13.04.2008
JNSR
Quand a-t-on pu commencer à lire des textes prophétiques contemporains ? Dans les années 80 c'était encore sous le boisseau.
Personnellement, j'ai appris l'existence de ces textes à la fin des années 90. Il m'est tombé dans les mains un livre sur Medjugorje. Un des premiers qu'ait écrit l'abbé Laurentin. J'ai été immédiatement scotché et j'ai su dès cet instant que les apparitions contemporaines de la Vierge Marie étaient séreuses et décisives.
Puis très rapidement j'ai eu en main des textes prophétiques de Vassula Ryden, dans lesquels elle relate ses dialogues avec Jésus. Et depuis cette époque je me suis tenu soigneusement au courant, dévorant tout ce qu'on pouvait trouver sur San Damiano, l'Escorial, Kérizinen, Dozulé et autres Garabandal. Je ne parle même pas de Lourdes ou de Fatima qui vont de soi.
J'étais stupéfait de vivre au XXe siècle, puis au XXIe siècle, un renouveau prophétique.
Dès cet instant je me suis demandé comment penser cela avec notre esprit moderne, rationaliste et pragmatique (au sens de La pragmatique). Comment inscrire ce prophétisme dans notre époque, je veux dire dans notre philosophie, en particulier notre philosophie de l'histoire et aussi dans notre théologie. Comment repenser la politique à partir de là, etc....
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Puis j'ai eu en main des textes de JNSR qui avaient commencé à paraître en 1990 je crois, et qui étaient un commentaire prophétique de l'apparition de Dozulé. C'était des textes confus, bourrés de fautes de français, lestés de lourdeurs extraordinaires, voire de fautes d'orthographe. J'étais consterné. Pour quelqu'un comme moi, qui prétend tout de même à un certain niveau littéraire, qui aime que la langue soit élégante et précise, j'étais servi ! J'en avais positivement les poils tout hérissés...
Pas possible que Jésus s'exprime de façon aussi lamentable ! Au début, JNSR, personne d'origine modeste, s'exprimait comme elle pouvait, et le prêtre qui s'occupait du discernement de ses messages avait pris le parti, à mon avis d'aujourd'hui parti génial, de garder les textes tels quels, c'est-à-dire dans leur état de pauvreté originelle.
Et sa décision a écarté d'un seul revers de main une foule de faux lecteurs et de pinailleurs, et provoqué un remarquable désert parmi ceux qui auraient pu la suivre.
Comme j'ai dit, j'avais beaucoup de mal à avaler quelque chose d'aussi mal écrit, mais maintenant je remercie ce bon prêtre d’avoir fait ce choix de la pauvreté. Pour qui s'intéresse au prophétisme, la médiocrité du texte n'est pas un gros problème.
En effet, la forme du message dépend toujours des qualités personnelles du récepteur.
En philosophie scolastique, il existe un axiome qui dit : « tout ce qui est reçu, est reçu selon le mode du sujet-récepteur ». C'est un axiome dit « de la réflexion », qui signifie que « le contenu intelligible de l'objet connu contracte le conditionnements existentiels du sujet connaissant » comme s'exprime Jean-Pierre Torrell, commentant ici le texte de Saint Thomas de la XIIè Question Disputée de la Vérité , qui concerne précisément la prophétie.
Ce qui veut dire que lorsque Dieu choisit un prophète, c'est rarement pour ses qualités d'écrivain. Il prend ce qui lui tombe sous la main, fût-ce la plus lamentable des « tâches » – comme disent les lycéens. Je suis sûr que JNSR ne m'en voudra pas d'employer ce qualificatif, et même m'approuvera.
Le point essentiel là-dedans, est résumé dans le fameux texte de Saint Paul en1 Corinthiens1:27-29 : « Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages: Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu ».
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Quand je suis revenu dans l'Eglise, après quelques années agitées de fils de 68, de maoïsme et tutti quanti, j'ai été très surpris de voir ce qu'était devenue la messe. J'avais abandonné au début des années 60 une Église célèbrant la messe avec l'ancienne liturgie en latin, et j'arrivais dans des cérémonies aux accents modernistes, dans lesquelles le mystère avait reculé parce qu'on faisait grand cas de la participation de l'Assemblée (A majuscule), dans laquelle on entonnait des chants indigents, parfois ridicules, inexplicablement accompagnés à la guitare. Messes dirigées par des curés qui ressemblaient parfois (pas toujours Dieu merci) à des animateurs de télévision.
J'ai dit parfois.
Des curés !!
Alteri Christi !!!
Après cela, le Journal d'un Curé de Campagne est devenu inintelligible aux nouvelles générations ! Sans parler de L'annonce faite à Marie ! A part Camille Claudel, qui était semble-t-il fille unique, on ne connaissait aucun autre artiste de ce nom.
Bien entendu, j'exagère : la nouvelle liturgie a ses beautés propres. Mais, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, il y a des curés qui, si je puis m’exprimer ainsi, ont foiré leur affaire. Et d'ailleurs voyez ce que m'écrit ma dictée vocale, qui pourtant n'est pas spécialement catholique, puisqu'elle s'appelle « Dragon Naturally Speaking », et qu'elle est d'habitude assez précise : « (ils) on frôlé leur enfer » !!
Hélas ! Je demande pardon à tous les prêtres, à tous, quels qu'ils soient, même à ceux dont je parle, de dire cela à une époque où il est devenu si facile de taper sur les prêtres, en particulier catholiques, et sur l'Eglise, surtout la catholique. On sait ce que disait saint François, que je cite de mémoire : « Devant un prêtre, je m'agenouillerai toujours, et je me prosternerai, parce que, même si c'est un bandit, c'est avant tout un autre Christ ».
D'autant que j'ai honte d’avoir à le dire, moi, moi par qui le scandale est si souvent arrivé !
Mais je me dois à la vérité avant tout parce qu'elle est la substance même du Christ et donc la substance même du prêtre.
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Moi qui revenait dans l'Eglise donc parce que j'avais eu une indigestion de « pensée moderne », voilà que je retrouvais ce qui semblait être une caricature, tant c'était lamentable. Tout un tas de prélats qui avait sucé le lait de Heidegger, de Sartre, de Marx. C'était étrange.
J'étais revenu dans l'Eglise pour retrouver mon cœur d'enfant et on me servait du marxisme – ou alors on confondait psychanalyse et confession. Tout juste si on ne citait pas en chaire Mao-Tsé-Toung ou le Marquis de Sade.
Et pourtant, même dans cette atmosphère trouble, dans cette terrible et accablante médiocrité, la première impression que j'ai eue est celle de la pauvreté. Je veux dire que cette indigence, à tout prendre, à la longue, m'a semblé être un bon signe.
L'Église était là, lamentable et méprisable, c'est-à-dire toujours offerte au mépris du monde. Et du coup, je me suis senti mieux. Ouf, merci Seigneur !
Ce que je veux dire avec toute cette histoire, c'est que c'est la même chose pour JNSR.
JNSR est pauvre. Moins pauvre certes que l'Eglise, puisque l'Eglise est Jésus-Christ en personne.
Mais je refuse de rentrer dans des distinctions oiseuses et spécieuses entre misère et pauvreté.
JNSR est pauvre à l'image de son Bien-Aimé. Ce qui nous sauve de l'enfer, c'est seulement d'aimer Sa pauvreté.
Nous savons tous qu'il y a des pauvres et même des misérables qui seront en enfer : la preuve, il y a des curés. Quand aux jacobins et à leurs descendants de gauche (ou de droite), ils se définissaient tous comme des amis de la misère. Où croyez-vous qu'ils sont à l'heure présente ?
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Pour terminer cette présentation de ma prochaine (JNSR), je vous soumets une de ses méditations théologiques.
Non pas un message de Jésus à JNSR, mais une méditation de JNSR dans son dernier ouvrage paru aux éditions resiac : « Témoignage de Dieu à ses petites Âmes » (décembre 2007).
On reconnaîtra dans ce passage ce que mon ami Alain Santacreu appelle de la Contrelittérature. En même temps, on y retrouvera le thème qu'on essaie de développer dans la revue précitée ainsi que dans le présent blog :
vient un temps où la grâce deviendra nature …
JNSR parle donc dans ce qui suit à « tous les malades », c'est-à-dire à nous tous.
On trouvera cela à la page 81 de son livre – les lecteurs pourront constater qu'elle a fait des progrès en français.
A propos, que signifie le sigle JNSR ? C'est le diminutif pour Je Ne Suis Rien.
+ + +
« N'ayez pas peur, écrit JNSR. Toute souffrance, pour celui qui la vit dans le Christ, est une expérience mystique. C'est cette souffrance qui nous rapproche le plus de l'agonie de Jésus. C'est elle qui est toute proche de Sa Sainte Mort. C'est elle qui nous conduit à Sa Sainte Résurrection.
« L'homme, qui adore son Rédempteur, veut vivre le plus près de Lui, L'appelle, Le désire. La mort ne viendra que lorsque ce sera son Heure, mais qu'importe cette heure pour vivre la Résurrection.
« Si l'on peut vivre ici, déjà sur cette Terre et bien vivant, la douleur de l'attente, plus forte que la souffrance de la maladie, veut briser ce temps …
– « Satan », m'écrit la dictée vocale –
… qui nous sépare de Celui qui Est la Vraie Vie. Comme si notre volonté devenait un marteau-piqueur, elle se met à casser ce mur de désunion. Et déjà s'effritent le temps et l'espace pour laisser voir l'être Suprême.
« Dieu consent que nous anticipions cette Résurrection dès ici-bas, dans ce corps de chair qui va devenir petit à petit plus esprit que chair.
« Si la Résurrection précède la mort corporelle, cette Résurrection désirée et très immédiate arrive lorsque « le vieil homme », qui est en nous, se renouvelle.
« C'est pourquoi nous ne subissons pas …
– la dictée vocale a écrit : « subissons » et elle ne veut pas corriger. Le texte de JNSR dit : « faiblissons » –
…au contraire, même si notre homme extérieur s'en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour » (Saint Paul, 2 Co 4,16).
« C'est la Résurrection pérenne, elle ne suit pas le trépas.
« Le corps spirituel obéit déjà à l'Esprit Divin qui nous entraîne dans ce futur tant espéré : Vivre déjà de Dieu dans cette Résurrection pérenne. Doucement, nous voyons ce que Dieu nous promet : la Gloire de Dieu…
– la dictée vocale écrit : « l'Heure de Dieu » –
…dans la joie de cet Évangile Nouveau qui s'ouvrira pour tous ceux qui l'espèrent, le désirent et l'attendent dans l'Amour et la Foi en Dieu.
« C'est l'Évangile du Retour en Gloire de Jésus…
– je jure sur l'Évangile que la dictée vocale a écrit : « du Retour en Heure » –
…C'est l'Évangile du Huitième Jour
qui annonce le face à Face avec JESUS Christ, Notre Bien-Aimé.
JESUS Christ…
– « crie », dit la dictée –
Amen »
JNSR
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Voilà qui décoiffe pas mal, non ? « Découvre », corrige la dictée, toujours attentive et bienvenue
Jonas Jorda
(avec l’aide bienveillante et scrupuleuse de Dragon Naturally Speaking)
18:38 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, l'ouverture du sixième sceau, mystique et politique, prière et politique, l'appel, prophétisme et prophéties, psychanalyse, vrai livre, interdit de spectacle | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, politique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, évolutionnisme
09.04.2008
Qu'est-ce que l'ontothéologie ?
Sous la plume de Heidegger l'expression ontothéologie signifie que l'on a dénaturé l'être en l'identifiant à Dieu. Depuis Platon en effet, dit notre philosophe, on a confondu l'être et l'étant. Et de là, on a soutenu que s'il y avait un être au-dessus des étants, cet être était Dieu – et qu'en réalité, cet être était lui-même un étant, l'étant suprême. De là, l'être lui-même, l'être de Heidegger, est passé à la trappe, pour tomber dans le célèbre oubli qui allait faire la célébrité de son inventeur.
À l'occasion de ces manœuvres, on a alors mélangé l'ontologie, science de l'être, et la théologie, science de Dieu, de sorte qu'on allait finir par arriver à l'ontothéologie. Pour Heidegger, la science de l'être et la science de Dieu doivent être totalement séparées.
Il y a une autre conception de l'ontothéologie, celle de Lévinas. Lévinas qui, non sans humour, prend la défense de Dieu contre la « pureté » de l'être. À l'envers même de Heidegger, Lévinas n'est pas loin de dire qu'on a souillé Dieu en le mêlant à l'être. Dans son style questionnant, il demande : a-t-on pris l'être pour Dieu ou Dieu pour l'être ? Dieu n'est-il par l'autre de l'être ? Penser Dieu comme fondement de tous les étants, en le posant pour l'être autre, est-ce mal penser de l'être ou est-ce mal penser de Dieu ? Dieu n'est-il pas au-delà de l'être ?
Dès lors, et si nous voulons échapper à l'ontothéologie au sens de Lévinas, nous devons nous rendre sur un plan éthique, plan de la relation sur lequel « la transcendance de Dieu ne peut se dire ni penser » – car pour le philosophe, Dieu est « nuit ».
On retrouve ici la voie négative inaugurée par le pseudo-Denis – voie qui d'ailleurs, par le secours de l'analogie, est aussi celle du thomisme. L'analogie en effet, loin de confondre l'être et Dieu, nous permet de parler de l'être de Dieu, mais seulement de façon négative. En ce sens, il paraît difficile de qualifier le thomisme d'ontothéologie, pas plus au sens de Lévinas qu'au sens de Heidegger.
Or, c'est dans un tout autre sens que nous prenons le terme d'ontothéologie. En effet, ce que nous désignerons sous ce nom n'a pas pour but de dénoncer la conversion subreptice des objets des deux sciences, à savoir l'être de l'ontologie et le Dieu de la théologie, bien au contraire, il s'agit de mettre en valeur la nécessité d'un certain recours à la théologie pour éclairer les problèmes de l'ontologie – et en particulier, pour éclairer les turbulences qui se manifestent au niveau de certains états-limites de l'être.
Autrement dit, l'ontothéologie que nous voulons présenter est une position philosophique nécessaire, qui doit être défendue pour sa pertinence propre.
Du coup, nous partons de la position philosophique de Duns Scot qui est ontothéologique au sens que nous voulons introduire.
C’est ce point que nous voulons éclairer.
Jonas Jorda & Jean-Louis Bolte
Avertissement !!
On m'a prévenu qu'il était impossible d'exporter nos textes sur papier pour les lire tranquillement. Je pense avoir remédié à cet inconvénient. Il vous suffit donc, si vous voulez tirer un texte, de le mettre en surbrillance sans les marges, de le copier, et de le coller sur votre traitement de texte.
JJ
11:58 Publié dans catholicisme, contrelittérature, le blog de Jonas Jorda, petite métaphysique aérée et fleurie, religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, métaphysique, philosophie
26.03.2008
six thèses sur la mystique chrétienne
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Thèse 1 : seule la mystique chrétienne est une mystique personnelle.
La mystique dont je parle est la mystique chrétienne (et s’il m’arrive d’évoquer la mystique orientale, je parle des chrétiens d'Orient). C'est que la structure en jeu ici est fondamentalement différente (je dis fondamentalement) de celle qui est en jeu dans les autres aires religieuses.
Dans la mystique chrétienne il y a relation à un Autre. Je mets une majuscule pour présenter le même grand Autre que les auteurs contemporains (en particulier athées), et ce pour pouvoir du coup affirmer à la face de ces mêmes auteurs que, contrairement à ce qu'ils soutiennent, la place du grand Autre n'est pas vide. Elle n'est pas destinée à des comités d'éthique comme on fait aujourd'hui.
Si on l'appelle l’Autre, c'est parce que c'est un Dieu vivant, celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob certes, mais c'est aussi un Dieu trinitaire, c'est-à-dire personnel : sa place n'est pas vide, mais toujours occupée par une au moins des trois Personnes. De sorte que nous ne vivons, ne respirons, ne connaissons et n'aimons que dans cet Autre comme nous allons l’apprendre de la nature qui vient.
Où l’on voit qu'il n'y a rien de plus subjectif que cette position de la mystique chrétienne puisqu'elle se situe nécessairement par rapport à cet Autre. Et en même temps, rien de plus réel, si l’on nous accorde son existence.
Plus précisément encore, nous parlerons d’aventure personnelle ou mieux interpersonnelle de la mystique chrétienne – considérant que c'est l'Autre qui est à la manœuvre et que moi qui suis embarqué, disons cela pour simplifier, ne puis que consentir ou refuser.
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Thèse 2 : la voie mystique n’est pas la voie initiatique.
Il faut d'abord distinguer la voie mystique de la voie initiatique. Le critère essentiel de la différence entre ces deux voies est le suivant : dans l'expérience mystique, Dieu « descend » vers l'homme, toute l'initiative est de son côté, alors que dans la voie initiatique c'est l'homme qui tient le manche ; le mystique est passif, l'initié actif.
Dans l'expérience mystique, l'homme s'inscrit dans une passion.À tous les sens du mot : et d'abord parce que le préalable incontournable à toute expérience de ce genre, la condition absolue nécessaire à toute connaissance de Dieu est la charité, comme le souligne par exemple la mystique cistercienne. Mais aussi parce que l'expérience mystique concrète se présente a priori comme un chemin de croix.
Par contre dans l'expérience initiatique, Dieu est un principe avant même toute manifestation ou révélation : c'est ce qui fait de cette expérience une expérience gnostique, c'est-à-dire la recherche d'une connaissance dite « métaphysique » qui rejoindrait un savoir primordial un et universel.
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Thèse 3 : la mystique n’est pas une question théorique mais un réel.
Un réel, c'est-à-dire une réalité à vivre. Un réel balisé par un certain nombre d'étapes concrètes et tout à fait susceptible de description.
Pour faire cette description, Sainte Thérèse par exemple prend l'image du château intérieur et de sept demeures successives à y découvrir. Saint-Jean de la Croix, de son côté, a proposé son propre timing autour de la notion des nuits mystiques.
Mais plus près de nous, nous avons la formidable somme de théologie ascétique et mystique du père Marie-Eugène – le père Marie-Eugène qui est mort en 1964 en odeur de sainteté. Nous trouvons dans ce travail de toute une vie de carme la phénoménologie la plus précise qui soit de la « montée au Carmel », c'est-à-dire une description extrêmement fine, étape par étape, de la réalité de la mystique chrétienne.
Les deux premières pages de ce livre extraordinaire qui en compte plus de 1000 sont déjà d'une profondeur saisissante : il s'agit d'un tableau synoptique qui met en parallèle le plan de l’ouvrage avec les demeures thérésiennes et la terminologie des nuits de Saint Jean. Par exemple : quatrième demeures/nuit des sens ; cinquièmes demeures/union de volontés ; sixièmes demeures/nuit de l'esprit ; septième demeures/mariage spirituel, union transformante.
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Thèse 4 : la mystique est le chemin objectif d'une mutation subjective.
La mystique est-elle une dimension subjective ? Certainement, mais il paraît surtout que c'est le chemin objectif d'une mutation subjective.
Il y a en quelque sorte passage programmé du vieil homme au nouveau, c'est-à-dire du moi « psychique » (Saint Paul) au moi « divinisé ». Et je pèse mes mots. À ce sujet, je signale à ceux que cela intéresse qu'une de nos prochaines notes sur ce blog portera sur la différence entre « guérison psychique » et « guérison spirituelle ».
Il y a plus : cette mutation subjective, nous sommes tous appelés à la vivre, à la vivre concrètement – libre à nous de répondre ou non à cet appel. Mais souvent la porte qui s'ouvre comme invitation dans cette voie est la porte de la souffrance. Évidemment, dans le monde des frères (mais sans père), où la souffrance est considérée comme un mal (à la façon cartésienne), l'invitation est de plus en plus rarement entendue. Et la porte de la mystique, faute de formation religieuse, en particulier chrétienne, adéquate, est refermée par nous avec horreur.
Mais dans la mystique (surtout chrétienne) c'est comme en physique quantique, ce qui est observé dépend de la position de l'observateur.
Prenons un exemple : la maladie (ou de façon générale, le coup dur). Suivant mon désir, je vais changer sa nature : soit je la déteste et je la vois comme un mal (voire comme LE mal, comme on le fait de plus en plus aujourd’hui), soit je la « comprends » comme une nuit mystique (c'est le cas courant d'une nuit des sens), comme une misère nécessaire (je lui donne le sens de la croix) et je me résous à la supporter (ce qui ne veut pas dire que je ne me soigne pas). De quoi aurais-je peur, puisque Dieu est avec moi ?
Bref, mon désir me met sur le chemin, c’est-à-dire me livre le sens de ma souffrance.
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Thèse 5 : pour parler de la mystique les mots nous manquent.
Comme on l’a déjà dit (thèse n°2), on peut écrire sur la mystique, c’est-à-dire la considérer comme un objet de connaissance mais il y a une difficulté propre à sa nature même : elle est inintelligible si on ne la vit pas, en même temps qu'impénétrable si on ne porte pas sur elle le regard de la foi.
Ainsi si vous essayez de comprendre la nuit de l'esprit , par la lecture par exemple, sans au moins la désirer un peu, le livre vous tombe des mains.
Essayez de lire Le Château Intérieur : vous avez très rapidement l'impression d'être au cœur d'une forêt d’une densité inextricable. Ce n'est qu'à la longue qu'on avance un peu. Les mots se dérobent sans cesse.
Mais il y a plus : celle qui tient la plume, ici Sainte Thérèse, ne cesse elle-même de dire que les mots lui manquent. Il y a défaillance symbolique radicale. Cette défaillance de l’écriture est différente de la défaillance de la lecture qu’on vient d’évoquer.
Traditionnellement, en effet, on considère la mystique comme la voie négative, c'est-à-dire celle qui permet de connaître Dieu par ce qu'il n'est pas : les mots humains sont impuissants à nommer Dieu, qui dès lors ne peut être connu que négativement -- on parle aussi de voie anagogique : par exemple, il n'est pas simplement bon, mais suréminemment bon. Cette conception qui date du pseudo-Denis (IVe siècle) semble s'être vérifiée dans les écrits mystiques les plus connus.
On peut toutefois se demander aujourd'hui, dans une conjoncture historique où des signes sont donnés, en particulier signes prophétiques, d'un certain dévoilement du divin, si cette thèse reste valable et si on ne peut penser que Dieu nous permet de parler de lui de façon non plus négative, mais dans une certaine mesure dans la pauvreté de nos mots humains. Voir à ce propos notre thèse 6.
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Thèse 6 : la mystique chrétienne est en passe de devenir non une expérience personnelle et singulière mais l'expérience de tous : une expérience universelle.
Nous nous trouvons dans une passe historique unique dans laquelle le grand Autre va frapper à la porte non pas de tel ou tel en particulier, mais de tous en même temps. La chose ne peut plus être seulement individuelle. C'est l'affaire de la communauté. Communauté qui est fermée comme une marmite depuis la foutaise du Contrat Social et qui va devoir renouer, qu'elle le veuille ou non, le lien qu'elle a rompu il y a quelques siècles.
Le renouer par un dévoilement universel.
C'est en particulier pour parler de ce dévoilement que j'ai ouvert ce blog, mais comme il s'agit de parler essentiellement à des couches intellectuelles, gens à la tête dure et à la foi chichiteuse (je me compte évidemment dans le lot), je suis obligé de le prendre de haut pour ne pas passer pour un illuminé, c'est-à-dire de montrer la patte blanche de la « culture », culture dont j'ai pu dire il y a deux ou trois notes tout le mépris que j'en avais.
D'où la thèse implicite qui soutient cet ensemble :
une partie de ce qui aujourd'hui est grâce est appelé à devenir nature demain.
JJ
21.03.2008
souffrance et prophétie
Jonas et moi étions embarrassés pour amener ici une question qui nous tient particulièrement à coeur et qui est celle du prophétisme. Nous profitons du calendrier liturgique pour l'introduire dans notre blog. Et à la faveur du Vendredi Saint, nous vous présentons ces pensées mariales sur la souffrance.
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Deux mots d'introduction sur cette question du prophétisme que nous considérons comme décisive non seulement dans le dispositif judéo-chrétien, mais encore dans celui de la pensée contemporaine. Et pas seulement dans le sens où l'entend Léo Strauss qui entend conserver une tension "entre Athènes et Jérusalem".
Il faut tenir pour stratégique l'intervention de Spinoza sur la question du prophétisme dans son Traité Théologico-politique. Et il est vrai que sur ce point particulier, on ne trouve guère dans la philosophie contemporaine que des penseurs juifs, à commencer par Hermann Cohen, pour élever une protestation contre la critique de Spinoza.
J'ajoute que, à ma connaissance, certains milieux thomistes ne paraissent pas non plus avoir tiré les conséquences philosophiques de la recrudescence du phénomène prophétique à partir du milieu du XIXe siècle. Il semblent au contraire résister énergiquement à tirer lesdites conséquences. J'ai eu l'occasion de constater personnellement ce phénomène « d'agnosticisme thomiste » qu'Étienne Gilson évoque quelque part dans son Duns Scot : il est vrai que Duns Scot pose pour sa part ce problème à nouveaux frais.
La position de ces thomistes, par ailleurs gens fort savants et admirables,, exceptionnels connaisseurs d'Aristote et de Saint Thomas, comme vous pouvez le constater si vous allez vous promener sur les forums du Grand Portail Saint Thomas d'Aquin, est grosso modo la suivante : on ne peut mélanger théologie et philosophie car la philosophie s'occupe de la sphère naturelle et la théologie de la sphère surnaturelle.
En effet, selon Aristote, la nature nous est donnée tout entière et dans toute sa perfection dans le monde présent. Si un philosophe peut dire quelque mot sur la sphère surnaturelle ce ne peut être que par analogie. Pas question d'importer des données théologiques, c'est-à-dire des données de la Révélation , dans le domaine philosophique. Pas question de parler de « métaphysique de l'Exode » ou de « philosophie chrétienne » comme faisait Gilson ou Maritain -- ce dernier pour d'autres raisons il est vrai.
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L'objection de Duns Scot à un tel point de vue est la suivante : le Philosophe, c'est-à-dire Aristote, ne pouvait pas savoir que la nature était blessée par la Chute. Personne ne pouvait le savoir naturellement, il fallait le secours d'une information d'origine externe, c'est-à-dire d'une information par voie révélée (prophétique). Et Aristote n'a pas connu la Révélation.
Question : est-il rationnel de rejeter une information décisive qui nous est donnée sur la nature sous prétexte qu'elle n'est pas naturelle par soi, alors même qu'elle semble se vérifier par la présence du mal dans le monde et se voit confirmée au fil du temps par la réalité historique ? Une conséquence que nous tirons pour notre part de cette conclusion de Duns Scot, c'est que la nature n'est pas achevée dans sa perfection, contrairement à ce que soutient la rationalité philosophique : par conséquent, si c'est une nature blessée, non achevée, il est peut-être opportun de penser qu'il y a une nature qui vient, nature en voie de guérison.
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Il faudra revenir, et longuement, sur ce tournant scotiste de la pensée. Il nous suffit ici de savoir qu'au sens de Scot, il existe une controverse, disons « idéale », entre philosophi et theologi, c'est-à-dire une controverse qui a lieu non pas entre deux disciplines, mais entre deux types d'hommes. L'enjeu de la dispute porte sur la question de savoir qui peut, du philosophe ou du théologien, rendre le mieux raison du bonheur de l'homme. Les deux disciplines se disputent en effet le privilège exorbitant, puisqu'il n'est pas sans effet sur le gouvernement de la Cité , d'indiquer à l'homme le chemin de sa jouissance dernière -- voire de le conduire vers cette jouissance.
Ce qui est en jeu c'est un état de la question qui tient exactement au type d'approche que je peux avoir sur l'être. Si je suis un philosophe je vais considérer le monde sous l'angle de la perception sensible que j'en ai et à partir de là je m'en remettrai au progrès naturel de ma raison qui va l'amener à la conclusion que l'être ainsi perçu est achevé et parfait.
Mais si je suis un théologien, ce que j'appréhenderai a priori ce sera l'Autre. L'Autre qui me prévient de ce que je n'aurais jamais pu savoir autrement, c'est-à-dire que la nature qui se présente à moi est blessée (à commencer par ma raison, point à expliquer à l'occasion) et que je suis invité à participer à sa guérison -- guérison dont dépend mon bonheur.
Et quand l'Autre me dit qu'il y a une nature qui vient et qui sera une nature guérie, il me semble raisonnable et rationnel de tendre l'oreille.
À ce moment-là, je comprends qu'entre naturel et surnaturel il n'y a pas coupure mais continuité et que certaines dimensions que j'appelle surnaturelles aujourd'hui seront pour moi naturelles demain.
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C'est précisément ce que nous promettent les prophéties, en particulier les prophéties mariales contemporaines.
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Les extraits prophétiques que nous vous présentons ci-dessous proviennent d'un message de la Vierge Marie donné le 14 mars 1964 à Kérizinen en Bretagne à Jeanne-Louise Ramonet, une pauvre femme qui vivait avec une vache, dans ce hameau de trois fermes, seule et en mauvaise santé, par ailleurs personne de bon sens et de grande piété. Celui qui ne comprend pas l'amour de Marie pour la pauvreté ne comprend rien au christianisme. Celui-là peut dire qu'il est chrétien quand il ressent lui-même cet amour. Bref.
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Le message que nous citons porte sur la valeur de la souffrance. C'est un choix naturel en ce jour de Vendredi Saint. La référence bibliographique est ici : Kérizinen de Raoul Auclair, aux éditions NEL, 1968.
La Vierge Marie nous parle :
« Que votre foi et votre amour repentant vous fassent revivre les scènes douloureuses du grand mystère de votre salut et vous aident à mieux comprendre le prix de la souffrance et de la croix. »
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« Ce n'est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort : c'est l'homme qui les a introduites par le péché. Dieu est la vie ; le péché le rejet de Dieu. Mais quelle merveilleuse trouvaille de l'Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut ce fruit naturel du péché, la souffrance ! Elle devient purification pour qui la prend chrétiennement, s'efforçant de comprendre et d'accepter l'intention de Dieu. »
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« La souffrance est une maîtresse de sagesse divine. Elle vous aide à vivre dans votre foi, dans votre espérance et votre amour de Dieu seul. Elle est nécessaire à qui veut entrer dans la joie de Dieu. »
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« Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car, depuis le Christ, la souffrance n'est plus un phénomène angoissant, mais une ressemblance, une bouleversante élection. »
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« Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître, dans le Christ, la plus sainte, la plus noble image de ce qu'ils sont devenus. »
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« Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré ; non une mutilation, non un échec, mais une victoire. Le corps du Christ, désormais, c'est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés. »
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« Si votre pèlerinage terrestre est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus lui-même a suivie, vous savez aussi que cela vous permet de voguer vers le rivage de l'éternelle lumière et de la joie sans fin. Il faut souffrir et mourir avec le Christ pour vivre avec lui. »
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« Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix jamais (...) »
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« Ne soyez pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu'une grande joie habite vos coeurs puisque, d'avance, vous savez que la victoire vous est acquise : elle prend sa source dans le Christ ressuscité (...) »
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« Faire rayonner la joie sur terre, c'est rendre témoignage au Christ ressuscité. C'est éveiller en vos frères le désir d'en connaître le secret, la soif de la partager avec vous. »
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Évidemment, c'est un peu dur... surtout lorsque on voit la manière presque affolée dont le monde des frères nous présente la souffrance, en la dissimulent le plus possible, un peu comme on balaie des ordures pour les glisser sous le tapis...
Seulement, la souffrance est indissolublement liée à la vérité, et vice versa. Comme dit Marie : « Les joies peuvent vous tromper mais pas les croix ».
JLB
18.02.2008
création et évolution
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Créationnisme et évolutionnisme
Le catholicisme n’est pas un « créationnisme » au sens où ce terme s’applique dans certains courants du christianisme américain. Le mot « créationnisme » peut avoir aujourd’hui deux sens : soit qu’on parle précisément de tel mouvement traditionnel américain, par ailleurs fort récent ; soit qu’on parle de la métaphysique du monothéisme. Dans ce cas le mot créationnisme signifie que l’être du monde ne procède pas de lui-même, mais qu’il dépend d’un autre être – ainsi définit-on un être créé et un être créateur. Si je parle de créationnisme, si j’en parle en tant que catholique, c’est évidemment dans ce second sens. Ce n’est pas parce que je pense que le monde a été créé il y a 6000 ans. La science a par ailleurs largement démontré le contraire. Par contre, la science n’a jamais infirmé que l’origine radicale de l’univers ne tient pas, c’est-à-dire ne procède pas, de son être propre (comme le pensait les Grecs depuis Parménide) – procède au contraire d’un autre être, un être créateur que les hébreux appelleront Dieu. Si je parle d’évolutionnisme, je ne vois pas de contradiction entre une théorie métaphysique de la création et une évolution possible des espèces. Non seulement je ne vois pas de contradiction, mais je soutiens que la création elle-même, la création tout entière, est engagée dans une évolution globale.
Il y a donc évolutionnisme et évolutionnisme. Considérons d’abord l'accueil fait par l'Église à l'évolutionnisme scientifique – et dans ce sens, le darwinisme scientifique est reconnu comme parfaitement valable du point de vue scientifique (s'il y a des critiques à lui faire elles reviennent à la science) – la mise au point de Jean-Paul II est parfaitement claire là-dessus.
D'un autre côté, il existe dans le catholicisme une philosophie proprement « évolutionniste » qui puise dans la Révélation elle-même. Non seulement elle n'est pas contradictoire avec l'évolutionnisme scientifique, mais elle en éclaire encore le sens et plus, elle l'inscrit dans son propre mouvement en concevant l'univers comme se trouvant dans un régime de création continuée par l’effet d’une information toujours nouvelle qui ne cesse de soutenir et de développer son expansion – c’est l’idée d’information créatrice qui est à la base de cette conception évolutionniste. Autrement dit : le christianisme reconnaît, en parfait accord en cela avec les résultats scientifiques du siècle, la dimension génétique, ou historique, ou encore évolutive du réel.
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L'information créatriceDans cette conception philosophique l'idée d'information créatrice se détriple :
– vous avez d’abord l'information de la matière qui ne cesse d'affluer : c’est évidemment ce niveau de réel que la science examine à la loupe. À ce niveau, le mot « information » désigne aussi bien le sens métaphysique de forme (opposé à matière) que le sens physique de morphologie. Sur ces questions, on consultera l’ouvrage magnifique que Claude Tresmontant a écrit en 1972 : Sciences de l’Univers et Problèmes métaphysiques.
– d’un autre côté il y a l'information donnée à notre intelligence pour nous permettre de participer à cette création cette deuxième sorte d'information c'est l'information prophétique. Elle ne passe certes pas par nos sens, mais est communiquée directement à notre intelligence. Nous pouvons la refuser, la nier (comme fait Spinoza), voire la moquer (comme fait notre temps), mais en tant qu'information elle a rapport avec la vérité. Et pas seulement avec des vérités que nous imaginons.
- Enfin, il y a un troisième niveau proprement mystique, et qui ne s’applique plus à la matière, qui s’adresse encore pourtant, quoique de façon associée, à mon intelligence comme à mon corps, mais qui s’exerce principalement sur mon esprit. Cette information mystique, elle n’est pourtant ni abstraite et « théorique », ni insaisissable et éthérée, puisqu’elle a une forme. Cette forme, elle vient sans cesse à ma rencontre, c’est la forme qui vient m'individuer et qui donc m'apporte un surcroît d'existence. Cette forme, c'est l'Autre lui-même qui vient à ma rencontre, l'Autre en personne qui vient me revêtir de lui-même, qui vient m'adouber – cette forme, c'est le Christ. Processus de divinisation par lequel nous nous conformons au Christ via la croix et par lequel nous nous préparons à passer du plan de l’être créé au plan de l’Unique incréé.
Trois niveaux génétiques donc, qui tressent entre eux une évolution globale.
Déblayons un peu le terrain.
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Une évolution individuante
Certes on peut très bien ne considérer que le premier niveau, le niveau naturel, comme on peut ne considérer que le niveau psychique ou même seulement le niveau spirituel qui est le niveau mystique. Il est possible et d'ailleurs parfaitement légitime de considérer séparément chacun de ces niveaux. Et on n'a pas manqué de le faire : pour en revenir au niveau mystique, considérons par exemple la somme que le Père Marie-Eugène de l'Enfant Jésus a consacré à la théologie mystique aux éditions du Carmel. Sa précision, sa finesse, sa robuste structuration on fait son autorité.
D'un autre côté, ne considérer chacun des niveaux que dans sa stricte autonomie ne peut suffire à comprendre l'ensemble de la réalité. Il est opportun de s'intéresser aussi à la question des rapports qu’entretiennent ces niveaux : tressages, interactions, coordinations, coopérations, subordinations et ainsi de suite. Sur la base de ce que les trois niveaux ont de commun, la notion d'information, les rudiments les plus élémentaires de théorie de l’information nous obligent en toute rigueur à supposer un émetteur qui les délivre – et cet émetteur ce ne peut être l’être créé (le "récepteur"), mais l’autre être, l’être créateur, celui qu’on nomme l’Autre créateur.
Toutes ces communications d’informations tendent à la longue vers un seul but : amener l'être, et en particulier l'être humain, à son plein développement.
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Si nous observons maintenant ce par quoi nos trois niveaux diffèrent, nous approchons quelque chose de plus profond encore, à savoir le pourquoi de toute cette dynamique globale. Récapitulons.
Le premier niveau est celui dans lequel de l'Autre créateur injecte ses informations créatrices. Ce premier niveau est celui de l'être naturel. Le fait que ces informations s'enrichissent sans cesse et projettent la réalité naturelle vers une complexité croissante, et que l'humanité soit placée à la pointe extrême de ce progrès, montre clairement que nous avons affaire à une finalité.
Le deuxième niveau est celui dans lequel l'Autre créateur injecte ses informations prophétiques. C'est le niveau de la Révélation : il s'adresse à l'intelligence humaine. C'est que cette information ne peut être donnée à travers le réel naturel – l'homme peut connaître le réel naturel grâce à son intelligence, mais le réel naturel ne contient pas (ne peut pas contenir) les réalités révélées, et si l'Autre créateur veut communiquer ces informations il faut qu'il le fasse par un autre voie : il a donc choisi la voie prophétique par laquelle il exprime le projet qu'il a pour l'humanité. Et ce projet porte non seulement sur la réalité naturelle, mais encore il la déborde au-delà de toute réalité imaginable.
Le troisième niveau est celui des réalités particulières, avant tout les réalités humaines dans lesquelles l'Autre créateur dispense ses informations mystiques. Réalités humaines, c'est-à-dire les communautés, les nations, l'histoire des hommes, et ainsi de suite, mais avant tout les personnes. Par son action mystique, l'Autre créateur modèle chacun de nous, non pas « l'être extérieur » mais « l'être intérieur », le modèle selon la forme christique particulière, singulière, unique, qu’il lui a réservée, le modèle évidemment dans la mesure où nous l’y autorisons.
Il y a là la pointe ultime de l’individuation humaine.
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Ces remarques qui me semblent élémentaires pour n’importe quel paroissien un peu profond, c’est-à-dire qui prie de bon cœur et qui fréquente Jésus-Eucharistie, apportent un démenti catégorique aux affirmations irréfléchies qu’on peut lire sous la plume de tel ou tel théologien postmoderne. Par exemple Hans Küng : « Théorie du big bang et foi en la création, théorie de l’évolution et création de l’homme ne se contredisent pas, mais il est impossible de les harmoniser » in Petit Traité du Commencement de toutes choses (Le Seuil, 2007).
Nous venons de montrer exactement le contraire : non seulement ces dimensions ne se contredisent pas mais elles s’harmonisent merveilleusement.
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Tout se passe donc à la fin comme si l’être créé tendait à sortir de lui-même, comme s’il possédait des états-limites sur la ligne desquels il était éprouvé : la croix vient témoigner de ces états-limites et de ces épreuves.
D’un autre côté cette torsion subie par l’être sur ses interfaces créé/créateur, suggère cette hypothèse pour le moins excitante : et si ce qui est grâce aujourd’hui devait devenir nature demain.
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et si ce qui est grâce aujourd’hui devait devenir nature demain ?
J-L. Bolte
18:50 Publié dans petite métaphysique aérée et fleurie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, politique, spiritualité, catholicisme, épistémologie, évolutionnisme
08.02.2008
Sur la laïcité
Le principe de la laïcité
Le principe de la laïcité est évidemment une affaire piégée, puisque la laïcité consiste à soustraire les peuples au point de vue mystique et à les plier à la démocratie des mœurs.
Ce qui veut dire que la laïcité vise à ramener les peuples dans le giron de la bêtise, sous le gouvernement de la jouissance – où, si l'on préfère, de fermer les yeux sur ce qui vient parce que ce qui compte, c’est ce que l’on tient et non ce qui vient. Mais ce qui vient c'est le désastre.
Bref : la laïcité est à la fois illusion, parce qu'elle mène au désastre, et mensonge, parce qu'elle désire le désastre.
Comme toujours, lorsque cela vient de l’idéologie des Lumières, l’affaire se joue au niveau des mots. À l’origine, c’est-à-dire dans l’Évangile, l’idée de laïcité exprimait la nécessité de « distinguer » deux plans différents pour mieux les accorder : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », dit l’Évangile.
Chacune à leur niveau propre, la cité terrestre et la cité céleste ont à se développer – ce qui ne veut pas dire que leur développement est indépendant, puisque les deux cités s’articulent par le biais de la loi morale, et que la cité céleste se tient au gouvernement final des choses – en tant que visée ultime de toute politique (ou encore : en tant que lieu ultime du bien commun). En ce sens, César lui-même n’échappe pas au « rendez à Dieu ce qui est à Dieu » et sa mission consiste précisément à gérer ce bien commun. Le bien commun, c’est-à-dire la totalité du bien de l’homme : matériel et spirituel.
Or cette vérité, César n’a plus envie de l’entendre. César veut désormais gérer à sa façon la cité terrestre.
Main basse sur l’être
Par la grâce d’une « avancée républicaine », le mot « distinguer » a été refoulé – a été escamoté faut-il dire plutôt – derrière le mot « séparer ». De la « distinction » des deux ordres de cité, on est passé à la « séparation » de l’Église et de l’État. Mais si là on distinguait pour unir, on sépare ici pour diviser.
De quoi s’agit-il en réalité ? À la fin, il s’agit de retirer à l’Église la finalité dans laquelle elle nous inscrit, pour remettre à l’État moderne la charge de notre être. C’est parce que se dessine maintenant clairement l’enjeu fondamental de toute l’affaire qu’on peut en cerner les tenants et les aboutissants.
L’enjeu : César veut faire main basse sur l’être.
Qu’est-ce à dire ? « Faire main basse sur l’être » veut dire s’emparer de ses différentes dimensions : de son essence de manière à pouvoir le refabriquer, de son existence de manière à pouvoir l’étrangler à l’occasion – comme on le voit avec l’abattage de masse des petits bébés ; de son origine même de manière à pouvoir officiellement la nier. Toutes choses que désire ouvertement César et devant quoi l’Église catholique devrait s’interposer. Devant quoi, au plus, l’Église française s’est faiblement agitée.
« Faire main basse sur l’être » signifie donc pouvoir déconstruire la structure métaphysique du réel et la reconstruire à son gré. On pose que l’être n’a aucune orientation, et on s’en empare pour le réorienter à son gré.
Ainsi, la personne se module-t-elle en individu, elle se psychologise, se sociologise, devient économicus ; l’individu se décline à l’occasion en chose, comme il arrive à l’animal ou au fœtus ; et à la fin, toute chose ou objet devient irrésistiblement produit, de façon d’autant plus inéluctable que c’est bien le profit capitaliste qui mène tout le bal.
L’énoncé final de la laïcité
Faire main basse sur l’être impose donc à César d’écarter ce qui pourrait s’interposer devant ce projet et en particulier toute opposition religieuse qui soulèverait une objection radicale. Et qui pourrait se révéler de mauvaise pratique.
Autrement dit, aux yeux de l’État, il n’est plus acceptable que l’Église continue de soutenir les énoncés qui fondaient son autorité, à savoir :
- que, dans son autonomie, l’État reste soumis à une loi morale qui transcende son pouvoir ;
- que le catholicisme est la vraie religion et qu’il est ainsi seul garant de la vérité, puisqu’il la tient de la bouche même de l’Autre.
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Soyons clairs : nous nous trouvons dans une situation antagoniste. L’Église s’appuie, du moins en principe, sur une position civilisatrice qui est celle du judéo-christianisme. L’État laïque, quant à lui, projette de déconstruire cette civilisation pour bâtir sur ses ruines. Au-delà même du politique, il s’est donné une tache civilisatrice – un « programme civilisateur » qui, de toute façon, s’appuie sur la déconstruction incontournable de la loi mosaïque.
Ce qu’exprime la laïcité de façon toujours plus nette, c’est qu’il n’est pas question qu’on puisse s’y opposer.
La laïcité ne veut pas de loi morale, elle ne veut pas de la vérité. Elle est à elle-même sa propre vérité.
C’est ici que joue la séparation décisive, la séparation qui porte sur le joint vif de la civilisation à détruire. Car l’État moderne a besoin de se séparer officiellement de l’Autre créateur. Et c’est précisément pour cette raison qu’il a besoin de cet énoncé véritablement fondateur, quoique inconscient et refoulé, de la laïcité moderne, à savoir :
L’Autre n’existe pas.
Énoncé qui, loin de dire simplement que « Dieu n’existe pas », projette devant nous un horizon psychotique de désastre – et qui, pour cette raison, appelle commentaire.
JJ
22:40 Publié dans mystique et politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : christianisme, mystique, politique, spiritualité, catholicisme, laïcité, religion









