23.08.2008
écologie de la nature blessée

« Écologie de la nature blessée » est un texte que j’ai donné à Alain Santacreu pour le dernier numéro de Contrelittérature. Il a jugé bon le publier sur son blog. Je pense comme lui que c’est un texte suffisamment important pour que cela vaille la peine de vous y renvoyer.
JLB
Mais d’abord voici le début de la présentation qu'en fait Matthieu Baumier :
" Il m’apparaît clairement aujourd’hui qu’il convient de se méfier du bavardage continuel dans lequel l’offensive contre notre intériorité nous plonge, offensive dont les armes sont ce tourbillon et cette agitation qui balaient la poussière de notre champ de bataille. Pourquoi, alors, introduire ce texte de Jean-Louis Bolte ? Parce que, justement, cette nature blessée, en elle et en nous, dont parle Bolte, relisant Duns Scot avec intelligence et cœur, est cela même : la continuité de la Chute. Du coup, il convient d’écrire ces quelques mots au sujet de ce texte : ici, la question de ce qu’il est convenu de nommer la « crise écologique » apparaît dans toute sa réalité, dans tout son au-delà, celui d’un moment de la Chute, de notre Chute, en l’Etre, en nous en l’Etre et en l’Etre en nous. Et cette réalité de la « crise écologique », sous le trait de Bolte éclairant Duns Scot, porte en elle-même sa réalité profonde, celle de la guérison de la blessure, de la guérison à venir du Christ par le réel même du Christ."
Pour lire la suite : écologie de la nature blessée
15:47 Publié dans catholicisme, contrelittérature, mystique et politique, petite métaphysique aérée et fleurie, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, scolastique, duns scot, philosophie, mystique, écologie, saint thomas
07.07.2008
structures de la jouissance en mode dérégulé
J'appelle jouissance le péché en tant qu'il est dérégulé. La jouissance est la face philosophique de ce qu’exprime théologiquement la notion de péché. La question est de savoir comment se présentent dans notre univers postmoderne ce que Jean-Paul II appelle les « structures modernes du péché ». Le titre qui parle des « structures de la jouissance » est là pour nous rappeler que toutes les formes de péché sont jouissances et réciproquement que la jouissance est capable d'invention, c’est-à-dire capable d'inventer de nouveaux péchés – en particulier avec l’aide de la technoscience.
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Une rapide description de ces structures montre d’abord qu'elles s'étagent sur deux ou trois niveaux :
· la jouissance a d'abord une réalité transcendantale, ce qui veut dire qu’elle est inscrite comme faute a priori au lieu de l'Autre ;
· deuxièmement, la structure historique de l'interdit fondée sur la loi mosaïque et la figure du Père, cette structure est aujourd’hui déconstruite et le principe de dérégulation de la jouissance est adopté sans retour par les frères ;· troisièmement, la structure religieuse de l'Église est elle-même en voie de déconstruction (point à préciser) et donc le principe de la loi d’amour, de primauté de la charité, est étouffé sous celui de la solidarité fraternitaire.
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ETAT DU LIEU DE L’AUTRE
Tout se passe a priori au lieu de l'Autre. Je veux dire que si nous péchons c'est toujours au lieu de l'Autre, que cet autre soit Dieu ou qu'il soit mon prochain. C'est d'ailleurs au regard de l'Autre, soit Dieu, soit le prochain, qu'étaient déjà énoncés les commandements de la loi mosaïque – comme d'ailleurs les commandements de l'amour. Tout se passe donc au lieu de l'Autre – et plus exactement comme si, en ce lieu, se trouvaient deux chaises : la chaise de la jouissance et la chaise de l'amour.
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Le problème que nous rencontrons depuis toujours en ce lieu – « depuis toujours » signifiant théologiquement : depuis Adam et Eve – problème qui constitue en quelque sorte notre état de nature, mais état de nature que nous avons historiquement aggravé –, c'est qu'il nous est très difficile de faire asseoir quelqu'un sur la chaise de l'amour. Je veux dire que nous n'en avons pas naturellement une volonté profonde et que de toute façon, même si je veux aimer mon prochain, j'ai beaucoup de mal à le garder assis sur la chaise de l'amour, parce que cette chaise est bizarrement bancale et inconfortable. Bref, cette chaise est mal fichue depuis le début... Avant même que je sois, elle était mal fichue...
Que dit saint Paul ? « Nous savons que la Loi est spirituelle ; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché. Vraiment ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. Or si je fais ce que je ne veux pas, je reconnais tout de même l'ordre de la Loi ; en réalité, ce n'est plus moi qui accomplis l'action, mais le péché qui habite en moi. Car je sais que nul bien n'habite en moi, je veux dire dans ma chair ... » (Rm, 7 14-18).
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Ou encore : « Je trouve donc une loi s'imposant en moi, quand je veux faire le bien : le mal seul se présente à moi. Car je me complais dans la loi de Dieu du point de vue de l'homme intérieur ; mais j'aperçois une autre loi dans mes membres qui lutte contre la loi de ma raison et n'enchaîne à la loi du péché... » (Rm, 7 21-23).
Observons que ce que dit saint Paul doit être replacé dans le cadre de la loi mosaïque. Or, aujourd'hui, le cadre de la « loi » est celui de sa dérégulation. Autrement dit : nous ne reconnaissons plus l’ordre de la Loi morale. Sa remarque sur l'action du péché en nous prend un relief nouveau dans ce contexte. La vérité est que, avant même la dérégulation, nous avions déjà du mal à suivre les préceptes de la Loi et à ne pas tomber sous la coupe de la jouissance – alors évidemment, une fois prise la décision de dérégulation, nous nous laissons mener purement et simplement par la logique de la jouissance.
Dès lors, au lieu de l’Autre, la chaise de l’amour reste (presque) toujours vide. Vide du fait de notre propre initiative. Il reste toujours possible évidemment qu’elle soit occupée du fait de l’initiative de l’Autre lui-même.
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Et donc, nous comprenons qu'au lieu de l'Autre se tient une autre chaise, tout à fait confortable celle-ci, où viennent s'asseoir tous ceux que je veux bien y convoquer après les y avoir conviés : et c'est la chaise de la jouissance. C'est là où le plus souvent autrui, mon autrui – mon semblable, mon frère, mon prochain à l'occasion – vient s'asseoir à mon intention. Mais comme en ce lieu mon intention précisément tourne mal, mon autrui s'y réduit pour moi à la fin à ce qu'il faut bien appeler un objet. L'objet de ma pulsion. Comme de plus je n'y vois que du feu, je vais nommer fort abusivement cette pulsion amour et me voici désormais en position de frère dans le monde des frères (mais sans père).
LE MONDE DES FRERES (MAIS SANS PERE)
Il est en effet nécessaire d'introduire une distinction entre un monde fondé sur la régulation mosaïque du péché – appelons-le le monde des fils – et l'univers postmoderne fondé sur la dérégulation de la jouissance et son corollaire, la déconstruction du Père, que nous appellerons le monde des frères (mais sans père). Cette distinction permet précisément de comprendre quelque chose qui crée la confusion dans notre esprit en ce qui concerne un juste emploi des modes d'énonciation qui s'affrontent au lieu de l'Autre dans la lutte qui se joue entre l'Autre de l'amour et l'Autre de la jouissance.
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Bien entendu, à vue de nez, l'Autre de la jouissance à l'air d'avoir remporté le morceau, et on peut penser que le monde des frères (mais sans père) va imposer sa nouvelle civilisation (à moins que celle-ci ne disparaisse dans l'œuf avec ce qui reste de la planète).
Mais regardons les choses de plus près : nous constatons que si l'Autre de la jouissance peut s'épanouir, c'est bien dans un univers du Moi – ou monde du Moi, autre nom du monde des frères bien entendu – par la grâce duquel nous barbotons dans un individualisme mortel, c'est-à-dire dans un style de communication qui nous fait tous mourir à petit feu par suffocation solipsiste.
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Seulement il ne suffit pas de suffoquer pour rejeter purement et simplement l'univers du Moi. Il faut en effet pouvoir se donner une alternative viable à ce rejet – alternative dont on peut supposer qu'elle ne peut être que celle d'un univers du Nous. Mais évidemment, c'est là que se cache le piège de la communauté moderne : c'est que le monde des frères (mais sans père) est aussi bien un monde du Moi qu'un monde du Nous. Un Nous qui vaut un Moi.
Ce Nous-là c'est celui qui désigne tous ceux, tous mes petits autres, moi y compris, qui sommes assis sur la chaise de la jouissance. C'est le Nous gangrené qui, depuis Woodstock, cultive nos solitudes et les rassemble volontiers dans la musique (dans le spectacle), pour les célébrer avec ferveur en faisant brûler la flamme de nos briquets. Ce Nous-là a (mal) évolué et c'est désormais celui que l'on voit couler dans les larmes répandues dans les émissions de nos télévisions. Un Nous dégoûtant donc qui, depuis les années 60, s'est enrichi d'une profonde bêtise, et par conséquent d'une toujours plus profonde méchanceté, et qui, parce qu'il est fils de la Mère de la jouissance, fait appel volontiers à Maman et cultive l'émotion comme s'il s'agissait de la béatitude céleste.
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C'est ici que nous comprenons pourquoi il faut distinguer absolument le monde des frères (mais sans père) du monde des fils. Dans le monde des frères, les frères ont tué le père et donc leur Nous est tressé sur des liens à la fois horizontaux et tâchés de sang. Le déni de la culpabilité revient ici en négation de la loi naturelle – il n'existe donc plus que la loi positive et du prohibé : l'interdit proprement dit, qui exprime la loi naturelle, par exemple l'interdit de tuer, n'existe plus. Dans un tel monde, les femmes ont le pouvoir et la loi est celle du désir de la mère, lequel désir est structurellement (en l'absence de parole du père) sans loi, ce qui explique le déploiement ininterrompu de jouissance, en particulier d'agressivité, qui envahit nos vies.
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Dans le monde des fils (fils de l'un et l'autre sexe), le Nous est différent, c'est celui du lien père-fils (père-fille). Ce lien, en rompant la route de la jouissance établit la puissance de l'interdit. C'est un lien vertical, décrit en Saint Jean – « le Père et Moi sommes un », dit Jésus –, un lien si puissant qu'on le retrouve chez le prêtre, le prophète et le Roi.
Ce lien est tel qu'il permet immédiatement, par la prière, qu'au lieu de l'Autre s'assoit l'Autre de l'amour sur la chaise de l'amour. Notre initiative, la prière, aussi pauvre et aveugle soit-elle, déclenche aussitôt l'initiative de l'Autre de l'amour. Question de confiance ou de foi, appelez cela comment vous voulez. Il suffit d'essayer pour en obtenir aussitôt des résultats.
JJ
Pour enrichir la notion de jouissance abordée ici un peu abruptement, voir ce que j'avais déjà écrit sur la jouissance de premier sens.
18:31 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, petite métaphysique aérée et fleurie, politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : litterature, politique, société, religion, christianisme, catholicisme, philosophie
23.05.2008
l'être qui vient et le prophétisme
Comment parler de l'être qui vient ? Comment parler de ce qui vient en trouvant le ton juste ?
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Il y a ce qui vient, l'être qui est sur le mode de ce qui vient.
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Il y a le phénomène prophétique.
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Le problème est littéralement de placer sa voix dans la cacophonie générale. Rester rationnel, garder son bon sens, parler clairement.
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Duns Scot peut nous aider dans cette passe.
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La vérité à énoncer est celle-ci : il y a une nature qui vient.
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Que veut dire « il y a une nature qui vient » ? Cela veut dire : un renouvellement naturel va avoir lieu, une nouvelle nature, de nouvelles conditions naturelles.
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Que dit Duns Scot à propos de notre intellect ? Il dit que par une mystérieuse insurrection de notre sensibilité contre notre intelligence, nous sommes réduits à connaître les choses par voie abstractive. Autrement dit, quelque chose nous est interdit dans les faits : la connaissance des intelligibles.
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Toutefois, si cela nous est interdit dans les faits, cela ne nous est pas interdit en droit. En droit, notre intellect est parfaitement capable de connaître les intelligibles. Comment le savon-nous ? Nous le savons par la foi guidée par la théologie, c'est-à-dire nous le savons par la voie de la Révélation – nous le savons par la voie prophétique.
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Le prophétisme hébreu nous a révélé qu'il y eut un temps, non pas un temps mythique ni un temps logique, mais un temps réel, mystérieusement réel, où la nature s'insurgea contre notre esprit.
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Autrement dit, le prophétisme hébreu nous révèle qu'il y eut un temps où notre intellect perdit le droit de connaître les intelligibles. Et qu'à la suite de cela, notre intellect ne put connaître que les réalités sensibles.
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Le prophétisme est ce phénomène étrange au cours duquel notre intellect semble retrouver ses droits, ou plus exactement, une partie de ses droits. Ou plus exactement encore qui annonce que l'être qui vient, et donc l'être humain qui vient, va retrouver les droits qu'il avait mystérieusement perdus lors de la mystérieuse insurrection de sa sensibilité contre son intelligence.
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La difficulté qui apparaît ici signifie que la solution de l'être qui vient ne concerne pas seulement quelques rares individu (quelques rares prophètes), mais que cette solution s'applique à la collectivité des croyants – soit une généralisation du « prophétisme » à toute personne de bonne foi.
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Soit encore un changement dans notre capacité d’accéder à des informations naturelles.
JLB Mars 2008
09.05.2008
Spinoza et le prophétisme
Le complot des frères contre le prophétisme et la connaissance prophétique s'est noué très tôt dans la modernité – il a été formulé clairement par Spinoza dans son Traité Théologico-Politique. L'enjeu semble porter sur la question de la connaissance -- mais comme toujours le fond du problème est celui d'une jouissance « terrestre » accomplie.
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Il suffit de dire que le prophétisme est « imagination » pour fermer la bouche de l'Autre. Une fois épuisés tous les commentaires et gloses sur le concept d'imagination il nous reste ce résultat : Spinoza a fermé la bouche de l'Autre. À partir de là, l'histoire de l'Autre n'a plus qu'à consigner que l'Autre – l'Autre transcendant – n'existe pas. C'est ce que fera avec rigueur la psychanalyse en remarquant que l'Autre se réduit à la fin au principe de localisation de notre jouissance, et donc s'évanouit avec l'objet de celle-ci ; et quant à la place désormais vide du Tiers transcendant, il ne reste plus qu'à y coller des Comités d'Éthique...
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Quelle jouissance Spinoza préserve-t-il par cette opération ? Celle du savoir de la totalité. Ce que Spinoza appelle « Amour intellectuel de Dieu », et qui est intuition intellectuelle, saisie englobante et intuitive de la totalité de l'être, est l'affirmation non pas d'un amour quelconque, mais du primat de la connaissance sur l'amour – du primat d'une jouissance par la connaissance sur tout autre béatitude. En fermant la bouche de l'Autre, Spinoza certes s'ouvre à l'amour du savoir, mais il ferme le chemin de l'Amour stricto sensu. Le seul amour qui lui reste, il doit alors le qualifier d'intellectuel.
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Voilà qui révèle que dans l'Autre même, il existe une division. Il y a certes l'Autre de l'Amour, mais nous nous laissons volontiers fourvoyer, nous autres humains, par l'Autre de la jouissance. Ce qui veut dire que ne pouvons confondre l'Autre avec Dieu. L'Autre est un lieu, et non pas exactement un lieu vide mais un lieu meublé, sommairement certes mais meublé – en tout et pour tout meublé de deux chaises. Il y a là, si l’on peut dire, un régime naturel de l'existence de l'Autre.
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Deux chaises donc. Une chaise est réservée à l'Autre de l'amour, la seconde est réservée à l'Autre de la jouissance. Le régime naturel que nous connaissons actuellement, celui du « péché originel », consiste pour chaque être humain à désirer que l'Autre de l'amour vienne s'asseoir sur la chaise qui lui est réservée et à voir, non sans plaisir, s'asseoir sur sa chaise l'Autre de la jouissance. Comme dit saint Paul : nous voulons le bien et malgré tout c'est le mal que nos membres aiment. C'est le mal, horreur, qu'aime notre être naturel. En ce sens, la nature humaine est blessée dans sa perfection.
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L'existence même du prophétisme affirme ceci : il y a un Autre au-delà de l'être – ou bien, ce qui est équivalent : il y a un Amour au-delà de l'être. C'est cette affirmation qui est étouffée par Spinoza, lequel procède à l'écrasement de l'Autre – et de sa raison d'Amour – dans l'immense pressoir de l'être se refermant sur lui-même, refermant sur lui-même ses mâchoires panthéistes et réembobinant en lui ses attributs infinis. Le mal, exclu de ce lieu de l’Ethique par les bons soins du philosophe, se révèle alors être à l'usage (Oh, horreur !), les mâchoires mêmes du monstre.
JLB
10:13 Publié dans petite métaphysique aérée et fleurie, prophétisme et prophéties, psychanalyse, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, partis, religion, mystique, théologie, catholicisme, christianisme
09.04.2008
Qu'est-ce que l'ontothéologie ?
Sous la plume de Heidegger l'expression ontothéologie signifie que l'on a dénaturé l'être en l'identifiant à Dieu. Depuis Platon en effet, dit notre philosophe, on a confondu l'être et l'étant. Et de là, on a soutenu que s'il y avait un être au-dessus des étants, cet être était Dieu – et qu'en réalité, cet être était lui-même un étant, l'étant suprême. De là, l'être lui-même, l'être de Heidegger, est passé à la trappe, pour tomber dans le célèbre oubli qui allait faire la célébrité de son inventeur.
À l'occasion de ces manœuvres, on a alors mélangé l'ontologie, science de l'être, et la théologie, science de Dieu, de sorte qu'on allait finir par arriver à l'ontothéologie. Pour Heidegger, la science de l'être et la science de Dieu doivent être totalement séparées.
Il y a une autre conception de l'ontothéologie, celle de Lévinas. Lévinas qui, non sans humour, prend la défense de Dieu contre la « pureté » de l'être. À l'envers même de Heidegger, Lévinas n'est pas loin de dire qu'on a souillé Dieu en le mêlant à l'être. Dans son style questionnant, il demande : a-t-on pris l'être pour Dieu ou Dieu pour l'être ? Dieu n'est-il par l'autre de l'être ? Penser Dieu comme fondement de tous les étants, en le posant pour l'être autre, est-ce mal penser de l'être ou est-ce mal penser de Dieu ? Dieu n'est-il pas au-delà de l'être ?
Dès lors, et si nous voulons échapper à l'ontothéologie au sens de Lévinas, nous devons nous rendre sur un plan éthique, plan de la relation sur lequel « la transcendance de Dieu ne peut se dire ni penser » – car pour le philosophe, Dieu est « nuit ».
On retrouve ici la voie négative inaugurée par le pseudo-Denis – voie qui d'ailleurs, par le secours de l'analogie, est aussi celle du thomisme. L'analogie en effet, loin de confondre l'être et Dieu, nous permet de parler de l'être de Dieu, mais seulement de façon négative. En ce sens, il paraît difficile de qualifier le thomisme d'ontothéologie, pas plus au sens de Lévinas qu'au sens de Heidegger.
Or, c'est dans un tout autre sens que nous prenons le terme d'ontothéologie. En effet, ce que nous désignerons sous ce nom n'a pas pour but de dénoncer la conversion subreptice des objets des deux sciences, à savoir l'être de l'ontologie et le Dieu de la théologie, bien au contraire, il s'agit de mettre en valeur la nécessité d'un certain recours à la théologie pour éclairer les problèmes de l'ontologie – et en particulier, pour éclairer les turbulences qui se manifestent au niveau de certains états-limites de l'être.
Autrement dit, l'ontothéologie que nous voulons présenter est une position philosophique nécessaire, qui doit être défendue pour sa pertinence propre.
Du coup, nous partons de la position philosophique de Duns Scot qui est ontothéologique au sens que nous voulons introduire.
C’est ce point que nous voulons éclairer.
Jonas Jorda & Jean-Louis Bolte
Avertissement !!
On m'a prévenu qu'il était impossible d'exporter nos textes sur papier pour les lire tranquillement. Je pense avoir remédié à cet inconvénient. Il vous suffit donc, si vous voulez tirer un texte, de le mettre en surbrillance sans les marges, de le copier, et de le coller sur votre traitement de texte.
JJ
11:58 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, petite métaphysique aérée et fleurie, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, métaphysique, philosophie
21.03.2008
souffrance et prophétie
Jonas et moi étions embarrassés pour amener ici une question qui nous tient particulièrement à coeur et qui est celle du prophétisme. Nous profitons du calendrier liturgique pour l'introduire dans notre blog. Et à la faveur du Vendredi Saint, nous vous présentons ces pensées mariales sur la souffrance.
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Deux mots d'introduction sur cette question du prophétisme que nous considérons comme décisive non seulement dans le dispositif judéo-chrétien, mais encore dans celui de la pensée contemporaine. Et pas seulement dans le sens où l'entend Léo Strauss qui entend conserver une tension "entre Athènes et Jérusalem".
Il faut tenir pour stratégique l'intervention de Spinoza sur la question du prophétisme dans son Traité Théologico-politique. Et il est vrai que sur ce point particulier, on ne trouve guère dans la philosophie contemporaine que des penseurs juifs, à commencer par Hermann Cohen, pour élever une protestation contre la critique de Spinoza.
J'ajoute que, à ma connaissance, certains milieux thomistes ne paraissent pas non plus avoir tiré les conséquences philosophiques de la recrudescence du phénomène prophétique à partir du milieu du XIXe siècle. Il semblent au contraire résister énergiquement à tirer lesdites conséquences. J'ai eu l'occasion de constater personnellement ce phénomène « d'agnosticisme thomiste » qu'Étienne Gilson évoque quelque part dans son Duns Scot : il est vrai que Duns Scot pose pour sa part ce problème à nouveaux frais.
La position de ces thomistes, par ailleurs gens fort savants et admirables,, exceptionnels connaisseurs d'Aristote et de Saint Thomas, comme vous pouvez le constater si vous allez vous promener sur les forums du Grand Portail Saint Thomas d'Aquin, est grosso modo la suivante : on ne peut mélanger théologie et philosophie car la philosophie s'occupe de la sphère naturelle et la théologie de la sphère surnaturelle.
En effet, selon Aristote, la nature nous est donnée tout entière et dans toute sa perfection dans le monde présent. Si un philosophe peut dire quelque mot sur la sphère surnaturelle ce ne peut être que par analogie. Pas question d'importer des données théologiques, c'est-à-dire des données de la Révélation , dans le domaine philosophique. Pas question de parler de « métaphysique de l'Exode » ou de « philosophie chrétienne » comme faisait Gilson ou Maritain -- ce dernier pour d'autres raisons il est vrai.
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L'objection de Duns Scot à un tel point de vue est la suivante : le Philosophe, c'est-à-dire Aristote, ne pouvait pas savoir que la nature était blessée par la Chute. Personne ne pouvait le savoir naturellement, il fallait le secours d'une information d'origine externe, c'est-à-dire d'une information par voie révélée (prophétique). Et Aristote n'a pas connu la Révélation.
Question : est-il rationnel de rejeter une information décisive qui nous est donnée sur la nature sous prétexte qu'elle n'est pas naturelle par soi, alors même qu'elle semble se vérifier par la présence du mal dans le monde et se voit confirmée au fil du temps par la réalité historique ? Une conséquence que nous tirons pour notre part de cette conclusion de Duns Scot, c'est que la nature n'est pas achevée dans sa perfection, contrairement à ce que soutient la rationalité philosophique : par conséquent, si c'est une nature blessée, non achevée, il est peut-être opportun de penser qu'il y a une nature qui vient, nature en voie de guérison.
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Il faudra revenir, et longuement, sur ce tournant scotiste de la pensée. Il nous suffit ici de savoir qu'au sens de Scot, il existe une controverse, disons « idéale », entre philosophi et theologi, c'est-à-dire une controverse qui a lieu non pas entre deux disciplines, mais entre deux types d'hommes. L'enjeu de la dispute porte sur la question de savoir qui peut, du philosophe ou du théologien, rendre le mieux raison du bonheur de l'homme. Les deux disciplines se disputent en effet le privilège exorbitant, puisqu'il n'est pas sans effet sur le gouvernement de la Cité , d'indiquer à l'homme le chemin de sa jouissance dernière -- voire de le conduire vers cette jouissance.
Ce qui est en jeu c'est un état de la question qui tient exactement au type d'approche que je peux avoir sur l'être. Si je suis un philosophe je vais considérer le monde sous l'angle de la perception sensible que j'en ai et à partir de là je m'en remettrai au progrès naturel de ma raison qui va l'amener à la conclusion que l'être ainsi perçu est achevé et parfait.
Mais si je suis un théologien, ce que j'appréhenderai a priori ce sera l'Autre. L'Autre qui me prévient de ce que je n'aurais jamais pu savoir autrement, c'est-à-dire que la nature qui se présente à moi est blessée (à commencer par ma raison, point à expliquer à l'occasion) et que je suis invité à participer à sa guérison -- guérison dont dépend mon bonheur.
Et quand l'Autre me dit qu'il y a une nature qui vient et qui sera une nature guérie, il me semble raisonnable et rationnel de tendre l'oreille.
À ce moment-là, je comprends qu'entre naturel et surnaturel il n'y a pas coupure mais continuité et que certaines dimensions que j'appelle surnaturelles aujourd'hui seront pour moi naturelles demain.
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C'est précisément ce que nous promettent les prophéties, en particulier les prophéties mariales contemporaines.
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Les extraits prophétiques que nous vous présentons ci-dessous proviennent d'un message de la Vierge Marie donné le 14 mars 1964 à Kérizinen en Bretagne à Jeanne-Louise Ramonet, une pauvre femme qui vivait avec une vache, dans ce hameau de trois fermes, seule et en mauvaise santé, par ailleurs personne de bon sens et de grande piété. Celui qui ne comprend pas l'amour de Marie pour la pauvreté ne comprend rien au christianisme. Celui-là peut dire qu'il est chrétien quand il ressent lui-même cet amour. Bref.
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Le message que nous citons porte sur la valeur de la souffrance. C'est un choix naturel en ce jour de Vendredi Saint. La référence bibliographique est ici : Kérizinen de Raoul Auclair, aux éditions NEL, 1968.
La Vierge Marie nous parle :
« Que votre foi et votre amour repentant vous fassent revivre les scènes douloureuses du grand mystère de votre salut et vous aident à mieux comprendre le prix de la souffrance et de la croix. »
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« Ce n'est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort : c'est l'homme qui les a introduites par le péché. Dieu est la vie ; le péché le rejet de Dieu. Mais quelle merveilleuse trouvaille de l'Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut ce fruit naturel du péché, la souffrance ! Elle devient purification pour qui la prend chrétiennement, s'efforçant de comprendre et d'accepter l'intention de Dieu. »
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« La souffrance est une maîtresse de sagesse divine. Elle vous aide à vivre dans votre foi, dans votre espérance et votre amour de Dieu seul. Elle est nécessaire à qui veut entrer dans la joie de Dieu. »
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« Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car, depuis le Christ, la souffrance n'est plus un phénomène angoissant, mais une ressemblance, une bouleversante élection. »
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« Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître, dans le Christ, la plus sainte, la plus noble image de ce qu'ils sont devenus. »
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« Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré ; non une mutilation, non un échec, mais une victoire. Le corps du Christ, désormais, c'est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés. »
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« Si votre pèlerinage terrestre est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus lui-même a suivie, vous savez aussi que cela vous permet de voguer vers le rivage de l'éternelle lumière et de la joie sans fin. Il faut souffrir et mourir avec le Christ pour vivre avec lui. »
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« Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix jamais (...) »
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« Ne soyez pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu'une grande joie habite vos coeurs puisque, d'avance, vous savez que la victoire vous est acquise : elle prend sa source dans le Christ ressuscité (...) »
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« Faire rayonner la joie sur terre, c'est rendre témoignage au Christ ressuscité. C'est éveiller en vos frères le désir d'en connaître le secret, la soif de la partager avec vous. »
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Évidemment, c'est un peu dur... surtout lorsque on voit la manière presque affolée dont le monde des frères nous présente la souffrance, en la dissimulent le plus possible, un peu comme on balaie des ordures pour les glisser sous le tapis...
Seulement, la souffrance est indissolublement liée à la vérité, et vice versa. Comme dit Marie : « Les joies peuvent vous tromper mais pas les croix ».
JLB
18.02.2008
création et évolution
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Créationnisme et évolutionnisme
Le catholicisme n’est pas un « créationnisme » au sens où ce terme s’applique dans certains courants du christianisme américain. Le mot « créationnisme » peut avoir aujourd’hui deux sens : soit qu’on parle précisément de tel mouvement traditionnel américain, par ailleurs fort récent ; soit qu’on parle de la métaphysique du monothéisme. Dans ce cas le mot créationnisme signifie que l’être du monde ne procède pas de lui-même, mais qu’il dépend d’un autre être – ainsi définit-on un être créé et un être créateur. Si je parle de créationnisme, si j’en parle en tant que catholique, c’est évidemment dans ce second sens. Ce n’est pas parce que je pense que le monde a été créé il y a 6000 ans. La science a par ailleurs largement démontré le contraire. Par contre, la science n’a jamais infirmé que l’origine radicale de l’univers ne tient pas, c’est-à-dire ne procède pas, de son être propre (comme le pensait les Grecs depuis Parménide) – procède au contraire d’un autre être, un être créateur que les hébreux appelleront Dieu. Si je parle d’évolutionnisme, je ne vois pas de contradiction entre une théorie métaphysique de la création et une évolution possible des espèces. Non seulement je ne vois pas de contradiction, mais je soutiens que la création elle-même, la création tout entière, est engagée dans une évolution globale.
Il y a donc évolutionnisme et évolutionnisme. Considérons d’abord l'accueil fait par l'Église à l'évolutionnisme scientifique – et dans ce sens, le darwinisme scientifique est reconnu comme parfaitement valable du point de vue scientifique (s'il y a des critiques à lui faire elles reviennent à la science) – la mise au point de Jean-Paul II est parfaitement claire là-dessus.
D'un autre côté, il existe dans le catholicisme une philosophie proprement « évolutionniste » qui puise dans la Révélation elle-même. Non seulement elle n'est pas contradictoire avec l'évolutionnisme scientifique, mais elle en éclaire encore le sens et plus, elle l'inscrit dans son propre mouvement en concevant l'univers comme se trouvant dans un régime de création continuée par l’effet d’une information toujours nouvelle qui ne cesse de soutenir et de développer son expansion – c’est l’idée d’information créatrice qui est à la base de cette conception évolutionniste. Autrement dit : le christianisme reconnaît, en parfait accord en cela avec les résultats scientifiques du siècle, la dimension génétique, ou historique, ou encore évolutive du réel.
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L'information créatriceDans cette conception philosophique l'idée d'information créatrice se détriple :
– vous avez d’abord l'information de la matière qui ne cesse d'affluer : c’est évidemment ce niveau de réel que la science examine à la loupe. À ce niveau, le mot « information » désigne aussi bien le sens métaphysique de forme (opposé à matière) que le sens physique de morphologie. Sur ces questions, on consultera l’ouvrage magnifique que Claude Tresmontant a écrit en 1972 : Sciences de l’Univers et Problèmes métaphysiques.
– d’un autre côté il y a l'information donnée à notre intelligence pour nous permettre de participer à cette création cette deuxième sorte d'information c'est l'information prophétique. Elle ne passe certes pas par nos sens, mais est communiquée directement à notre intelligence. Nous pouvons la refuser, la nier (comme fait Spinoza), voire la moquer (comme fait notre temps), mais en tant qu'information elle a rapport avec la vérité. Et pas seulement avec des vérités que nous imaginons.
- Enfin, il y a un troisième niveau proprement mystique, et qui ne s’applique plus à la matière, qui s’adresse encore pourtant, quoique de façon associée, à mon intelligence comme à mon corps, mais qui s’exerce principalement sur mon esprit. Cette information mystique, elle n’est pourtant ni abstraite et « théorique », ni insaisissable et éthérée, puisqu’elle a une forme. Cette forme, elle vient sans cesse à ma rencontre, c’est la forme qui vient m'individuer et qui donc m'apporte un surcroît d'existence. Cette forme, c'est l'Autre lui-même qui vient à ma rencontre, l'Autre en personne qui vient me revêtir de lui-même, qui vient m'adouber – cette forme, c'est le Christ. Processus de divinisation par lequel nous nous conformons au Christ via la croix et par lequel nous nous préparons à passer du plan de l’être créé au plan de l’Unique incréé.
Trois niveaux génétiques donc, qui tressent entre eux une évolution globale.
Déblayons un peu le terrain.
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Une évolution individuante
Certes on peut très bien ne considérer que le premier niveau, le niveau naturel, comme on peut ne considérer que le niveau psychique ou même seulement le niveau spirituel qui est le niveau mystique. Il est possible et d'ailleurs parfaitement légitime de considérer séparément chacun de ces niveaux. Et on n'a pas manqué de le faire : pour en revenir au niveau mystique, considérons par exemple la somme que le Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus a consacré à la théologie mystique aux éditions du Carmel. Sa précision, sa finesse, sa robuste structuration on fait son autorité.
D'un autre côté, ne considérer chacun des niveaux que dans sa stricte autonomie ne peut suffire à comprendre l'ensemble de la réalité. Il est opportun de s'intéresser aussi à la question des rapports qu’entretiennent ces niveaux : tressages, interactions, coordinations, coopérations, subordinations et ainsi de suite. Sur la base de ce que les trois niveaux ont de commun, la notion d'information, les rudiments les plus élémentaires de théorie de l’information nous obligent en toute rigueur à supposer un émetteur qui les délivre – et cet émetteur ce ne peut être l’être créé (le "récepteur"), mais l’autre être, l’être créateur, celui qu’on nomme l’Autre créateur.
Toutes ces communications d’informations tendent à la longue vers un seul but : amener l'être, et en particulier l'être humain, à son plein développement.
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Si nous observons maintenant ce par quoi nos trois niveaux diffèrent, nous approchons quelque chose de plus profond encore, à savoir le pourquoi de toute cette dynamique globale. Récapitulons.
Le premier niveau est celui dans lequel de l'Autre créateur injecte ses informations créatrices. Ce premier niveau est celui de l'être naturel. Le fait que ces informations s'enrichissent sans cesse et projettent la réalité naturelle vers une complexité croissante, et que l'humanité soit placée à la pointe extrême de ce progrès, montre clairement que nous avons affaire à une finalité.
Le deuxième niveau est celui dans lequel l'Autre créateur injecte ses informations prophétiques. C'est le niveau de la Révélation : il s'adresse à l'intelligence humaine. C'est que cette information ne peut être donnée à travers le réel naturel – l'homme peut connaître le réel naturel grâce à son intelligence, mais le réel naturel ne contient pas (ne peut pas contenir) les réalités révélées, et si l'Autre créateur veut communiquer ces informations il faut qu'il le fasse par un autre voie : il a donc choisi la voie prophétique par laquelle il exprime le projet qu'il a pour l'humanité. Et ce projet porte non seulement sur la réalité naturelle, mais encore il la déborde au-delà de toute réalité imaginable.
Le troisième niveau est celui des réalités particulières, avant tout les réalités humaines dans lesquelles l'Autre créateur dispense ses informations mystiques. Réalités humaines, c'est-à-dire les communautés, les nations, l'histoire des hommes, et ainsi de suite, mais avant tout les personnes. Par son action mystique, l'Autre créateur modèle chacun de nous, non pas « l'être extérieur » mais « l'être intérieur », le modèle selon la forme christique particulière, singulière, unique, qu’il lui a réservée, le modèle évidemment dans la mesure où nous l’y autorisons.
Il y a là la pointe ultime de l’individuation humaine.
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Ces remarques qui me semblent élémentaires pour n’importe quel paroissien un peu profond, c’est-à-dire qui prie de bon cœur et qui fréquente Jésus-Eucharistie, apportent un démenti catégorique aux affirmations irréfléchies qu’on peut lire sous la plume de tel ou tel théologien postmoderne. Par exemple Hans Küng : « Théorie du big bang et foi en la création, théorie de l’évolution et création de l’homme ne se contredisent pas, mais il est impossible de les harmoniser » in Petit Traité du Commencement de toutes choses (Le Seuil, 2007).
Nous venons de montrer exactement le contraire : non seulement ces dimensions ne se contredisent pas mais elles s’harmonisent merveilleusement.
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Tout se passe donc à la fin comme si l’être créé tendait à sortir de lui-même, comme s’il possédait des états-limites sur la ligne desquels il était éprouvé : la croix vient témoigner de ces états-limites et de ces épreuves.
D’un autre côté cette torsion subie par l’être sur ses interfaces créé/créateur, suggère cette hypothèse pour le moins excitante : et si ce qui est grâce aujourd’hui devait devenir nature demain.
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et si ce qui est grâce aujourd’hui devait devenir nature demain ?
J-L. Bolte
18:50 Publié dans petite métaphysique aérée et fleurie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, politique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, évolutionnisme
28.01.2008
trois définitions
Point de vue mystique
Ce que j’appelle point de vue mystique, « mystique » au sens judéo-chrétien, consiste à prêter un Autre à l’être – un Autre que nous appelons créateur –, et restant indifférent au dit être, à exiger de cet Autre sa réalité. Réalité de personne s’entend. Car l’Autre ne peut être qu’une personne réelle.
« Parle-moi », dit le mystique à l’Autre, choisissant ainsi la patience – puisqu’il s’expose alors à l’épreuve du silence. Quant à l’être, peu lui importe, il est parfaitement second.
Le point de vue mystique nous ouvre au plus haut niveau de connaissance de la réalité. C’est le point de vue même de l’Autre, l’Autre transcendant, en tant que cet Autre se tient à la plus fine pointe du réel. C’est à partir d’un tel point de vue que le réel se révèle à nous en tant que véritablement être. Je veux dire que son être vient à nous sur fond d’agapisme généralisé.
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Foi
La foi est une position de la raison dans l’Autre – et non dans l’être.
Positionner la raison dans l’être c’est la placer vis-à-vis d’un objet. Autrement dit : c’est se positionner vis-à-vis d’un objet.
Positionner la raison dans l’Autre, c’est lui donner raison – c’est s’en remettre à sa raison. On fait confiance à l’Autre : si un objet est en jeu, c’est la raison de l’Autre qui est placée devant cet objet. Il y a délégation confiante.
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Orientation dans l’être
Le point de vue mystique est le point de vue de l’Autre lui-même, très précisément de l’Autre à travers nous.
Il vient couronner deux niveaux de connaissance qui lui sont subordonnés :
o le point de vue théologique, qui n’est plus que notre propre point de vue sur l’Autre – l'Autre y devient objet de connaissance, mais bien entendu selon les informations qu’Il veut bien nous en donner : au premier chef l’information prophétique communiquée dans la Révélation , puis celle qu’Il continue de nous transmettre via le prophétisme contemporain ;
o le point de vue métaphysique, qui est notre point de vue sur l’être naturel jusqu’à la limite de ce que l’analyse rationnelle de cet être naturel peut nous dévoiler sur l’Autre.
Il y a certes quelque objection recevable à qualifier l’ensemble de ces connaissances de « connaissance mystique ». Mais d’un autre côté, c’est bien tout le groupe de ces disciplines qui est tendu vers une finalité mystique, c’est-à-dire vers la connaissance personnelle de l’Autre. Et c’est bien cela qui à nos yeux importe.
Alors voici : notre orientation dans l’être s’affine à mesure que nous nous élevons sur cette échelle. Tant que nous restons au niveau métaphysique ou même simplement pratique, notre orientation dans l’être dépend d’un juste maniement de la négation – point à préciser à l’occasion.
A partir du niveau théologique, notre orientation dans l’être s’infléchit, jusqu’à ce que l’Autre en personne, selon son bon vouloir, vienne prendre la relève de la négation (la relève de la loi) et n’apporte sa propre orientation du réel, c’est-à-dire n’apporte son Amour.
JLB
19:15 Publié dans petite métaphysique aérée et fleurie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, partis, religion, mystique, théologie, catholicisme, christianisme
08.01.2008
Sur les états limites de l'être
L'être est cloué sur une croix.
Plus précisément, l'être est cruciforme, il est aux quatre coins. Ce n'est pas qu'il joue aux quatre coins. C'est de structure, il se déploie aux quatre coins. Parce qu'il est univoque, il dit l'être de Dieu aussi bien que celui de sa créature, et il dit l'être de la substance aussi bien que celui des accidents. De son fond il est donc tiré aux quatre coins. Mais aujourd'hui c'est spécial, il est tiré aux quatre coins par ses états limites.
Sur la branche descendante de sa croix, il plonge dans un égout. Dans un affreux cloaque – dans une atroce méchanceté, vraiment. Là, il est sur le mode de ce qui n'est pas, et son nom est jouissance.
Sur la branche de droite, il sera aujourd'hui même avec Lui au Paradis et là l'être est sur le mode de ce qui vient. Prophétique et renversant, il se nomme événement.
Sur la branche de gauche, il crie, il gesticule, il renie – mais cela aurait pu, cela pourrait encore, être autrement : il aurait pu, il peut encore, se soumettre et bénir, gémir et accepter. C'est l'être qui est sur le mode de la différence, c'est-à-dire qui n'est ni être ni non-être. Celui qu'on nomme individué. Ou plus exactement : en voie d’individuation.
Sur la branche qui monte, il est l'être infini. Il se nomme infini. Et voilà tout ce que métaphysiquement nous pouvons savoir de l'être. Le reste est révélation.
Car ce que l'être ne savait pas, c'est que de toujours il était cloué sur une croix. Et qu'à la fin, là où il dit : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit », il se nomme Jésus. Il se présente comme Autre.
En effet, l'Autre n'est pas localisé dans l'être, c'est l'être qui est localisé dans l'Autre.
Plus précisément : l'Autre localise l'être. Il le rend local.
Autrement dit, l'Autre brise notre enfermement dans l'être.
Jean-Louis Bolte
11:10 Publié dans petite métaphysique aérée et fleurie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











