé, et le préparent encore, sans trop bien savoir ce qu'ils font – moment d'anti-jouissance, comme on dit antimatière – ce passage à l'acte nous a révélé que les frères savent leur promesse de jouissance fraternitaire ruinée par le monothéisme : aucune illumination sur la totalité de l'être du monde n'est venue ni ne vient éclairer leur recherche, aucune connaissance du troisième genre ou pour employer les termes de Hitler, aucun idéalisme.
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A la place du garant ultime du juste est donc apparu un grand trou, porte ouverte à une inhumanité horrifiante et illimitée – c’est par là qu’a surgi l’instinct mauvais émancipé, soit l’esprit de vengeance, ou encore l’esprit du Grand Frère. « L'effort pour rendre le mal qui nous a été fait s'appelle Vengeance », dit Spinoza. Très bien. Quel mal le monothéisme fait-il à la position panthéiste ? Il lui barre l'accès à un certain niveau de l'être : tu ne peux, lui dit-il, prétendre posséder le Tout de l'être – une part de l'être est réservée. Pour toi l'être est un pas-tout, un non-un. Cette impossibilité signifiée par le monothéisme, nous pouvons la désigner comme l’énoncé métaphysique du dispositif paternel – soit une des formes de l’énoncé du premier principe.
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Les frères, de leur côté, se retrouvent avec l'instinct mauvais dérégulé sur les bras, étudiant en vain un tas de solutions techniques – psychologiques ou chimiques, juridiques ou policières, au bout du compte militaires. Mais comment pourrait-il y avoir une solution technique à l'esprit du Grand Frère puisqu’il n'y a même plus de solution morale – le bien lui-même n'est plus une solution. Le monothéisme le savait depuis le début : « La réponse biblique au mal n'est pas le bien, mais le saint » dit Abraham Heschel. Et là le monothéisme se sépare de la solution de Léo Strauss (le retour à la vertu), à sa solution pour parer au nihilisme, car la vertu est inconsistante sans un noyau de sainteté sur lequel se fonder.
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La sainteté ? pourtant dans un monde presque intégralement fraternisé, la sainteté peine à se déployer. La réponse du monothéisme se déplace alors sur le terrain abhorré de tous les spinozismes, le terrain du prophétisme. Abraham Heschel : « Au problème du péché (des transgressions de la loi) correspondent les lois : l'obéissance à la loi empêche les mauvaises actions. Le problème du mauvais instinct lui, n'est pas résolu par l'observance. La réponse prophétique est eschatologique. »
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Eschatologique au sens où Qui Est, béni soit-il, a déclaré par la bouche d’Ezéchiel :
« Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. »
Ce qui veut dire que lorsque domine l'esprit du Grand Frère, et contre toute attente, l’initiative appartient à Qui Est en qui se tient le noyau indémontrable de toute sainteté.
Jean-Louis Bolte,
novembre 2002
(Une première version de ce texte est parue dans la revue Contrelittéttérature, n° 11, hiver 2003)
09:56 Publié dans le blog de Jonas Jorda, mystique et politique, politique, psychanalyse, sept vifs contournements des remparts de Jéricho, vrai livre, interdit de spectacle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, christianisme, littérature, contrelittérature, judaïsme, mystique, philosophie
13.04.2008
JNSR
Quand a-t-on pu commencer à lire des textes prophétiques contemporains ? Dans les années 80 c'était encore sous le boisseau.
Personnellement, j'ai appris l'existence de ces textes à la fin des années 90. Il m'est tombé dans les mains un livre sur Medjugorje. Un des premiers qu'ait écrit l'abbé Laurentin. J'ai été immédiatement scotché et j'ai su dès cet instant que les apparitions contemporaines de la Vierge Marie étaient séreuses et décisives.
Puis très rapidement j'ai eu en main des textes prophétiques de Vassula Ryden, dans lesquels elle relate ses dialogues avec Jésus. Et depuis cette époque je me suis tenu soigneusement au courant, dévorant tout ce qu'on pouvait trouver sur San Damiano, l'Escorial, Kérizinen, Dozulé et autres Garabandal. Je ne parle même pas de Lourdes ou de Fatima qui vont de soi.
J'étais stupéfait de vivre au XXe siècle, puis au XXIe siècle, un renouveau prophétique.
Dès cet instant je me suis demandé comment penser cela avec notre esprit moderne, rationaliste et pragmatique (au sens de La pragmatique). Comment inscrire ce prophétisme dans notre époque, je veux dire dans notre philosophie, en particulier notre philosophie de l'histoire et aussi dans notre théologie. Comment repenser la politique à partir de là, etc....
§§§
Puis j'ai eu en main des textes de JNSR qui avaient commencé à paraître en 1990 je crois, et qui étaient un commentaire prophétique de l'apparition de Dozulé. C'était des textes confus, bourrés de fautes de français, lestés de lourdeurs extraordinaires, voire de fautes d'orthographe. J'étais consterné. Pour quelqu'un comme moi, qui prétend tout de même à un certain niveau littéraire, qui aime que la langue soit élégante et précise, j'étais servi ! J'en avais positivement les poils tout hérissés...
Pas possible que Jésus s'exprime de façon aussi lamentable ! Au début, JNSR, personne d'origine modeste, s'exprimait comme elle pouvait, et le prêtre qui s'occupait du discernement de ses messages avait pris le parti, à mon avis d'aujourd'hui parti génial, de garder les textes tels quels, c'est-à-dire dans leur état de pauvreté originelle.
Et sa décision a écarté d'un seul revers de main une foule de faux lecteurs et de pinailleurs, et provoqué un remarquable désert parmi ceux qui auraient pu la suivre.
Comme j'ai dit, j'avais beaucoup de mal à avaler quelque chose d'aussi mal écrit, mais maintenant je remercie ce bon prêtre d’avoir fait ce choix de la pauvreté. Pour qui s'intéresse au prophétisme, la médiocrité du texte n'est pas un gros problème.
En effet, la forme du message dépend toujours des qualités personnelles du récepteur.
En philosophie scolastique, il existe un axiome qui dit : « tout ce qui est reçu, est reçu selon le mode du sujet-récepteur ». C'est un axiome dit « de la réflexion », qui signifie que « le contenu intelligible de l'objet connu contracte le conditionnements existentiels du sujet connaissant » comme s'exprime Jean-Pierre Torrell, commentant ici le texte de Saint Thomas de la XIIè Question Disputée de la Vérité , qui concerne précisément la prophétie.
Ce qui veut dire que lorsque Dieu choisit un prophète, c'est rarement pour ses qualités d'écrivain. Il prend ce qui lui tombe sous la main, fût-ce la plus lamentable des « tâches » – comme disent les lycéens. Je suis sûr que JNSR ne m'en voudra pas d'employer ce qualificatif, et même m'approuvera.
Le point essentiel là-dedans, est résumé dans le fameux texte de Saint Paul en1 Corinthiens1:27-29 : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages: Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu ».
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Quand je suis revenu dans l'Eglise, après quelques années agitées de fils de 68, de maoïsme et tutti quanti, j'ai été très surpris de voir ce qu'était devenue la messe. J'avais abandonné au début des années 60 une Église célèbrant la messe avec l'ancienne liturgie en latin, et j'arrivais dans des cérémonies aux accents modernistes, dans lesquelles le mystère avait reculé parce qu'on faisait grand cas de la participation de l'Assemblée (A majuscule), dans laquelle on entonnait des chants indigents, parfois ridicules, inexplicablement accompagnés à la guitare. Messes dirigées par des curés qui ressemblaient parfois (pas toujours Dieu merci) à des animateurs de télévision.
J'ai dit parfois.
Des curés !!
Alteri Christi !!!
Après cela, le Journal d'un Curé de Campagne est devenu inintelligible aux nouvelles générations ! Sans parler de L'annonce faite à Marie ! A part Camille Claudel, qui était semble-t-il fille unique, on ne connaissait aucun autre artiste de ce nom.
Bien entendu, j'exagère : la nouvelle liturgie a ses beautés propres. Mais, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, il y a des curés qui, si je puis m’exprimer ainsi, ont foiré leur affaire. Et d'ailleurs voyez ce que m'écrit ma dictée vocale, qui pourtant n'est pas spécialement catholique, puisqu'elle s'appelle « Dragon Naturally Speaking », et qu'elle est d'habitude assez précise : « (ils) on frôlé leur enfer » !!
Hélas ! Je demande pardon à tous les prêtres, à tous, quels qu'ils soient, même à ceux dont je parle, de dire cela à une époque où il est devenu si facile de taper sur les prêtres, en particulier catholiques, et sur l'Eglise, surtout la catholique. On sait ce que disait saint François, que je cite de mémoire : « Devant un prêtre, je m'agenouillerai toujours, et je me prosternerai, parce que, même si c'est un bandit, c'est avant tout un autre Christ ».
D'autant que j'ai honte d’avoir à le dire, moi, moi par qui le scandale est si souvent arrivé !
Mais je me dois à la vérité avant tout parce qu'elle est la substance même du Christ et donc la substance même du prêtre.
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Moi qui revenait dans l'Eglise donc parce que j'avais eu une indigestion de « pensée moderne », voilà que je retrouvais ce qui semblait être une caricature, tant c'était lamentable. Tout un tas de prélats qui avait sucé le lait de Heidegger, de Sartre, de Marx. C'était étrange.
J'étais revenu dans l'Eglise pour retrouver mon cœur d'enfant et on me servait du marxisme – ou alors on confondait psychanalyse et confession. Tout juste si on ne citait pas en chaire Mao-Tsé-Toung ou le Marquis de Sade.
Et pourtant, même dans cette atmosphère trouble, dans cette terrible et accablante médiocrité, la première impression que j'ai eue est celle de la pauvreté. Je veux dire que cette indigence, à tout prendre, à la longue, m'a semblé être un bon signe.
L'Église était là, lamentable et méprisable, c'est-à-dire toujours offerte au mépris du monde. Et du coup, je me suis senti mieux. Ouf, merci Seigneur !
Ce que je veux dire avec toute cette histoire, c'est que c'est la même chose pour JNSR.
JNSR est pauvre. Moins pauvre certes que l'Eglise, puisque l'Eglise est Jésus-Christ en personne.
Mais je refuse de rentrer dans des distinctions oiseuses et spécieuses entre misère et pauvreté.
JNSR est pauvre à l'image de son Bien-Aimé. Ce qui nous sauve de l'enfer, c'est seulement d'aimer Sa pauvreté.
Nous savons tous qu'il y a des pauvres et même des misérables qui seront en enfer : la preuve, il y a des curés. Quand aux jacobins et à leurs descendants de gauche (ou de droite), ils se définissaient tous comme des amis de la misère. Où croyez-vous qu'ils sont à l'heure présente ?
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Pour terminer cette présentation de ma prochaine (JNSR), je vous soumets une de ses méditations théologiques.
Non pas un message de Jésus à JNSR, mais une méditation de JNSR dans son dernier ouvrage paru aux éditions resiac : « Témoignage de Dieu à ses petites Âmes » (décembre 2007).
On reconnaîtra dans ce passage ce que mon ami Alain Santacreu appelle de la Contrelittérature. En même temps, on y retrouvera le thème qu'on essaie de développer dans la revue précitée ainsi que dans le présent blog :
vient un temps où la grâce deviendra nature …
JNSR parle donc dans ce qui suit à « tous les malades », c'est-à-dire à nous tous.
On trouvera cela à la page 81 de son livre – les lecteurs pourront constater qu'elle a fait des progrès en français.
A propos, que signifie le sigle JNSR ? C'est le diminutif pour Je Ne Suis Rien.
+ + +
« N'ayez pas peur, écrit JNSR. Toute souffrance, pour celui qui la vit dans le Christ, est une expérience mystique. C'est cette souffrance qui nous rapproche le plus de l'agonie de Jésus. C'est elle qui est toute proche de Sa Sainte Mort. C'est elle qui nous conduit à Sa Sainte Résurrection.
« L'homme, qui adore son Rédempteur, veut vivre le plus près de Lui, L'appelle, Le désire. La mort ne viendra que lorsque ce sera son Heure, mais qu'importe cette heure pour vivre la Résurrection.
« Si l'on peut vivre ici, déjà sur cette Terre et bien vivant, la douleur de l'attente, plus forte que la souffrance de la maladie, veut briser ce temps …
– « Satan », m'écrit la dictée vocale –
… qui nous sépare de Celui qui Est la Vraie Vie. Comme si notre volonté devenait un marteau-piqueur, elle se met à casser ce mur de désunion. Et déjà s'effritent le temps et l'espace pour laisser voir l'être Suprême.
« Dieu consent que nous anticipions cette Résurrection dès ici-bas, dans ce corps de chair qui va devenir petit à petit plus esprit que chair.
« Si la Résurrection précède la mort corporelle, cette Résurrection désirée et très immédiate arrive lorsque « le vieil homme », qui est en nous, se renouvelle.
« C'est pourquoi nous ne subissons pas …
– la dictée vocale a écrit : « subissons » et elle ne veut pas corriger. Le texte de JNSR dit : « faiblissons » –
…au contraire, même si notre homme extérieur s'en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (Saint Paul, 2 Co 4,16).
« C'est la Résurrection pérenne, elle ne suit pas le trépas.
« Le corps spirituel obéit déjà à l'Esprit Divin qui nous entraîne dans ce futur tant espéré : Vivre déjà de Dieu dans cette Résurrection pérenne. Doucement, nous voyons ce que Dieu nous promet : la Gloire de Dieu…
– la dictée vocale écrit : « l'Heure de Dieu » –
…dans la joie de cet Évangile Nouveau qui s'ouvrira pour tous ceux qui l'espèrent, le désirent et l'attendent dans l'Amour et la Foi en Dieu.
« C'est l'Évangile du Retour en Gloire de Jésus…
– je jure sur l'Évangile que la dictée vocale a écrit : « du Retour en Heure » –
…C'est l'Évangile du Huitième Jour
qui annonce le face à Face avec JESUS Christ, Notre Bien-Aimé.
JESUS Christ…
– « crie », dit la dictée –
Amen »
JNSR
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Voilà qui décoiffe pas mal, non ? « Découvre », corrige la dictée, toujours attentive et bienvenue
Jonas Jorda
(avec l’aide bienveillante et scrupuleuse de Dragon Naturally Speaking)
18:38 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, l'ouverture du sixième sceau, mystique et politique, prière et politique, l'appel, prophétisme et prophéties, psychanalyse, vrai livre, interdit de spectacle | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, politique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, évolutionnisme








