09.05.2008

Spinoza et le prophétisme

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spinoza
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Le complot des frères contre le prophétisme et la connaissance prophétique s'est noué très tôt dans la modernité – il a été formulé clairement par Spinoza dans son Traité Théologico-Politique. L'enjeu semble porter sur la question de la connaissance -- mais comme toujours le fond du problème est celui d'une jouissance « terrestre » accomplie.

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Il suffit de dire que le prophétisme est « imagination » pour fermer la bouche de l'Autre. Une fois épuisés tous les commentaires et gloses sur le concept d'imagination il nous reste ce résultat : Spinoza a fermé la bouche de l'Autre. À partir de là, l'histoire de l'Autre n'a plus qu'à consigner que l'Autre – l'Autre transcendant – n'existe pas. C'est ce que fera avec rigueur la psychanalyse en remarquant que l'Autre se réduit à la fin au principe de localisation de notre jouissance, et donc s'évanouit avec l'objet de celle-ci ; et quant à la place désormais vide du Tiers transcendant, il ne reste plus qu'à y coller des Comités d'Éthique...

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Quelle jouissance Spinoza préserve-t-il par cette opération ? Celle du savoir de la totalité. Ce que Spinoza appelle « Amour intellectuel de Dieu », et qui est intuition intellectuelle, saisie englobante et intuitive de la totalité de l'être, est l'affirmation non pas d'un amour quelconque, mais du primat de la connaissance sur l'amour – du primat d'une jouissance par la connaissance sur tout autre béatitude. En fermant la bouche de l'Autre, Spinoza certes s'ouvre à l'amour du savoir, mais il ferme le chemin de l'Amour stricto sensu. Le seul amour qui lui reste, il doit alors le qualifier d'intellectuel.

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Voilà qui révèle que dans l'Autre même, il existe une division. Il y a certes l'Autre de l'Amour, mais nous nous laissons volontiers fourvoyer, nous autres humains, par l'Autre de la jouissance. Ce qui veut dire que ne pouvons confondre l'Autre avec Dieu. L'Autre est un lieu, et non pas exactement un lieu vide mais un lieu meublé, sommairement certes mais meublé – en tout et pour tout meublé de deux chaises. Il y a là, si l’on peut dire, un régime naturel de l'existence de l'Autre.

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Deux chaises donc. Une chaise est réservée à l'Autre de l'amour, la seconde est réservée à l'Autre de la jouissance. Le régime naturel que nous connaissons actuellement, celui du « péché originel », consiste pour chaque être humain à désirer que l'Autre de l'amour vienne s'asseoir sur la chaise qui lui est réservée et à voir, non sans plaisir, s'asseoir sur sa chaise l'Autre de la jouissance. Comme dit saint Paul : nous voulons le bien et malgré tout c'est le mal que nos membres aiment. C'est le mal, horreur, qu'aime notre être naturel. En ce sens, la nature humaine est blessée dans sa perfection.

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L'existence même du prophétisme affirme ceci : il y a un Autre au-delà de l'être – ou bien, ce qui est équivalent : il y a un Amour au-delà de l'être. C'est cette affirmation qui est étouffée par Spinoza, lequel procède à l'écrasement de l'Autre – et de sa raison d'Amour – dans l'immense pressoir de l'être se refermant sur lui-même, refermant sur lui-même ses mâchoires panthéistes et réembobinant en lui ses attributs infinis. Le mal, exclu de ce lieu de l’Ethique par les bons soins du philosophe, se révèle alors être à l'usage (Oh, horreur !), les mâchoires mêmes du monstre.

 

                                             JLB

17.04.2008

l'Autre existe-t-il ?

Lacan est mort en 1982. À mon sens, il nous a laissé une question qui est la question du siècle : l'Autre existe-t-il ?

Toute sa vie, il a dit que non, que l'Autre n'existe pas, mais chaque fois il a remis la question sur le tapis. En 1998, son beau-fils et héritier intellectuel, Jacques-Alain Miller, a cru bon de la reprendre, et a fait un séminaire avec Alain Laurent intitulé : l'Autre qui n'existe pas et ses Comités d' Éthique.

Il est regrettable de constater que les milieux intellectuels catholiques aient pris en général le parti de rejeter la psychanalyse, faute probablement de l'avoir fréquentée, d'avoir vécu la formidable aventure lacanienne et surtout faute de l'avoir étudiée avec un peu d'attention. Observons au passage cette indication de notre pape actuel qui, dans son texte sur l'amour, évoquant « les maîtres du soupçon » ne cite que Marx et Nietzsche. Peut-on croire qu'un intellectuel de son calibre, citant des philosophes de son pays, ait pu oublier Freud ?

 

Il est tout de même resté un certain nombre d'intellectuels catholiques qui ont entendu résonner cette question tout au long des années 80 et 90 et l'ont laissé mûrir en eux. Lacan savait très bien, en "bon" catholique et frère de théologien qu'il était, que c'était une question posée à un niveau mystique, ce qui évidemment oblige celui qui l'entend à y mettre du sien.

 

Y mettre du sien veut dire garder une certaine clandestinité intellectuelle pour faire taire en soi l'orgueil qui est la tentation de tout intellectuel. Donc, loin d'opérer comme l'a fait Descartes, c'est-à-dire de s'isoler dans un poële pour y réfléchir à l'aise, il a fallu se convertir, passer des années à prier en considérant la lecture et la réflexion comme secondaire. En se contentant de la prière la plus simple et la plus humble : le rosaire. En fréquentant les sacrements, la confession, l'eucharistie, et en apprenant à aimer la croix. Et ainsi de suite…

 

Bref, il faut accepter de perdre notre intelligence d'intellectuels pour qu'elle nous soit rendue, si Dieu le veut, avec usure.

 

Ce n'est pas le chemin que Lacan a suivi. Voir ce qui vient.

 

Au début de cette année, nous avons ouvert avec Jean-Louis Bolte ce blog sur Hautefort parce que nous pensons que la question « l'Autre existe-t-il ? » est désormais à l'ordre du jour. C'est une question hautement écologique, qui vient d'une science (la psychanalyse) qui s'occupe de l'écologie de l'âme. Science qui n'a pas toutes les réponses bien sûr.

 

Techniquement, nous nous sommes rendus compte qu'il y avait une obligation stratégique à revenir sur les interrogations du XIIIe et XIVe siècle, et sur les positions respectives des dominicains (essentiellement saint Thomas) et des franciscains (saint Bonaventure et Duns Scot). En réalité, le thomisme empêche de poser correctement la question « l'Autre existe-t-il ? » À cause de sa conception de l'être qui n'est autre que l'être d'Aristote. Il fallait donc trouver un autre angle d'attaque. Heureusement, comme toujours dans une vie de prière, le livre qu'il faut vous vient dans les mains.

 

Bolte m'a dit : « Duns Scot nous cherche ». Il nous cherchait et il nous a trouvé. C'est toujours comme ça dans la Communion des Saints.

 

Pourquoi Duns Scot nous chercherait-il ? Pour nous rappeler cette thèse que nous avançons depuis déjà quelques semaines : et si ce qui est grâce aujourd'hui (autrement dit : si ce qui est aujourd'hui est considéré comme surnaturel) devenait nature demain ?

 En réalité, c'est dans l'examen de ce problème que se trouve, c'est évident si on y réfléchit un peu, la réponse à notre question l'Autre existe-t-il ? Ou encore, nous tenons ici le fil rouge d'une nouvelle preuve de l'existence de Dieu. Nous avons réservé la primeur de cette réflexion au prochain numéro de Contrelittérature qui paraîtra fin mai.

En réalité, l'Autre existe, mais seulement comme chaise vide sur laquelle peuvent s'asseoir qui celui-ci qui Celui-Là, c'est ce qu'on appelle en psychanalyse le discours du grand Autre, sauf évidemment que la psychanalyse n'a jamais entendu parler sur la chaise en question que l'Autre de la jouissance.

Par contre, il est parfaitement correct de dire que Dieu existe, c'est-à-dire que l'Autre de l'Amour existe parce que, lorsque nous le laissons s'asseoir sur cette chaise, il parle à travers la prophétie.

Ce qui fait obstacle à ce que tout le monde l'entende, c'est évidemment cette blessure de l'intellect qu'on appelle le péché originel dans la religion des chrétiens. À supposer que cette blessure dont nous n'avons eu connaissance que par quelques rares prophètes soit guérie dans les temps à venir : tout le monde alors, qui librement laisse asseoir sur la chaise vide en question, l'Autre de l'Amour, peut entendre cette voix.

Les intellectuels qui ont la tête dure, vont objecter : et Spinoza ? Eh bien, nous répondons que Spinoza a confondu l'Autre et l'être, c'est ce qui a rendu sa descendance jusqu'à Hitler, et pas seulement elle, complètement folle (lire Mein Kampf). Ou encore : et Aristote ? Nous répondons : chez Aristote, la chaise vide c'est l'âme elle-même.

Je laisse à mes amis psychanalystes (enfin, ceux qui veulent bien rester mes amis) le soin de conclure ce qu'il en est de Descartes et Lacan. Qui est quand même celui qui nous a annoncé, à nous les intellectuels, la venue de l'Autre jouissance. Il est bien entendu que l'Autre jouissance lui en est reconnaissante.

Jean-Louis Bolte traite donc de la plus grave question écologique de notre temps : la question de la blessure faite à l'Autre. Blessure dont il soutient que loin d'être spirituelle elle  est d'ordre naturel.

Cette blessure fonde toute autre blessure naturelle. La perspective d'une guérison du grand Autre en nous fait surgir du même coup une hypothèse sensationnelle : et si ce qui semble être grâce aujourd'hui, devenait nature demain 

                  Jonas Jorda

 

28.01.2008

trois définitions

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Rothko

Point de vue mystique

Ce que j’appelle point de vue mystique, « mystique » au sens judéo-chrétien, consiste à prêter un Autre à l’être – un Autre que nous appelons créateur –, et restant indifférent au dit être, à exiger de cet Autre sa réalité. Réalité de personne s’entend. Car l’Autre ne peut être qu’une personne réelle.

 

« Parle-moi », dit le mystique à l’Autre, choisissant ainsi la patience – puisqu’il s’expose alors à l’épreuve du silence. Quant à l’être, peu lui importe, il est parfaitement second.

 

Le point de vue mystique nous ouvre au plus haut niveau de connaissance de la réalité. C’est le point de vue même de l’Autre, l’Autre transcendant, en tant que cet Autre se tient à la plus fine pointe du réel. C’est à partir d’un tel point de vue que le réel se révèle à nous en tant que véritablement être. Je veux dire que son être vient à nous sur fond d’agapisme généralisé.

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Foi

La foi est une position de la raison dans l’Autre – et non dans l’être.

 

Positionner la raison dans l’être c’est la placer vis-à-vis d’un objet. Autrement dit : c’est se positionner vis-à-vis d’un objet.

 

Positionner la raison dans l’Autre, c’est lui donner raison – c’est s’en remettre à sa raison. On fait confiance à l’Autre : si un objet est en jeu, c’est la raison de l’Autre qui est placée devant cet objet. Il y a délégation confiante.

§§§

 

  Orientation dans l’être

Le point de vue mystique est le point de vue de l’Autre lui-même, très précisément de l’Autre à travers nous.

Il vient couronner deux niveaux de connaissance qui lui sont subordonnés :

 

o       le point de vue théologique, qui n’est plus que notre propre point de vue sur l’Autre – l'Autre y devient objet de connaissance, mais bien entendu selon les informations qu’Il veut bien nous en donner : au premier chef l’information prophétique communiquée dans la Révélation , puis celle qu’Il continue de nous transmettre via le prophétisme contemporain ;

 

o       le point de vue métaphysique, qui est notre point de vue sur l’être naturel jusqu’à la limite de ce que l’analyse rationnelle de cet être naturel peut nous dévoiler sur l’Autre.

 

Il y a certes quelque objection recevable à qualifier l’ensemble de ces connaissances de « connaissance mystique ». Mais d’un autre côté, c’est bien tout le groupe de ces disciplines qui est tendu vers une finalité mystique, c’est-à-dire vers la connaissance personnelle de l’Autre. Et c’est bien cela qui à nos yeux importe.

 

Alors voici : notre orientation dans l’être s’affine à mesure que nous nous élevons sur cette échelle. Tant que nous restons au niveau métaphysique ou même simplement pratique, notre orientation dans l’être dépend d’un juste maniement de la négation – point à préciser à l’occasion.

 

A partir du niveau théologique, notre orientation dans l’être s’infléchit, jusqu’à ce que l’Autre en personne, selon son bon vouloir, vienne prendre la relève de la négation (la relève de la loi) et n’apporte sa propre orientation du réel, c’est-à-dire n’apporte son Amour.

 

 

                                                       JLB

25.01.2008

Prière et politique (II)

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La mère des routes

 

Le signe de Gédéon

 

 

Pour ceux qui ont lu avec attention la lettre de Jean-Louis Bolte, ils auront remarqué dans le dernier paragraphe l’appel au « signe de Gédéon ». Qu’est-ce que le signe de Gédéon ? C’est quelque chose de très classique dans la Bible. Mais c’est d’abord un texte du Livre des Juges (VI  à VIII).

 

Avant le combat, comme avant toute action importante, on peut voir le serviteur de Dieu lui demander un signe comme confirmation.

! ! !

Ce qui ne veut pas dire que Dieu ne choisisse à l’occasion, à vrai dire le plus souvent, de nous laisser dans la foi pure, histoire d’augmenter celle-ci. Dans ce cas, c’est le résultat de l’action qui va confirmer la certitude intérieure de sa réussite que nous avons acquise dans la prière.

 

§ § §

 

La prière et son exaucement

 

Nous avons donc deux modèles :

 

1°) le modèle acte/action, c’est-à-dire prière/action ;

 

2°) le modèle, plus rare tout de même, du moins rare dans son évidence, en réalité le plus souvent inaperçu – inaperçu parce que nous manquons de foi –, est le modèle : acte/signe/action.

 

Décortiquons rapidement ce dernier :

 

a)      l’acte :

 

+l’acte peut-être obtenu par la prière, il devient alors une sorte de motion intérieure qui se présente à nous de façon plus ou moins insistante, une invitation à l’action. Rien de violent, juste une douce insistance. 

 

+l’acte peut se présenter aussi comme information prophétique. Il est toujours invitation à l’action mais n’est plus motion intérieure (privée), il est motion extérieure, éventuellement publique.

 

+ en fin de compte, et si nous le plaçons dans une perspective métaphysique, nous comprenons que ce qui est appelé ici acte n’est autre qu’une variété de ce que Claude Tresmontant appelle « l’information créatrice ».

 

b)      le signe :

 

+ pour Gédéon, le signe s’est présenté comme confirmation, mais tout le     monde a compris ici que cette question est immense. Des signes il y en a de plusieurs sortes : signes naturels ou signes surnaturels, symboles ou paroles, songes ou visions, sacramentaux et sacrements enfin. N’insistons pas pour le moment.

 

+ dans le cas de Gédéon, le signe est un miracle : comme il avait promis, Dieu consume entièrement les offrandes que Gédéon lui présente.

 

c)      l’action enfin dépend de nous.

 

Nous la faisons avec Dieu, nous pouvons toujours compter sur son aide, mais à condition d’y engager notre propre décision. Et cela ce n’est pas forcément le plus facile.

 

§ § §

 

Le signe demandé par Bolte 

Si nous en revenons à la demande de signe que Jean-Louis Bolte a faite dans sa lettre, nous trouvons à peu près ceci : « si le bon Dieu est d’accord avec cette  idée lancée par quelques-uns de l’abolition des partis politiques, qu’Il nous fasse un signe pour nous encourager. Par exemple, qu’Il fasse dégringoler un parti politique significatif. »

!!!

Des partis significatifs, on en a vu dégringoler quelques-uns !

Offrons-nous le plaisir d’une revue d’effectifs. Le parti communiste d’abord a pris vraiment un sale coup, le coup de grâce peut-être. Mais enfin, c’est bien naturel. Il périclitait depuis quelques années et ne pouvait guère trouver de solutions nouvelles, pas avec les nouvelles classes sociales qui arrivent, qui ne connaissent ni les traditions et la culture prolétariennes, ni l’histoire du mouvement révolutionnaire du XXe siècle. Exit le PC …

 

!!!

Le FN, pour sa part, a vu littéralement fuir sa substance, puisque ce qui a valu à Sarkozy le succès que l’on connaît, est son formidable travail idéologique fondé sur un « parler vrai » -- « travail idéologique »,c’est-à-dire travail de préparation des esprits », qui a consisté à reconnaître de façon ouverte et claironnée certains problèmes réels du pays. Certains problèmes que s’acharnaient par ailleurs à masquer les partisans – partisans nombreux, et pas seulement à gauche -- d’alliances politiques fondées sur la veulerie et la paresse des classes les plus précaires d’une part, et d’autre part sur les privilèges historiques des fonctionnaires et sur la sottise d’une grosse partie de la classe moyenne. Le Pen est probablement cuit, mais le FN ne semble pas encore tout à fait au tapis.

 

!!!

Particulièrement amusant dans tout cela, a été le spectacle du PS allant de déconfiture en déconfiture – beauté du mot « déconfiture ». Lui qui croyait tenir en main l’avenir de la bêtise en France, se trouve mat en deux coups : Le Pen déboulonne Jospin (merci Le Pen !), Sarkozy déboulonne Royal (merci, merci Sarkozy !) – la bêtise commence à dégringoler. Attention, j’ai dit commence, je n’ai pas dit que la bêtise s’est effondrée. La bêtise s’est brusquement retrouvée en haillons, à bêtifier sur sa misère.

 

!!!

Sarkozy n’a pas aboli la sottise, il l’a réduite, comme on réduit une fracture. On peut parfaitement craindre un retour de la bêtise. D’autant qu’il existe une bêtise de gauche et une bêtise de droite. Sarkozy a réduit la bêtise de gauche. N’oublions pas que la bêtise est l’acquiescement de la médiocrité (définie comme la tendance à suivre la ligne de plus grande pente) à tel régime en cours de notre mode de jouissance. Or notre mode de jouissance est devenu recherche d’un plus depuis que nous avons établi que notre régime de jouissance serait désormais dérégulé.

 

!!!

Dans le monde judéo-chrétien, nous connaissions un régime de jouissance régulé, c’est-à-dire qui établissait ses règles a priori en s’appuyant sur une morale naturelle, une morale de l’intention. Dans notre monde contemporain, le régime de jouissance est dérégulé dans la mesure même où nous y établissons nos règles a posteriori, c’est-à-dire à grands coups de droit positif. La morale y est devenue morale de suspicion.

 

!!!

Entre la bêtise de gauche et celle de droite, la nuance dans l’approche du droit positif est la suivante : à gauche, on cherche à optimiser la jouissance – on ferme volontiers les yeux sur ses effets néfastes. À droite, par contre, on recherche plutôt les voies du moindre mal – on caresse un peu moins la masse dans le sens du bien-être. Pourtant le but final reste encore un optimum, à savoir la maximation des profits. C’est-à-dire, là encore, un plus de jouissance.

!!!

L’extrême gauche a également eu droit à sa coupe basse. L’extrême gauche, c’est-à-dire les trotskistes. Exit Arlette, usée dans la petite lucarne, où doucement elle a vieilli. Exit le maçon du PTI. Reste le facteur rouge qui parade et s’imagine « homme providentiel ».

 

§ § §

Bref nous avons eu droit au signe de Gédéon qui nous confirme que nous pouvons lancer le mouvement Prière et Politique.

                                                  

                                                               JJ

17.01.2008

Quelle orientation dans l’être ?

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Pinkus Krémègne, Bouquet 

Lorsqu’on parle de connaissance, tout dépend de quel réel on s’approche. Je distingue trois niveaux possibles. Il y a d’abord le niveau mystique du réel, que je laisse pour le moment dans une certaine pénombre. Il y a ensuite son actualité, sa manifestation phénoménale, dans laquelle la science fouille pour trouver ses lois – à ce niveau, on peut parler d’approche pragmatique du réel. Il y a enfin le niveau chimérique, celui qu’on approche par le biais de la bêtise.

 

Selon le réel considéré, nous connaissons comme-ci ou comme ça. C’est-à-dire en ciblant tel niveau de vérité, et parfois tel niveau de fausseté (lorsque nous ciblons le réel chimérique). À chaque niveau de connaissance, la profondeur de celle-ci varie – mais varie aussi selon l’accommodation que nous apportons à notre point de vue. Suivant la qualité de cette accommodation, varie la qualité de cette vérité.

 

 

L’approche de la bêtise

 

Ainsi, si nous considérons le niveau le plus bas, celui qui touche notre connaissance du chimérique, de ce que nous appelons le « chimérique », que d’autres pourront nommer le « semblant », il s’ouvre sur cette réalité étrange qu’on appelle la jouissance. Or, on peut s’engluer dans la jouissance, la « connaître » au prix de sa propre destruction. Par exemple,on peut connaître la guerre, comme on peut connaître l’alcoolisme…

 

C’est qu’une connaissance de la jouissance, c’est-à-dire un dévoilement de sa vérité (de sa fausseté), ne peut avoir lieu qu’à la condition de respecter deux préalables :

 

-         tout d’abord, pas besoin de connaître le mal pour savoir qu’il ne faut pas le faire ;

-         et deuxièmement, la connaissance du mal ne donne aucun savoir, il ne fait que vous mettre à distance de celui-ci.

!!!

 

Si aucun savoir ne résulte de la connaissance de la jouissance, cela signifie qu’il est impossible de construire notre monde sur elle, comme on a tendance à le penser dans le présent régime de dérégulation de ladite jouissance. Elle n’est en rien, cette jouissance, le négatif sur lequel peut s’appuyer dialectiquement le renouveau humain.

 

Exemple historique bien connu : la haine de classe – définie par Mao Tsé Toung comme ciment de « l’unité du camp du peuple », laquelle unité n’est conçue par la dialectique historique, ni plus du moins que comme moteur de l’histoire –, cette haine de classe s’est révélée en fin de compte lamentablement inutilisable – c’est-à-dire extraordinairement néfaste –, dans la mesure où son injection à l’entrée de l’histoire a produit une méchanceté décuplée à la sortie, comme on l’a vu en URSS ou, plus près de nous,  au Cambodge.

 

Le mal n’a aucune espèce de vocation à construire – bien au contraire, il ne peut que détruire. Ou encore : le mal ne peut en rien nous orienter dans l’être.

!!!

Un autre exemple, d’ordre social, parfaitement actuel celui-ci, à l’ordre du jour même, dans la mesure où il n’a pas été encore appliqué dans notre réalité concrète, mais où il aspire à l’être : l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel. Bien entendu, on peut toujours essayer de confier un enfant à un couple homosexuel : d’une part, on n’en tirera qu’un échec parce qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère – et deux homosexuels, quel que soit le sexe, cela ne fait jamais, au mieux, que deux mères – ; mais surtout, il n’en viendra aucun savoir positif, seulement une catastrophe  sociale, comme on le voit déjà de façon éclatante avec le désastre familial engendré par l’expérience de la déconstruction systématique du père qui a été entreprise en France depuis maintenant plus de 50 ans.  

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comment s’orienter dans l’être ?

Ici, on voit se rejoindre la vision du pragmatisme anglo-saxon qui prône une ligne sociale d’expérimentation totale, à la manière des sciences expérimentales, avec la vision franco-européenne de dérégulation de la jouissance qui, rappelons-le, est le point de vue de l’extrême bêtise.

 

Or, tant que le pragmatisme se rapproche du point de vue mystique, les choses vont plutôt bien – et on peut penser que c’est ce  mélange de pragmatisme et de mystique que Maritain a tant admiré dans ce qu’avait de meilleur pour lui l’Amérique d’avant-guerre.

 

Mais quand le même pragmatisme se rapproche du point de vue de l’extrême bêtise, c’est alors, comme disait Philippe Muray, « la fin de la fin des haricots ».

!!!

Observons au passage que ces remarques toutes simples orientent  la question qu’il faut se poser à propos de notre Président : il est évident que M. Sarkozy est sur la ligne d’un certain pragmatisme, ce qui le leste du coup d’une certaine dose de bon sens. Mais de soi, le pragmatisme ne peut aller que dans le sens où l’entraînent ses choix de recherche (et donc d’action), lesquels choix lui sont le plus souvent dictés par les circonstances économiques, c’est-à-dire par les seules marges de profit, c’est-à-dire par la jouissance. Difficile dans ce cas de ne pas retomber du côté de la bêtise.

 

Le pragmatisme ne connaît que l’actuel, il ne connaît que le phénomène – la loi naturelle et sa formule. Il ne peut  donc nous orienter dans le réel – tout juste nous donner une méthode d’approche, basée sur la méthode expérimentale. De l’être, il n’a rien à dire en dehors de son actualité. L’exister, que nous devons distinguer de l’existence, lui est fermé. Pas de réponse au pourquoi des choses, beaucoup au comment. Le seul horizon : l’action – et l’existence qui en suit. Oubli de l’exister.

 

Qu’il ne puisse s’orienter dans l’être, signifie qu’il n’en tire aucune instruction. Il a du mal à s’y ouvrir parce qu’il ne peut s’empêcher de le prendre comme une chose, l’être humain y compris, une chose qui doit se plier à ses exigences. C’est pour cela que l’on peut dire qu’il ne connaît que l’actuel et, dans le cadre de l’expérience capitaliste, l’actuel est à la fin, comme on l’a dit, la loi du profit.

 

L’alternative serait de prendre ses orientations dans l’être là où elles se trouvent c’est-à-dire dans une mystique (une révélation). Comme on faisait au bon vieux temps du judéo-christianisme.

 

Sur lE SOUVENIR DE L’EXISTER

Car le point de vue mystique est pour sa part « souvenir » de l’exister – non qu’il y ait quoi que ce soit à se remémorer, simplement et à tout moment cela est présent à mon esprit : j’existe. Traduction : il y a un acte, qui n’est pas action, qui m’est inaccessible, qui me dépasse, un acte duquel je tiens mon exister Non que je sois plongé dans le flux de l’existence – je le suis aussi, mais ce n’est pas cela que je considère. Ce que je considère est au contraire le fait que j’existe et ce fait je l’appelle : l’exister. Le point de vue mystique a toujours ce fait présent à l’esprit.

!!!

Bolte appelle « enfermement dans l’être » cet oubli de l’exister qui doit être distingué de l’oubli de l’être dont parle Heidegger. À son sens nous vivons plusieurs enfermements dans l’être. En oubliant l’exister de chaque être, nous le réduisons à un ce que c’est, c’est-à-dire à une chose livrée à toutes les manipulations de la jouissance – Heidegger parlait d’arraisonnement, nous pouvons maintenant aller jusqu’à parler de refabrication.

 

Mais il y a une autre conséquence à l’oubli de l’exister, c’est l’oubli qui frappe l’être du monde lui-même, l’être global. Car ce dernier oubli nous enferme dans un panthéisme qui semble avoir de temps en temps besoin de devenir furieux comme on l’a vu avec le nazisme comme avec le communisme.

 

En réalité, l’orientation dans l’être, qui est le problème fondamental de tout dirigeant ne peut se prendre ni au niveau concret où règne désormais la loi de jouissance dérégulée, ni au niveau global d’où ne peuvent se tirer que des abstractions folles du genre pureté de la race ou pureté de la classe, et aujourd’hui pureté de l’espèce.

 

Méditons ceci : l’orientation dans l’être ne peut se trouver que dans le souvenir de l’exister, c’est-à-dire à partir d’un point de vue mystique.

                 

                                              JJ

12.01.2008

prière et politique

Selon la tradition, en 451, grâce à sa force de caractère, Geneviève, qui n’a que 28 ans, convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner leur cité aux Huns. Elle ne se fait déjà plus d’illusion sur le soi-disant courage des hommes. C’est elle qui sera la femme forte en encourageant les Parisiens à résister à l’invasion des Huns par les paroles célèbres : « Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications. » De fait, grâce à la prière intense de sainte Geneviève, Attila épargnera Paris.

 

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La chasse de Sainte Geneviève à Paris 

Mon ami Bolte me communique le texte suivant qu’il avait envoyé à de Guillebon à l’époque - avant les présidentielles - où la revue La Nef faisait une sorte de campagne de réflexion pour la disparition des partis politiques en France. Jacques de Guillebon l’avait finalement publié sur le site de feu Immédiatement !   

Après l’élection de Sarkozy, Bolte m’a raconté en riant que Bruno Maillé, qui n’a jamais manqué d’humour mais qui tout de même, là, y avait mis un certain accent de sérieux, lui avait fait remarquer que son histoire de politique-prière (ou prière-politique ?) pour la disparition des partis – eh bien ! « ça a l’air de marcher ». Bolte m’a dit qu’il en est resté comme deux ronds de flan, parce qu’il n’avait pas pensé à ça.

Il est vrai qu’après l’élection de Sarkozy, les partis politiques dégringolaient comme à Gravelotte.  

« Si vous aviez la foi comme un grain de blé… »  

                                                  JJ

         

               !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

A propos de l'appel pour l'abolition des partis politiques  

 

L'appel pour l'abolition des partis politiques n'est pas une simple idée politique, une proposition politique nouvelle, au sens où cette idée ouvrirait tout un champ en friche au débat et à la pragmatique politique, à ce qu'on appelle l'action politique. Certes cet appel est aussi cela, c’est aussi une idée politique, mais une idée qui doit être replacée dans le contexte de son émission, c'est-à-dire l'intuition de Simone Weil et sa reprise par un groupe de jeunes intellectuels chrétiens. Soulignons « chrétiens ».  

Car bien plutôt, à la fin, cette idée est une inspiration : ce qui veut dire que l'émetteur est l'Esprit Saint. Si ce n'est pas le cas, cette idée ne vaut rien et elle va s’affaisser d’elle-même. Tous les chrétiens qui méritent ce nom doivent en principe savoir, une fois passés les flottements de la réception de cette idée, une fois passé aussi un temps de méditation (c'est-à-dire de prière), doivent savoir donc, si l'on veut employer un langage politique, que cette idée est juste – et plus exactement qu'elle est vraie. C'est-à-dire encore qu'elle a la valeur d'une quasi-prophétie. Et pour être plus clair s’il est possible qu'elle s'inscrit dans le cadre à venir, en puissance déjà là, de la civilisation de l'amour prophétisée par Jean-Paul II – ou, ce qui est la même chose, celui du règne social du Christ.   

Si nous admettons ce point de départ se pose alors la question de l'action, c'est-à-dire de la sorte de pragmatique politique qui en résulte. C'est ici que s'impose la plus grande lucidité et aussi la plus stricte rigueur intellectuelle qui conviennent à des chrétiens. Cette idée de l'abolition des partis, cette quasi-prophétie, avons-nous dit, est sur le papier. Nous n'en voyons pas, ni peut-être n'en pouvons même imaginer le plus petit commencement. C’est qu’en réalité nous n'avons pas à le faire. Tout consiste actuellement, pour le dire sous forme de paradoxe, à organiser le laisser-faire. Cette idée est en puissance et si elle est juste elle attend de passer à l'acte.  

Le mot « acte » ne signifie pas ici qu'il faut se lancer tête baissée dans l'action – ou pire, comme on l’a trop souvent fait dans l'église contemporaine, dans l'activisme. Le mot « acte » signifie que si cette idée, cette inspiration, nous vient de l'Esprit Saint, c'est lui qui en dirigera la réalisation. Aristote disait que l'âme est l'acte du corps, mais en deux sens : en tant qu'acte premier, l'âme anime le corps et lui donne vie ; en tant qu'acte second, elle exerce ses fonctions par ce même corps.   

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Ici nous nous trouvons également devant ces deux degrés de l'acte à accomplir :  

  1)      Recevoir cette inspiration et lui permettre d'animer les êtres dans ce sens : ceci est le fait de notre prière, le premier degré de notre acte.

   2)      Tirer de cette vie appelée par la prière, qui prend forme en nous et autour de nous, les actions que nous avons éventuellement à réaliser : ceci est l'action, la praxis, qui nous est présentée par les évènements ou soufflée à notre esprit, c’est le deuxième degré de notre acte.   

De ce point de vue, il est évident que la notion de « laïcité », dans sa version dure, a été dressée devant nous pour couper court à cette voie des deux degrés de l’acte politique chrétien.

Dans la politique moderne, le pragmatisme tend à devenir dominant : entre l'idée et l'action, il est interdit de voir une discontinuité – le monde moderne est compact, continu et fermé, et nous y sommes impérativement enfermés. Mais un chrétien, s'il est dans ce monde, n'est pas de ce monde. Un chrétien n'est en rien un adepte du pragmatisme, il ne fonce pas tête baissée dans l'action, il ne saute pas l'étape de la mobilisation spirituelle de la prière.   

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 Ste Geneviève (St Etienne)

Ou alors, parlons de « pragmatisme chrétien », et distinguons dans l’action entre « energéïa », l’acte, et « prâxis », l’action. Et ce dans les plus petites choses. Du moins c'est ce que devrait faire un chrétien. Rechercher en permanence le sens de la providence et son action dans les choses de tous les jours.

Dans le cas présent, n'est-il pas opportun de faire appel pour commencer à la formation de petits groupes de prière chargés de préparer le terrain et de faire « mijoter » l'inspiration reçue. Et d’ailleurs, pour nous tranquilliser complètement, nous pouvons faire comme Gédéon : demandons un signe à Dieu pour confirmation. Par exemple la disparition de la scène politique d'un parti significatif. Étant donné qu'Il était patient avec Gédéon, Il le sera aussi avec nous. Après que le dit signe ait eu lieu, lançons par exemple le mouvement « prière et politique » – ou de tout autre nom, si celui-ci est jugée trop provocateur, trop ouvertement anti-laïcité. Avec une telle démarche, nous n'entreprenons rien d'irrationnel, bien au contraire. Il s'agit plutôt de s'installer dans une juste rationalité.  

                                          Jean-Louis Bolte

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Matthieu, XVII, 20:

« Car je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi gros comme un train de sénevé, vous direz à cette montagne : « Déplace-toi d’ici à là », et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. »