15.09.2008
prophétisme, catastrophe et non-histoire

Dans le prophétisme hébreu le thème de la techouva, du retour, du retour dans les grâces divines pourrait-on dire, exprime une idée qui, dans le monde des frères (mais sans père), a été fondamentalement pervertie. Les frères en effet (ceux du monde des frères, mais sans père) ont décidé, en abandonnant la loi naturelle, c'est-à-dire en deregulant la jouissance , qu'ils tireraient de celle-ci la construction de leur monde : ainsi, la haine de classe a fondé le projet marxiste alors que l'égoïsme a fondé le projet libéral. Sans oublier toutes sortes de nuances locales et nationales associées : ici goût de l'ignorance et de la violence, là de la paresse et de l'argent, ailleurs de la cruauté et du contrôle, etc.
Bref, si l'on considère que la jouissance dérégulée c'est exactement ce que la Bible a appelé le mal, alors nous pouvons dire que les frères ont projeté de tirer du mal un bien.
Or, tirer du mal un bien, c'est une prérogative à proprement parler divine, on n’a jamais vu des hommes y arriver de façon réfléchie. A la longue en effet, le mal tourne toujours à la catastrophe.
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La techouva, le retour vers le salut, marque par contre le mouvement inverse, c’est-à-dire le passage de la catastrophe au salut. Et peut-être dans la Bible, ce passage se fait-il moins par un lien de causalité que par le franchissement de l'abîme qui les oppose tout en les séparant. Israël est invité à dépasser la mort par la vie, ou plus précisément à connaître la mort pour revivre. L'image est ici celui du grain de blé semé en terre pour mourir et germer. André neher nous explique comment, dans la prophétie d'Osée il y a continuité inéluctable de la catastrophe au salut :
Allons, revenons à l'Éternel, car il a frappé et nous guérira ; il a blessé et nous pansera. Il nous fera revivre après deux jours, nous fera nous relever le troisième jour et nous vivrons devant lui. (Os., 6, 1-2)
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Ainsi, la vie dépasse la mort et, comme dit Néher, « en se réalisant, la catastrophe consomme sa propre défaite : elle prépare le salut ».
Lorsque André Néher écrit L'essence du Prophétisme, en 1955, il le fait pour élucider et proclamer les vérités profondes de celui-ci. Mais il s'intéresse au prophétisme moins en psychologue et en moraliste, dans l'esprit de Maïmonide, sous l'angle de l'infinité divine, qu’en historien et métaphysicien. Au sens de Néher l’essence du prophétisme, c’est « le passage dramatique de la tradition hébraïque à l'existence ». Ainsi, la techouva est expérience vécue dans le temps de l’histoire. Expérience existentielle. Elle est, nous dit Néher, cette expérience historique singulière qu’est l’expérience de la non-histoire.
C’est que pour le prophète, la catastrophe ouvre à la non-histoire.
« L'instant séparant la catastrophe du salut correspond à une cessation de l'histoire, écrit Néher, et la techouva est le franchissement de ce moment de vide historique. L'histoire vient soudain se jeter dans un gouffre pour y disparaître et une tranche de non-histoire permet la surgescence d'une histoire nouvelle. Peut-être le chapitre 3 d'Osée est-il, tout entier, construit sur cette conception d'une non-histoire, prélude à un recommencement :
De nombreux jours, les enfants d'Israël resteront sans roi, ni princes, sans éphod, ni idoles. Ensuite les enfants d'Israël reviendront et chercheront l'Éternel, leur Dieu, et David, leur roi...
La réconciliation paraît consécutive à une longue période de suspension des activités politiques et religieuses d'Israël. Quoi qu'il en soit, le premier chapitre d'Osée exprime, d'une manière très nette la notion d'une non-histoire ».
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À tel point que Osée va nommer ses deux derniers enfants de noms en quelque sorte négatifs : déjà l'aîné se nomme Yzréel, ce qui veut dire Dieu sèmera, un nom qui porte avec lui l'ambivalence de la catastrophe, à la fois pour symboliser la nécessité que la graine meure et pour dire la réalité historique de la chute de la dynastie des Jéhuides ; la cadette s'appelle Lo-Rouhama, c'est-à-dire Non-Aimée pour dire la fin de l'amour divin pour Israël ; quant au dernier, il se nomme Lo-Ammi, Non-Mon-Peuple pour exprimer la fin de l'alliance. Ainsi les enfants eux-mêmes sont considérés comme destructeurs de l'avenir. Ils sont devenus eux-mêmes négations. Et même Dieu va se présenter alors comme négation :
Car vous êtes Non-Mon-Peuple et Moi Je suis Non-Dieu pour vous. Il n'y a plus d'histoire et il n'y a plus de temps car l'alliance est rompue.
Mais Yzréel est la semence d'où sortira le germe de l'avenir. Et donc l'Éternel, à nouveau affirmé, va lever la négation :
Dites à vos frères : Mon Peuple,
et à vos sœurs : Aimée !
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Bien entendu, pour un chrétien digne de ce nom, et en particulier un catholique, il y a un sentiment très fort de continuité par rapport à la tradition du prophétisme hébreu. Ce n'est pas parce que la Révélation est close puisque le Verbe lui-même de Dieu, c'est-à-dire Jésus-Christ, nous a été donné, qu'il ne convient pas de l'expliciter. Certes donc, la Révélation est close, mais pas la prophétie. Il y a contradiction à penser que le prophétisme se réduit à ce que nous en décrit la Bible. Comme dit Saint Thomas d'Aquin : des prophètes et des prophéties, il y en aura toujours jusqu'à la fin du monde.
Ce qui nous intéresse ici, c'est de constater que tout en s'ajustant à la réalité moderne, le prophétisme contemporain conserve certains thèmes fondamentaux du prophétisme hébreu.
Ainsi, le prophète contemporain voit aujourd'hui l’état de non-histoire se dérouler sous ses propres yeux. La menace de la catastrophe est en quelque sorte mondialisée et les hommes s'enfoncent toujours plus dans la nuit de leur non-histoire. Ce qui est évident aux yeux de tous les prophètes contemporains c'est l’état obscur du monde, sa non-vie, son non-bonheur, son non-avenir. Je cite l’un de ces petits prophètes, personnage modeste et caché, mais courageux et déterminé, à la manière des prophètes hébreus. Il s'agit en l’occurence d'une laborantinee italienne catholique, une mère de famille nommée Angelina.
Et voici ce qu'elle écrit dans son journal :
" Aujourd'hui, Jésus m'a fait comprendre combien l'esprit d'une grande partie des hommes est encore très éloigné de Lui.
Tandis que je marchais parmi la foule, je pouvais percevoir combien de personnes étaient effectivement loin de Jésus, à des années-lumière. Je percevais leur esprit... il était empli de tant de pensées et d'amours matériels, quand ce n'était pas aussi une parfaite adoration d'eux-mêmes. Quelques-uns parlaient entre eux, mais ils ne s'écoutaient pas les uns les autres : il étaient trop occupés à penser à ce qu'ils devaient dire, même si la chose n'était pas particulièrement importante.
Dans ces promenades dominicales en bordure de mer, toutes les catégories sociales étaient présentes... Oh ! Comme l'Esprit gémissait en une agonie épouvantable ! Je sentais clairement une angoisse de mort les entourer et les démons ricaner, heureux !
C'est horrible ! pensai-je. Mais, qu'est-ce que cette vie sans Dieu ? C'est comme être en enfer, déjà ici sur la terre... C'est la non-existence, parce que l'esprit est complètement embourbé dans la complaisance de soi...
Le Père intervint immédiatement :
« Oui, Ma fille, c'est la parole juste que tu as utilisée : n'en cherche pas d'autre, c'est ainsi. Chaque action négative naît de la complaisance de soi : d'un orgueil ouvert ou caché, qui, un jour ou l'autre, mène à la mort de l'esprit. L'homme marche dans l'obscurité la plus totale.
Je t'ai fait éprouver cela, pour que tu comprennes combien l'humanité entière est vraiment, et amèrement, loin de Moi !
Ma petite créature, celle-ci ne peut revenir à Moi sans éprouver l'angoisse de l'enfer ! »
[...] Alors, je me suis permis de dire : « Père, mais ils goûtent déjà l'enfer ! »
Le Père m'a dit : « Non, ils ne le goûtent pas encore, car ils n'ont pas la Lumière ; quand ils l'auront, ils seront horrifiés ! [...] »
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Ainsi, dans le monde des frères (mais sans père), la catastrophe est quotidienne : essentiellement, elle consiste en cette plongée tête première dans cet état obscur du monde par eux créé, et dont le fond, que André Néher nommait néant, a pour nous ce nom postmoderne : enfer. Lors de cette plongée vers cette non-histoire Dieu sème la Jérusalem qui vient, il sème les graines de notre retour, de notre techouva.
Le point essentiel ici, qui doit nous retenir, concerne cette parole donnée par le Père à Angelina : « Quand ils auront la Lumière, ils seront horrifiés ». Cette phrase renvoie à un thème décisif du prophétisme contemporain qui est le prophétisme dit de l'Avertissement . Thème massif, sans cesse repris dans toutes les prophéties récentes, et qui renvoie à un événement qui devrait avoir lieu dans un futur relativement proche. L’Avertissement c’est précisément ceci : l’expérience donnée à chacun de la réalité de notre non-histoire comme enfer et, du coup, la possibilité offerte au choix de chacun de vivre la techouva, le retour dans les grâces divines.
JJ
11:24 Publié dans catholicisme, le blog de Jonas Jorda, l'ouverture du sixième sceau, prophétisme et prophéties, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : catholicisme, société, morale, philosophie, christianisme, bien et mal, judaïsme
14.05.2008
Hitler, Spinoza et la détestation du monothéisme hébreu
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Nouvelles du front principal
La guerre que le monde des frères (mais sans père) fait au monde des fils se déroule sur plusieurs fronts dont le plus important, du point de vue stratégique, est celui des premiers principes. Celui qui tient les premiers principes a gagné une grande bataille, une bataille véritablement décisive – et pourtant cela ne signifie pas qu’il a gagné la guerre. Actuellement, ce sont les frères qui occupent le terrain des premiers principes, mais cela ne verrouille pas pour autant l’avenir du monde. Bien au contraire. Cette victoire, pénible résultat de quelques siècles d’efforts fraternitaires, est sur le point de leur être arrachée, ainsi qu’il est écrit en Daniel, 8, 25 :
« (Le Grand Frère) s’opposera au Prince des princes, mais – sans acte de main – il sera brisé. »
Une des choses que le monde des frères (mais sans père) déteste le plus dans le monde des fils c'est le monothéisme – et particulièrement le monothéisme hébreu – parce que le monothéisme a changé la donne au niveau des premiers principes et que ce changement, dès le début, n'a jamais été accepté par quiconque refuse d'être fils. Quelqu'un n'a cessé de le proclamer depuis une trentaine d'années, c'est Claude Tresmontant. Claude Tresmontant dit à peu près ceci : on fait des histoires avec l’antisémitisme mais c’est du brouillard jeté sur la vraie question, la vraie question est l’exécration du monothéisme hébreu. Pour cette raison, pour cette raison spécialement, il s'est vu traiter par beaucoup de ses collègues philosophes (dans l'Université) et théologiens ou exégètes (dans l'Église) comme un pestiféré. Que dit le monothéisme, à commencer par le monothéisme hébreu ? Il dit : le monde n'est pas le seul être auquel nous ayons affaire, le monde n'est pas divin, il n'est pas éternel, il connaît l'usure et le vieillissement (ce que vérifie la physique la plus récente) de sorte qu'il n'a pu se donner l'être à lui-même. Il tient l'être d'un autre que soi. Ainsi, ce qu'a amené le monothéisme hébreu de nouveau c'est qu'il y a deux niveaux dans l'être : il y a ce qui est et Ce Qui Est, le monde et le Dieu créateur. Personne n'avait jamais dit quelque chose de pareil – personne n'avait pensé ou émis l'idée que notre être, et donc avant tout notre existence, pouvait être le don d'un Dieu créateur. Personne n'avait jamais dit : « En un commencement, Dieu créa le ciel et la terre ».
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On a cru que le monde était éternel, qu'il avait toujours été là, qu'il était de lui-même par conséquent, c'est-à-dire autofondé, qu'il se renouvelait de lui-même indéfiniment par une sorte d'éternel retour des choses, ou bien qu'il se régénérait dans son propre chaos. On a cru que l'ordre pouvait naître du désordre, mais l'ordre bien évidemment ne peut naître que de l'ordre. Ce qui rend au moins vraisemblable l’hypothèse d’une création du monde. La science moderne ne cesse d’ailleurs de nous le confirmer, qui n'a jamais repéré aucune sorte de chaos générateur, mais seulement et à perte de vue de la matière informée – y compris dans ce que les théories du même nom appellent chaos.
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Une tactique fraternitaire
Sur le front de la pensée par exemple, il a fallu tout un tas de siècles aux frères pour inventer un système à double entrée, une pour le monde et une pour le monothéisme, de manière à les isoler l’un de l’autre – un système astucieux de « double comptabilité », comme dit Tresmontant, qui consiste à réserver la raison pour appréhender le monde, et la foi pour appréhender la Révélation. Ils n’ont pas voulu considérer la Bible comme une information supplémentaire sur le monde, lorsque l’information naturelle ne suffit plus. Leur enquête sur le prophétisme hébreu s’est bornée à le considérer, avec Spinoza, comme un moyen de faire obéir la masse. Ils ont promulgué un dogme laïciste suivant lequel le contenu de la Bible est une affaire de croyance, une affaire privée, et du coup ils en ont profité pour dire qu’officiellement Dieu n’existe pas.
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Bien entendu, les frères n’ont jamais pu démontrer qu’il n’y avait pas d’être créateur. Comme dit Gilson, toujours trop courtois avec ses confrères athées : il est beaucoup plus difficile de démontrer l’inexistence de Dieu que de démontrer son existence. On peut, par des preuves cosmologiques, comme fait Saint Thomas, démontrer l’existence de Dieu – mais démontrer son inexistence, c’est une autre affaire, et c’est pourquoi les frères n’ont jamais pu qu’affirmer cette inexistence, avec style et grands éclats certes, mais affirmer n’est pas prouver. En réalité, il importe peu aux frères de prouver l’inexistence de Dieu, la vérité ne les intéresse pas – ils ont d’ailleurs déclaré out la vérité, car leur seule passion est la jouissance et haïr le monothéisme en est une de choix : suivre les traces de cette passion nous entraîne sur la piste de la jouissance fraternitaire, en tant que jouissance dérégulée, ce qui en Occident signifie que cette jouissance est volontairement désamarrée de l’univers du monothéisme.
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Le mode nietzschéen de l’imprécation libérée donne le ton de cette impitoyable exécration. Ainsi dans L’Antéchrist, contre les juifs : « Les juifs sont le peuple le plus remarquable de l’histoire universelle, car devant la question de l’être et du non-être, ils ont préféré l’être à tout prix : le prix en question, c’était la falsification radicale de toute nature, de tout naturel, de toute réalité, de tout monde intérieur aussi bien qu’extérieur ».Voici campée l’opposition fondamentale entre le monde des frères (mais sans père) et le monde des fils : ou la nature incréée des grecs ou l’univers créé du monothéisme. Et voici, un octave au-dessus, le couplet antichrétien : « J’appelle le christianisme l’unique grande malédiction, l’unique grande corruption, l’unique grand instinct de haine, pour lequel aucun moyen n’est assez vénéneux, sournois, souterrain, assez mesquin – je l’appelle l’unique immortelle souillure de l’humanité ». Le ton est donné pour les temps qui suivent. Il résume aussi celui des temps précédents. Nietzsche en effet n’innove pas, il n’est guère qu’un booster historique de cette haine.
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Avant lui, un des frères qui a le plus détesté le monothéisme, étrangement, est un juif. C’est Spinoza.
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spinoza et l’opposition au monothéisme hébreu
Pour Spinoza, il n’y a pas d’autre être que l’être du monde : Spinoza l’appelle Nature ou Dieu. Ainsi Dieu change de statut : il n’est plus Ce Qui Est mais ce qui est. Et puisqu’il est une totalité entièrement déterminée, Dieu (ou la Nature ) se donne comme un Tout intégralement intelligible. D’où il suit qu’une compréhension du Tout en tant que Tout est possible. Nul besoin que des prophètes ignorants viennent nous communiquer des information qui manqueraient à l’être, nous disposons de toutes les informations nécessaires à sa compréhension complète. À tel point que cette compréhension peut faire notre béatitude, et c’est très précisément cette béatitude qui constitue le mode métaphysique fraternitaire de la jouissance dérégulée : Spinoza la nomme « Amour intellectuel de Dieu » en tant qu’elle naît d’une connaissance intuitive, plus ou moins extasiée, de l’être. Apparaît donc une conception du monde où est déjà présent tout ce que le New-Age nous propose aujourd’hui : un Grand Tout à fonctionnement holistique dont chaque partie est appelée à jouir en en prenant conscience.
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En réduisant l’être du monde à ce qui est et en faisant de celui-ci une divinité naturelle, Spinoza rapporte notre possibilité de jouissance au seul lien que nous pouvons entretenir avec la Nature – à une manière d’identification de la pensée à la totalité de ce qui est. A l’opposé le prophétisme hébreu annonçait – et nous ne pouvions le savoir sans cette révélation – une relation amoureuse (de cœur) entre ce qui est et Ce Qui Est, et plus précisément entre qui est et Qui Est, entre la créature et son Créateur. Une relation mystique donc, c’est-à-dire dans laquelle l’initiative ne nous appartient pas (elle appartient à Qui Est).
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Voici qui nous fait saisir la différence de constitution métaphysique des deux dispositifs civilisateurs opposés : nous comprenons ici que le monde des fils n’est en rien construit sur l’être en tant que tel, mais sur l’être en tant que relation, et d’abord relation entre qui est et Qui Est – où l’on voit que la foi n’est pas une croyance comme le pensent les frères (un croire en quelque chose), mais une confiance (un croire en quelqu’un). Le monde des fils est essentiellement interpersonnel. Pour sa part, le monde des frères (mais sans père) s’en tient à l’être du monde, il s’en tient au quelque chose, à l’impersonnel, et se déploie dans un ontologisme tous azimuts – techno-expérimentation totale, utilitarisme juridique, pragmatique linguistique, sociologisme et psychologisme – et à la fin droits de l’homme pour les Etats mous et bruits de bottes pour les durs. Cette agitation, dont les réussites sont pour le moins mitigées, masque ce dont il s’agit de fait : l’apparente construction du monde des frères (mais sans père) n’est en réalité qu’une pure et simple déconstruction du monde des fils, et en particulier de ce qui fonde la structure de la relation dans ce monde, à savoir le dispositif paternel sous toutes ses formes, tant aux niveaux des premiers principes qu’à celui de ses applications dans la cité. Observons qu’il reste encore aux frères à déconstruire le dernier des dispositifs paternels resté debout : la papauté. L’affaire est en cours. Comme il s’agit de l’extrême effort pour devenir intégralement et radicalement frères, nous approchons de toute évidence du Grand Dénouement.
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Pour en revenir à Spinoza, remarquons que sa position lui a valu quelque chose qu’il a véritablement désiré, qui faisait pour lui reconnaissance : elle lui a gagné le hérém, c’est-à-dire l’excommunication majeure, fait extrêmement rare – deux excommunications majeures seulement à Amsterdam au XVIIe siècle. Le voilà donc excommunié de la synagogue à 24 ans, fier de l’être, premier grand rebelle de l’âge moderne : « Par décret des Anges, par les mots des Saints, nous bannissons, écartons, maudissons et déclarons anathème Baruch d’Espinoza avec toutes les malédictions écrites dans la Loi. Maudit soit-il le jour, et maudit soit-il la nuit, maudit soit-il à son lever et maudit soit-il à son coucher… »
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Dans le monothéisme, hébreu comme chrétien, l’excommunication laisse toujours la porte ouverte. Elle est réversible. C’était aussi le cas pour le hérém de Spinoza. Par contre il y a de l’absolument inacceptable, d’où cette redoutable solennité : elle signifie que la modification délibérée des premiers principes est un très grand mal. On sait que la tradition a toujours considéré qu’une erreur même légère à ce niveau pouvait engendrer de très graves conséquences. Or avec Spinoza, il ne s’agit pas d’une légère erreur, mais d’un renversement pur et simple. Ce renversement est l’indice majeur de la dérégulation de la jouissance. Quoi qu’on puisse en penser, personne ne pourra nier qu’à la longue ne se manifeste dans la rue les effets des positions y adoptées. Rapidement le spinozisme a disséminé dans les différents milieux européens au rythme même du développement du monde des frères (mais sans père). L’intelligentsia allemande en particulier s’en est trouvée imprégnée. Mais pas seulement l’intelligentsia et les marxistes. Le nazisme aussi s’en est trouvé inspiré. Et d’abord Hitler lui-même.
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En effet et tout bien considéré, il se trouve que le Dieu de Hitler est le même que celui de Spinoza, c’est le Grand Tout de la Nature – à ceci près que Hitler assigne un attribut supplémentaire au deux que Spinoza lui avait déjà alloués. Outre la pensée et l’étendue donc, la Nature possède pour Hitler cet autre attribut : la pureté. C’est sous cette face qu’elle lui est entièrement intelligible – c’est pour cette raison qu’on ne peut pas dire que la pureté est une simple propria, comme par exemple l’éternité, mais bien un attribut au sens de Spinoza : la pureté est pour Hitler le réel même de la Nature.
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De façon inattendue, Mein Kampf met ainsi en lumière la logique d’exclusion à l’œuvre dans l’Éthique : à savoir que si quelqu'un ne se soumet pas à cette espèce de gros animal qu'est le monde incréé de Spinoza, Nature naturante produisant toutes ses parties et les léchant avec indifférence, c'est qu'il refuse d'être de ce monde. Autrement dit, il se met hors-jeu, devient une impureté naturelle, s’excommunie à son tour par rétro-anathème.
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Mein kampf : le juif est une impureté dans l’unite de l’être
Remarquons la sorte singulière d’exercice que constitue la lecture de Mein Kampf: sentiments de répulsion d’abord, d’écoeurement, d’accablement aussi, et ainsi de suite – mais comme disait le Maréchal Lyautey : « Tout français doit lire ce livre ». Il convient donc de franchir le mur de l’aversion, d’affronter cette effroyable passion et de la regarder sans ciller au fond des yeux et pas seulement pour un devoir de mémoire, aussi incertain qu’impuissant : il s’agit avant tout d’y reconnaître son propre potentiel de méchanceté.
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Quel est le statut de quelqu’un comme Hitler dans le monde des frères (mais sans père) ? Hitler est un Grand Frère, soit celui qui met en œuvre une transgression capitale, une dérégulation majeure de jouissance, qui prend sur soi une identification totale au Mal et la propose à travers sa personne, sa stature propre, à l’identification commune. Dans le monde des frères (mais sans père), tout frère, tout frère sans exception, est invité, au-delà de son plaisir, c’est-à-dire au-delà de son bien-être (au-delà de l’égoïsme tout-venant et de la cruauté commune), à s’identifier à l’extrême de la jouissance fraternitaire – à la jouissance intégralement dérégulée – là où se tient ce que nous appellerons avec Abraham Heschel « l’instinct mauvais ». C’est sur la dénégation d’une fomentation à la fois individuelle et massive de l’instinct mauvais, décuplée par une dérégulation ingouvernable, que les frères ont construit leur humanisme et en particulier leur notion d’antisémitisme séparable – comme si la malignité, et même l’inhumanité, étaient isolables et détachables du Tout fraternitaire qui ne cesse pourtant de les surproduire. Qu’ils n’aient pas vu naître Hitler de leur propre sein signifie simplement qu’ils nourrissent sans le savoir le Grand Frère qui vient. Et qui est déjà là.
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Ne confondons pas chez Hitler racisme et antisémitisme. Même si le tronc est commun, les racines sont différentes. L’antisémitisme d’Hitler n’a rien d’un antisémitisme séparable au sens des frères : il s’inscrit avant tout dans la tradition allemande de détestation du monothéisme hébreu. La thèse du mensonge juif, du mensonge à propos d’une quelconque réalité religieuse du judaïsme – voilà sous quelle forme existe cette détestation dans Mein Kampf. Tout le drame du judaïsme, son déchirement poignant, de toujours, entre l’universalisme prophétique et la volonté nationaliste, est rabattu sur ce « mensonge » supposé. L’inspiration est ici celle de l’Aufklärung et de ses successeurs de tous bords. A la faveur de la récusation du prophétisme systématisée par Spinoza et particulièrement développée dans la pensée allemande, s’est mise en place une série de qualifications de plus en plus hostile au monothéisme hébreu : illusion, fantasmagorie, fausseté, opium du peuple, et ainsi de suite. Le Traité théologico-politique a commencé à parler d’une imagination proposée à des gens frustes – et à la fin c’est devenu un mensonge. Dans Mein Kampf, Hitler revendique cette ligne de pensée, s’appuie sur l’autorité de Schopenhauer qu’il cite par deux fois, Schopenhauer suivant lequel « le Juif est le grand maître en fait de mensonge ». Un « mensonge » donc qui consiste à prétendre que les juifs sont une confession et non pas un peuple : « La vie (des juifs) au sein d'autres peuples, écrit Hitler, ne peut durer que lorsqu'il parvient à faire croire qu'il ne doit pas être considéré comme un peuple, mais comme une communauté religieuse. Cela est leur premier grand mensonge ». Ainsi, dans l’esprit même de la tradition allemande la plus réputée, Hitler nie qu’il puisse exister une « religion juive », il nie toute dimension transcendante au monothéisme hébreu.
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Il a une autre approche pour exprimer cela, une approche qu’on peut dire philosophique, il dit : « Par nature, le juif ne peut posséder une organisation religieuse, puisqu’il ne connaît aucune forme d’idéalisme et que, par suite, la foi en l’au-delà lui est complètement étrangère ». L'« idéalisme » au sens de Hitler, est la pointe de son spinozisme – de ce spinozisme décompensé qui va se déchaîner contre sa propre origine. Il le définit comme la capacité que possède l'individu de se sacrifier pour la communauté en tant qu'elle s'inscrit dans l'ordre de la Nature. « En dernière analyse, précise-t-il, l'idéalisme répond aux fins voulues par la Nature ». C’est au nom de cet « idéalisme », inconnu du judaïsme et pour cause, que Hitler rejette celui-ci. C’est là qu’il trouve son illumination, « l’ultime science, à savoir la connaissance des causes profondes et naturelles », autrement dit son gnosticisme – ou encore son amor intellectu Dei. Et ainsi, définition de l’intuition intellectuelle selon Hitler : « l'idéalisme le plus pur coïncide sans en avoir conscience avec la connaissance intégrale ».
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mein kampf : le juif contamine la jouissance de l’un
La troisième approche de l'antisémitisme enfin est celle qui permettra de faire le joint avec le thème raciste, le thème de la pureté de la race. Elle consiste à dire : le Juif est un corps étranger dans l'unité de l'être. C'est finalement la thèse centrale de l'antisémitisme moderne, dont on connaît la version populaire : le Juif ne peut être de chez nous, c’est un parasite et un squatter. Thèse qui touche un point tout à fait décisif puisque ce qu'annonce le monothéisme hébreu, c'est justement que l'être n'est pas un, mais deux et même à vrai dire et par structure trois : il y a un : ce qui est, deux : Ce Qui Est et trois : la relation qui les lie. Le drame du monothéisme hébreu mais aussi chrétien, c'est de vivre dans un monde qui ne veut pas savoir ce trois de l'être et qui s'obstine, fraternitairement, à fermer le couvercle de la marmite du ce qui est visible et donc à vouloir construire l'être du monde comme un – d’où la tentation permanente du panthéisme et de l’identification de Dieu avec cet un de la nature. En ce sens, vis-à-vis de cet un, le monothéisme est bien un intrus radical.
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Le racisme est différent de l’antisémitisme en ce qu’il ne concerne pas la structure de l’être, mais la jouissance de l’être. Notons comment Hitler parle en termes véritablement religieux de sa « conversion » à la haine raciste, alors qu'il ne connaissait ces sentiments, comme il le souligne, ni par culture ni par éducation. C'est en quelque sorte son moment de réforme de l'entendement, datant de ses jeunes années passées à Vienne en 1910-1911. A partir de cette « conversion » peuvent se déployer, pour s'articuler à sa philosophie de la nature, les thèses à proprement parler racistes et leur logique de purification ethnique. A partir de là également tout ce qui s'oppose à la « pureté de la Nature » devient pour lui « doctrine juive » – par exemple le marxisme « qui rejette le principe aristocratique observé par la Nature , et met à la place du privilège éternel de la force et de l'énergie, la prédominance du nombre et son poids mort ». C’est le marxisme qui incarne pour Hitler le « mensonge juif » à ce moment historique où se rencontrent ces deux pures expressions de l’instinct mauvais, entr’échangeant leur malignité, haine de classe contre haine de race, le nazisme naissant dans son chef et le jeune marxisme allemand, à peine plus âgé. Pour Hitler, « le Juif » souille – « infeste » dit-il, ou encore « infecte », son lexique est véritablement révulsé – la Nature , c'est-à-dire Dieu lui-même. De là il tire sa certitude : « la Nature éternelle se venge impitoyablement lorsqu'on transgresse ses commandements » ; et son devoir : il faut « rendre au créateur tout puissant des êtres tels que lui-même les a créés ». Et renvoyer les autres au néant eugénique. Le Dieu de Hitler, la Nature – qu’il nomme à l’occasion fort rhétoriquement « Seigneur », « Tout Puissant », ou même parfois « Créateur » – ce Dieu ne crée pas, il produit. Tantôt mâle quand on évoque sa puissance, mais à tout prendre plutôt femelle, éternelle parturiente.
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Le dégoût ici est l’affect central : il indique la naissance d’une face de putréfaction dans la jouissance espérée, soit l’effet retour d’une réalité refusée. Avec le monothéisme, l’être du monde se révèle mortel : telle est la réalité dans le monde des fils, provisoire et déchéante. La Loi mosaïque était justement donnée pour ne pas trop se perdre dans ses voies de mort. Pratiquement construite autour du dispositif paternel, elle séparait principe de plaisir et principe de réalité : le projet fraternitaire, relativement récent dans sa phase explosive, de dérégulation de la jouissance, a consisté à faire sauter cette barrière de la Loi et à livrer la réalité au principe de plaisir. Mais alors s’est levé massivement à l’horizon de ce mode inédit de jouissance ce qui était à prévoir : l’inhumain. Quelque chose comme un réel de charogne qui s’est levé au-delà du lien fraternel.
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L’inhumain, c’est la voie dans laquelle s’engage Hitler quand en 1910 il s’abandonne (se convertit) à la pente du dégoût, pente d’une déjouissance liée au rejet de la Loi , portée au point excédent, visionnaire, où l’on peut distinguer le grouillement néantisant de la mort contaminer toute jouissance – soit la ruine de tout être. C'est ce mode halluciné de dégoût qui donne sa coloration particulière à l'antisémitisme nazi – mais aussi, et nous entrevoyons ici la structure du tabou fraternitaire, à tous les grands rejets surmoralisés du monde des frères (mais sans père) qui visent à protéger la dérégulation de sa jouissance.
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L’esprit du grand frere
Le hérém de la synagogue d’Amsterdam se terminait ainsi : « Nous formulons l'excommunication, l'expulsion, l'anathème, et la malédiction contre Baruch d'Espinoza... que Dieu ne lui pardonne jamais ! » On se dit alors : et si tout le spinozisme, depuis le hérém prononcé contre son malheureux fondateur jusqu'au spinozisme furieux de Hitler, n'était vis-à-vis du monothéisme hébreu que l'expression, toujours reprise, quoique toujours défaite, d'une contre-excommunication ? Il est curieux de constater que l’un des plus spinoziens des philosophes allemands, Fichte, accusé d'athéisme, ait eu à revivre d'une certaine façon cette expérience du hérém et ne s'en soit d'ailleurs jamais tout à fait remis. Avec lui, le rejet du monothéisme en tant que métaphysique de la création est véritablement théorisé en Allemagne. Tout se passe comme si le hérém prononcé contre Spinoza restait vivant à travers les générations pour se renverser dans celles-ci en contre-hérém, comme si, de pinacle en pinacle, l'exécration contre le monothéisme hébreu, contre le prophétisme hébreu, prenait une sorte d'ampleur vocale, méchamment chorale, depuis le silence de Lessing, la réserve prudente de Goethe, l’idéalisme gaffeur de Fichte, l'âpre malveillance de Schopenhauer, l’ennuyeuse déconstruction de Feuerbach, les malédictions de Nietzsche, le contre-anathème internationalisé de Marx et Engels – et tout à coup l'explosion de haine pure, les vociférations hitlériennes, toujours soutenues, soulignons-le, par quelques sourdines universitaires discrètes, dont Martin Heidegger, qui a pu tout de même en son temps qualifier Hitler de « génie de la race ». Où l’on voit métaphysique et histoire en venir à former un nœud fraternitairement embarrassant, nœud repéré par Léo Strauss comme constituant le problème du nihilisme. Mais où l’on voit surtout une certaine pensée de l’être, de l’être pensé comme tout, pensé comme un, ne rien peser devant la mise en œuvre d’un terrifiant surrégime de la jouissance dudit un.
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Tout ceci ne signifie pas bien sûr que le monde des frères (mais sans père) est un monde nazi, mais que le nazisme fait partie d’une de ses faces nécessaires, celle où se pose la question de la liquidation du monothéisme, de sa persécution ou de son assimilation – mais comment assimiler celui qui dit : l’être du monde ne se suffit pas à lui-même ?
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À la fin cette histoire ressemble furieusement à une vengeance – la vengeance qui est la pente naturelle de l'utilitarisme médiatique des frères, et qui d'ailleurs figure en bonne place du programme républicain d'un brillant représentant du spinozisme français, Sade : supprimons la peine de mort, disait le terrible marquis, ce qui lui a valu une amusante réputation de démocrate, amusante lorsqu’on sait qu’il ajoutait : et accordons-nous à la place le droit à la vengeance. La vengeance privée bien sûr. Ce qui est un appel à régresser à un niveau d’archaïsme bien antérieur au un pour un du Talion. Sade, qui cherche à maximiser ici non pas directement la jouissance fraternitaire, mais sa dérégulation, Sade demande la dérégulation de la justice elle-même : la vengeance privée, cela veut dire la surenchère du multiple, la loi du mille contre un, simplement parce que la place du garant ultime de la justice est dérégulée – de sorte que quiconque peut dire désormais en lieu et place de la Tora :
« A moi la vengeance et la rétribution, pour le temps où leur pied trébuchera. Car il est proche le jour de leur ruine ; leur destin se précipite !»
Les frères ont renversé l'anathème divin du Deutéronome, ils en ont fait leur propre accusation, l'ont projetée sur le peuple élu – le passage à l'acte, le moment hitlérien, qu'ils rejettent loin d'eux avec horreur, bien qu'ils l'aient préparé, et le préparent encore, sans trop bien savoir ce qu'ils font – moment d'anti-jouissance, comme on dit antimatière – ce passage à l'acte nous a révélé que les frères savent leur promesse de jouissance fraternitaire ruinée par le monothéisme : aucune illumination sur la totalité de l'être du monde n'est venue ni ne vient éclairer leur recherche, aucune connaissance du troisième genre ou pour employer les termes de Hitler, aucun idéalisme.
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A la place du garant ultime du juste est donc apparu un grand trou, porte ouverte à une inhumanité horrifiante et illimitée – c’est par là qu’a surgi l’instinct mauvais émancipé, soit l’esprit de vengeance, ou encore l’esprit du Grand Frère. « L'effort pour rendre le mal qui nous a été fait s'appelle Vengeance », dit Spinoza. Très bien. Quel mal le monothéisme fait-il à la position panthéiste ? Il lui barre l'accès à un certain niveau de l'être : tu ne peux, lui dit-il, prétendre posséder le Tout de l'être – une part de l'être est réservée. Pour toi l'être est un pas-tout, un non-un. Cette impossibilité signifiée par le monothéisme, nous pouvons la désigner comme l’énoncé métaphysique du dispositif paternel – soit une des formes de l’énoncé du premier principe.
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Les frères, de leur côté, se retrouvent avec l'instinct mauvais dérégulé sur les bras, étudiant en vain un tas de solutions techniques – psychologiques ou chimiques, juridiques ou policières, au bout du compte militaires. Mais comment pourrait-il y avoir une solution technique à l'esprit du Grand Frère puisqu’il n'y a même plus de solution morale – le bien lui-même n'est plus une solution. Le monothéisme le savait depuis le début : « La réponse biblique au mal n'est pas le bien, mais le saint » dit Abraham Heschel. Et là le monothéisme se sépare de la solution de Léo Strauss (le retour à la vertu), à sa solution pour parer au nihilisme, car la vertu est inconsistante sans un noyau de sainteté sur lequel se fonder.
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La sainteté ? pourtant dans un monde presque intégralement fraternisé, la sainteté peine à se déployer. La réponse du monothéisme se déplace alors sur le terrain abhorré de tous les spinozismes, le terrain du prophétisme. Abraham Heschel : « Au problème du péché (des transgressions de la loi) correspondent les lois : l'obéissance à la loi empêche les mauvaises actions. Le problème du mauvais instinct lui, n'est pas résolu par l'observance. La réponse prophétique est eschatologique. »
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Eschatologique au sens où Qui Est, béni soit-il, a déclaré par la bouche d’Ezéchiel :
« Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai. Et je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. »
Ce qui veut dire que lorsque domine l'esprit du Grand Frère, et contre toute attente, l’initiative appartient à Qui Est en qui se tient le noyau indémontrable de toute sainteté.
Jean-Louis Bolte,
novembre 2002
(Une première version de ce texte est parue dans la revue Contrelittéttérature, n° 11, hiver 2003)
09:56 Publié dans le blog de Jonas Jorda, mystique et politique, politique, psychanalyse, sept vifs contournements des remparts de Jéricho, vrai livre, interdit de spectacle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, christianisme, littérature, contrelittérature, judaïsme, mystique, philosophie





