09.05.2008

Spinoza et le prophétisme

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spinoza
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Le complot des frères contre le prophétisme et la connaissance prophétique s'est noué très tôt dans la modernité – il a été formulé clairement par Spinoza dans son Traité Théologico-Politique. L'enjeu semble porter sur la question de la connaissance -- mais comme toujours le fond du problème est celui d'une jouissance « terrestre » accomplie.

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Il suffit de dire que le prophétisme est « imagination » pour fermer la bouche de l'Autre. Une fois épuisés tous les commentaires et gloses sur le concept d'imagination il nous reste ce résultat : Spinoza a fermé la bouche de l'Autre. À partir de là, l'histoire de l'Autre n'a plus qu'à consigner que l'Autre – l'Autre transcendant – n'existe pas. C'est ce que fera avec rigueur la psychanalyse en remarquant que l'Autre se réduit à la fin au principe de localisation de notre jouissance, et donc s'évanouit avec l'objet de celle-ci ; et quant à la place désormais vide du Tiers transcendant, il ne reste plus qu'à y coller des Comités d'Éthique...

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Quelle jouissance Spinoza préserve-t-il par cette opération ? Celle du savoir de la totalité. Ce que Spinoza appelle « Amour intellectuel de Dieu », et qui est intuition intellectuelle, saisie englobante et intuitive de la totalité de l'être, est l'affirmation non pas d'un amour quelconque, mais du primat de la connaissance sur l'amour – du primat d'une jouissance par la connaissance sur tout autre béatitude. En fermant la bouche de l'Autre, Spinoza certes s'ouvre à l'amour du savoir, mais il ferme le chemin de l'Amour stricto sensu. Le seul amour qui lui reste, il doit alors le qualifier d'intellectuel.

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Voilà qui révèle que dans l'Autre même, il existe une division. Il y a certes l'Autre de l'Amour, mais nous nous laissons volontiers fourvoyer, nous autres humains, par l'Autre de la jouissance. Ce qui veut dire que ne pouvons confondre l'Autre avec Dieu. L'Autre est un lieu, et non pas exactement un lieu vide mais un lieu meublé, sommairement certes mais meublé – en tout et pour tout meublé de deux chaises. Il y a là, si l’on peut dire, un régime naturel de l'existence de l'Autre.

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Deux chaises donc. Une chaise est réservée à l'Autre de l'amour, la seconde est réservée à l'Autre de la jouissance. Le régime naturel que nous connaissons actuellement, celui du « péché originel », consiste pour chaque être humain à désirer que l'Autre de l'amour vienne s'asseoir sur la chaise qui lui est réservée et à voir, non sans plaisir, s'asseoir sur sa chaise l'Autre de la jouissance. Comme dit saint Paul : nous voulons le bien et malgré tout c'est le mal que nos membres aiment. C'est le mal, horreur, qu'aime notre être naturel. En ce sens, la nature humaine est blessée dans sa perfection.

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L'existence même du prophétisme affirme ceci : il y a un Autre au-delà de l'être – ou bien, ce qui est équivalent : il y a un Amour au-delà de l'être. C'est cette affirmation qui est étouffée par Spinoza, lequel procède à l'écrasement de l'Autre – et de sa raison d'Amour – dans l'immense pressoir de l'être se refermant sur lui-même, refermant sur lui-même ses mâchoires panthéistes et réembobinant en lui ses attributs infinis. Le mal, exclu de ce lieu de l’Ethique par les bons soins du philosophe, se révèle alors être à l'usage (Oh, horreur !), les mâchoires mêmes du monstre.

 

                                             JLB

26.03.2008

six thèses sur la mystique chrétienne

 
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Thèse 1 : seule la mystique chrétienne est une mystique personnelle.

La mystique dont je parle est la mystique chrétienne (et s’il m’arrive d’évoquer la mystique orientale, je parle des chrétiens d'Orient). C'est que la structure en jeu ici est fondamentalement différente (je dis fondamentalement) de celle qui est en jeu dans les autres aires religieuses.

Dans la mystique chrétienne il y a relation à un Autre. Je mets une majuscule pour présenter le même grand Autre que les auteurs contemporains (en particulier athées), et ce pour pouvoir du coup affirmer à la face de ces mêmes auteurs que, contrairement à ce qu'ils soutiennent, la place du grand Autre n'est pas vide. Elle n'est pas destinée à des comités d'éthique comme on fait aujourd'hui.  

Si on l'appelle l’Autre, c'est parce que c'est un Dieu vivant, celui d'Abraham, d'Isaac et de Jacob certes, mais c'est aussi un Dieu trinitaire, c'est-à-dire personnel : sa place n'est pas vide, mais toujours occupée par une au moins des trois Personnes. De sorte que nous ne vivons, ne respirons, ne connaissons et n'aimons que dans cet Autre comme nous allons l’apprendre de la nature qui vient.

Où l’on voit qu'il n'y a rien de plus subjectif que cette position de la mystique chrétienne puisqu'elle se situe nécessairement par rapport à cet Autre. Et en même temps, rien de plus réel, si l’on nous accorde son existence.

Plus précisément encore, nous parlerons d’aventure personnelle ou mieux interpersonnelle de la mystique chrétienne – considérant que c'est l'Autre qui est à la manœuvre et que moi qui suis embarqué, disons cela pour simplifier, ne puis que consentir ou refuser. 

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Thèse 2 : la voie mystique n’est pas la voie initiatique.

Il faut d'abord distinguer la voie mystique de la voie initiatique. Le critère essentiel de la différence entre ces deux voies est le suivant : dans l'expérience mystique, Dieu « descend » vers l'homme, toute l'initiative est de son côté, alors que dans la voie initiatique c'est l'homme qui tient le manche ; le mystique est passif, l'initié actif.

Dans l'expérience mystique, l'homme s'inscrit dans une passion.

À tous les sens du mot : et d'abord parce que le préalable incontournable à toute expérience de ce genre, la condition absolue nécessaire à toute connaissance de Dieu est la charité, comme le souligne par exemple la mystique cistercienne. Mais aussi parce que l'expérience mystique concrète se présente a priori comme un chemin de croix.

Par contre dans l'expérience initiatique, Dieu est un principe avant même toute manifestation ou révélation : c'est ce qui fait de cette expérience une expérience gnostique, c'est-à-dire la recherche d'une connaissance dite « métaphysique » qui rejoindrait un savoir primordial un et universel.

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Thèse 3 : la mystique n’est pas une question théorique mais un réel.

Un réel, c'est-à-dire une réalité à vivre. Un réel balisé par un certain nombre d'étapes concrètes et tout à fait susceptible de description.

Pour faire cette description, Sainte Thérèse par exemple prend l'image du château intérieur et de sept demeures successives à y découvrir. Saint-Jean de la Croix, de son côté, a proposé son propre timing autour de la notion des nuits mystiques.

Mais plus près de nous, nous avons la formidable somme de théologie ascétique et mystique du père Marie-Eugène – le père Marie-Eugène qui est mort en 1964 en odeur de sainteté. Nous trouvons dans ce travail de toute une vie de carme la phénoménologie la plus précise qui soit de la « montée au Carmel », c'est-à-dire une description extrêmement fine, étape par étape, de la réalité de la mystique chrétienne.

Les deux premières pages de ce livre extraordinaire qui en compte plus de 1000 sont déjà d'une profondeur saisissante : il s'agit d'un tableau synoptique qui met en parallèle le plan de l’ouvrage avec les demeures thérésiennes et la terminologie des nuits de Saint Jean. Par exemple : quatrième demeures/nuit des sens ; cinquièmes demeures/union de volontés ; sixièmes demeures/nuit de l'esprit ; septième demeures/mariage spirituel, union transformante.

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Père Marie-Eugène

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   Thèse 4 : la mystique est le chemin objectif d'une mutation subjective.

La mystique est-elle une dimension subjective ? Certainement, mais il paraît surtout que c'est le chemin objectif d'une mutation subjective.

Il y a en quelque sorte passage programmé du vieil homme au nouveau, c'est-à-dire du moi « psychique » (Saint Paul) au moi « divinisé ». Et je pèse mes mots. À ce sujet, je signale à ceux que cela intéresse qu'une de nos prochaines notes sur ce blog portera sur la différence entre « guérison psychique » et « guérison spirituelle ».

Il y a plus : cette mutation subjective, nous sommes tous appelés à la vivre, à la vivre concrètement – libre à nous de répondre ou non à cet appel. Mais souvent la porte qui s'ouvre comme invitation dans cette voie est la porte de la souffrance. Évidemment, dans le monde des frères (mais sans père), où la souffrance est considérée comme un mal (à la façon cartésienne), l'invitation est de plus en plus rarement entendue. Et la porte de la mystique, faute de formation religieuse, en particulier chrétienne, adéquate, est refermée par nous avec horreur.

Mais dans la mystique (surtout chrétienne) c'est comme en physique quantique, ce qui est observé dépend de la position de l'observateur.

Prenons un exemple : la maladie (ou de façon générale, le coup dur). Suivant mon désir, je vais changer sa nature : soit je la déteste et je la vois comme un mal (voire comme LE mal, comme on le fait de plus en plus aujourd’hui), soit je la « comprends » comme une nuit mystique (c'est le cas courant d'une nuit des sens), comme une misère nécessaire (je lui donne le sens de la croix) et je me résous à la supporter (ce qui ne veut pas dire que je ne me soigne pas). De quoi aurais-je peur, puisque Dieu est avec moi ?

Bref, mon désir me met sur le chemin, c’est-à-dire me livre le sens de ma souffrance.

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Thèse 5 : pour parler de la mystique les mots nous manquent.

Comme on l’a déjà dit (thèse n°2), on peut écrire sur la mystique, c’est-à-dire la considérer comme un objet de connaissance mais il y a une difficulté propre à sa nature même : elle est inintelligible si on ne la vit pas, en même temps qu'impénétrable si on ne porte pas sur elle le regard de la foi.

Ainsi si vous essayez de comprendre la nuit de l'esprit , par la lecture par exemple, sans au moins la désirer un peu, le livre vous tombe des mains.

Essayez de lire Le Château Intérieur : vous avez très rapidement l'impression d'être au cœur d'une forêt d’une densité inextricable. Ce n'est qu'à la longue qu'on avance un peu. Les mots se dérobent sans cesse.

Mais il y a plus : celle qui tient la plume, ici Sainte Thérèse, ne cesse elle-même de dire que les mots lui manquent. Il y a défaillance symbolique radicale. Cette défaillance de l’écriture est différente de la défaillance de la lecture qu’on vient d’évoquer.

Traditionnellement, en effet, on considère la mystique comme la voie négative, c'est-à-dire celle qui permet de connaître Dieu par ce qu'il n'est pas : les mots humains sont impuissants à nommer Dieu, qui dès lors ne peut être connu que négativement -- on parle aussi de voie anagogique : par exemple, il n'est pas simplement bon, mais suréminemment bon. Cette conception qui date du pseudo-Denis (IVe siècle) semble s'être vérifiée dans les écrits mystiques les plus connus.

On peut toutefois se demander aujourd'hui, dans une conjoncture historique où des signes sont donnés, en particulier signes prophétiques, d'un certain dévoilement du divin, si cette thèse reste valable et si on ne peut penser que Dieu nous permet de parler de lui de façon non plus négative, mais dans une certaine mesure dans la pauvreté de nos mots humains. Voir à ce propos notre thèse 6.

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Thèse 6 : la mystique chrétienne est en passe de devenir non une expérience personnelle et singulière mais l'expérience de tous : une expérience universelle.

Nous nous trouvons dans une passe historique unique dans laquelle le grand Autre va frapper à la porte non pas de tel ou tel en particulier, mais de tous en même temps. La chose ne peut plus être seulement individuelle. C'est l'affaire de la communauté. Communauté qui est fermée comme une marmite depuis la foutaise du Contrat Social et qui va devoir renouer, qu'elle le veuille ou non, le lien qu'elle a rompu il y a quelques siècles.

 Le renouer par un dévoilement universel.

C'est en particulier pour parler de ce dévoilement que j'ai ouvert ce blog, mais comme il s'agit de parler essentiellement à des couches intellectuelles, gens à la tête dure et à la foi chichiteuse (je me compte évidemment dans le lot), je suis obligé de le prendre de haut pour ne pas passer pour un illuminé, c'est-à-dire de montrer la patte blanche de la « culture », culture dont j'ai pu dire il y a deux ou trois notes tout le mépris que j'en avais.

D'où la thèse implicite qui soutient cet ensemble :

une partie de ce qui aujourd'hui est grâce est appelé à devenir nature demain.

JJ



 

21.03.2008

souffrance et prophétie

 
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Jonas et moi étions embarrassés pour amener ici une question qui nous tient particulièrement à coeur et qui est celle du prophétisme. Nous profitons du calendrier liturgique pour l'introduire dans notre blog. Et à la faveur du Vendredi Saint, nous vous présentons ces pensées mariales sur la souffrance.

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Deux mots d'introduction sur cette question du prophétisme que nous considérons comme décisive non seulement dans le dispositif judéo-chrétien, mais encore dans celui de la pensée contemporaine. Et pas seulement dans le sens où l'entend Léo Strauss qui entend conserver une tension "entre Athènes et Jérusalem".

Il faut tenir pour stratégique l'intervention de Spinoza sur la question du prophétisme dans son Traité Théologico-politique. Et il est vrai que sur ce point particulier, on ne trouve guère dans la philosophie contemporaine que des penseurs juifs, à commencer par Hermann Cohen, pour élever une protestation contre la critique de Spinoza.

J'ajoute que, à ma connaissance, certains milieux thomistes ne paraissent pas non plus avoir tiré les conséquences philosophiques de la recrudescence du phénomène prophétique à partir du milieu du XIXe siècle. Il semblent au contraire résister énergiquement à tirer lesdites conséquences. J'ai eu l'occasion de constater personnellement ce phénomène « d'agnosticisme thomiste » qu'Étienne Gilson évoque quelque part dans son Duns Scot : il est vrai que Duns Scot pose pour sa part ce problème à nouveaux frais.

La position de ces thomistes, par ailleurs gens fort savants et admirables,, exceptionnels connaisseurs d'Aristote et de Saint Thomas, comme vous pouvez le constater si vous allez vous promener sur les forums du Grand Portail Saint Thomas d'Aquin, est grosso modo la suivante : on ne peut mélanger théologie et philosophie car la philosophie s'occupe de la sphère naturelle et la théologie de la sphère surnaturelle.

En effet, selon Aristote, la nature nous est donnée tout entière et dans toute sa perfection dans le monde présent. Si un philosophe peut dire quelque mot sur la sphère surnaturelle ce ne peut être que par analogie. Pas question d'importer des données théologiques, c'est-à-dire des données de la Révélation , dans le domaine philosophique. Pas question de parler de « métaphysique de l'Exode » ou de « philosophie chrétienne » comme faisait Gilson ou Maritain -- ce dernier pour d'autres raisons il est vrai.

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L'objection de Duns Scot à un tel point de vue est la suivante : le Philosophe, c'est-à-dire Aristote, ne pouvait pas savoir que la nature était blessée par la Chute. Personne ne pouvait le savoir naturellement, il fallait le secours d'une information d'origine externe, c'est-à-dire d'une information par voie révélée (prophétique). Et Aristote n'a pas connu la Révélation.

Question : est-il rationnel de rejeter une information décisive qui nous est donnée sur la nature sous prétexte qu'elle n'est pas naturelle par soi, alors même qu'elle semble se vérifier par la présence du mal dans le monde et se voit confirmée au fil du temps par la réalité historique ? Une conséquence que nous tirons pour notre part de cette conclusion de Duns Scot, c'est que la nature n'est pas achevée dans sa perfection, contrairement à ce que soutient la rationalité philosophique : par conséquent, si c'est une nature blessée, non achevée, il est peut-être opportun de penser qu'il y a une nature qui vient, nature en voie de guérison.

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Il faudra revenir, et longuement, sur ce tournant scotiste de la pensée. Il nous suffit ici de savoir qu'au sens de Scot, il existe une controverse, disons « idéale », entre philosophi et theologi, c'est-à-dire une controverse qui a lieu non pas entre deux disciplines, mais entre deux types d'hommes. L'enjeu de la dispute porte sur la question de savoir qui peut, du philosophe ou du théologien, rendre le mieux raison du bonheur de l'homme. Les deux disciplines se disputent en effet le privilège exorbitant, puisqu'il n'est pas sans effet sur le gouvernement de la Cité , d'indiquer à l'homme le chemin de sa jouissance dernière -- voire de le conduire vers cette jouissance.

Ce qui est en jeu c'est un état de la question qui tient exactement au type d'approche que je peux avoir sur l'être. Si je suis un philosophe je vais considérer le monde sous l'angle de la perception sensible que j'en ai et à partir de là je m'en remettrai au progrès naturel de ma raison qui va l'amener à la conclusion que l'être ainsi perçu est achevé et parfait.

Mais si je suis un théologien, ce que j'appréhenderai a priori ce sera l'Autre. L'Autre qui me prévient de ce que je n'aurais jamais pu savoir autrement, c'est-à-dire que la nature qui se présente à moi est blessée (à commencer par ma raison, point à expliquer à l'occasion) et que je suis invité à participer à sa guérison -- guérison dont dépend mon bonheur.

Et quand l'Autre me dit qu'il y a une nature qui vient et qui sera une nature guérie, il me semble raisonnable et rationnel de tendre l'oreille.

À ce moment-là, je comprends qu'entre naturel et surnaturel il n'y a pas coupure mais continuité et que certaines dimensions que j'appelle surnaturelles aujourd'hui seront pour moi naturelles demain.

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C'est précisément ce que nous promettent les prophéties, en particulier les prophéties mariales contemporaines.

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Les extraits prophétiques que nous vous présentons ci-dessous proviennent d'un message de la Vierge Marie donné le 14 mars 1964 à Kérizinen en Bretagne à Jeanne-Louise Ramonet, une pauvre femme qui vivait avec une vache, dans ce hameau de trois fermes, seule et en mauvaise santé, par ailleurs personne de bon sens et de grande piété. Celui qui ne comprend pas l'amour de Marie pour la pauvreté ne comprend rien au christianisme. Celui-là peut dire qu'il est chrétien quand il ressent lui-même cet amour. Bref.

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Le message que nous citons porte sur la valeur de la souffrance. C'est un choix naturel en ce jour de Vendredi Saint. La référence bibliographique est ici : Kérizinen de Raoul Auclair, aux éditions NEL, 1968.

 

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La Vierge Marie nous parle :  

 

« Que votre foi et votre amour repentant vous fassent revivre les scènes douloureuses du grand mystère de votre salut et vous aident à mieux comprendre le prix de la souffrance et de la croix. »

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« Ce n'est pas Dieu qui a créé la souffrance et la mort : c'est l'homme qui les a introduites par le péché. Dieu est la vie ; le péché le rejet de Dieu. Mais quelle merveilleuse trouvaille de l'Amour du Seigneur, de transformer en instrument de salut ce fruit naturel du péché, la souffrance ! Elle devient purification pour qui la prend chrétiennement, s'efforçant de comprendre et d'accepter l'intention de Dieu. »  

« La souffrance est une maîtresse de sagesse divine. Elle vous aide à vivre dans votre foi, dans votre espérance et votre amour de Dieu seul. Elle est nécessaire à qui veut entrer dans la joie de Dieu. »  

« Quand vous souffrez, pensez au Christ qui, si près de vous, vous regarde, vous aime et se penche vers vous pour donner un sens à votre souffrance. Car, depuis le Christ, la souffrance n'est plus un phénomène angoissant, mais une ressemblance, une bouleversante élection. »

« Les persécutés, les innocents, les affligés, les méconnus peuvent reconnaître, dans le Christ, la plus sainte, la plus noble image de ce qu'ils sont devenus. »

« Souffrir est un pouvoir inouï qui vous est conféré ; non une mutilation, non un échec, mais une victoire. Le corps du Christ, désormais, c'est vous. Il faut que vous continuiez de souffrir pour entrer dans la gloire, y soulevant ceux que le Père vous a confiés. »

« Si votre pèlerinage terrestre est ponctué par les stations de la voie douloureuse que Jésus lui-même a suivie, vous savez aussi que cela vous permet de voguer vers le rivage de l'éternelle lumière et de la joie sans fin. Il faut souffrir et mourir avec le Christ pour vivre avec lui. »

« Les joies que vous éprouvez peuvent vous tromper, mais les croix jamais (...) »

« Ne soyez pas dans la tristesse si la souffrance est votre partage, mais qu'une grande joie habite vos coeurs puisque, d'avance, vous savez que la victoire vous est acquise : elle prend sa source dans le Christ ressuscité (...) »

« Faire rayonner la joie sur terre, c'est rendre témoignage au Christ ressuscité. C'est éveiller en vos frères le désir d'en connaître le secret, la soif de la partager avec vous. »

 

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Évidemment, c'est un peu dur... surtout lorsque on voit la manière presque affolée dont le monde des frères nous présente la souffrance, en la dissimulent le plus possible, un peu comme on balaie des ordures pour les glisser sous le tapis...

Seulement, la souffrance est indissolublement liée à la vérité, et vice versa. Comme dit Marie : « Les joies peuvent vous tromper mais pas les croix ».

 

                                                    JLB

28.01.2008

trois définitions

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Rothko

Point de vue mystique

Ce que j’appelle point de vue mystique, « mystique » au sens judéo-chrétien, consiste à prêter un Autre à l’être – un Autre que nous appelons créateur –, et restant indifférent au dit être, à exiger de cet Autre sa réalité. Réalité de personne s’entend. Car l’Autre ne peut être qu’une personne réelle.

 

« Parle-moi », dit le mystique à l’Autre, choisissant ainsi la patience – puisqu’il s’expose alors à l’épreuve du silence. Quant à l’être, peu lui importe, il est parfaitement second.

 

Le point de vue mystique nous ouvre au plus haut niveau de connaissance de la réalité. C’est le point de vue même de l’Autre, l’Autre transcendant, en tant que cet Autre se tient à la plus fine pointe du réel. C’est à partir d’un tel point de vue que le réel se révèle à nous en tant que véritablement être. Je veux dire que son être vient à nous sur fond d’agapisme généralisé.

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Foi

La foi est une position de la raison dans l’Autre – et non dans l’être.

 

Positionner la raison dans l’être c’est la placer vis-à-vis d’un objet. Autrement dit : c’est se positionner vis-à-vis d’un objet.

 

Positionner la raison dans l’Autre, c’est lui donner raison – c’est s’en remettre à sa raison. On fait confiance à l’Autre : si un objet est en jeu, c’est la raison de l’Autre qui est placée devant cet objet. Il y a délégation confiante.

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  Orientation dans l’être

Le point de vue mystique est le point de vue de l’Autre lui-même, très précisément de l’Autre à travers nous.

Il vient couronner deux niveaux de connaissance qui lui sont subordonnés :

 

o       le point de vue théologique, qui n’est plus que notre propre point de vue sur l’Autre – l'Autre y devient objet de connaissance, mais bien entendu selon les informations qu’Il veut bien nous en donner : au premier chef l’information prophétique communiquée dans la Révélation , puis celle qu’Il continue de nous transmettre via le prophétisme contemporain ;

 

o       le point de vue métaphysique, qui est notre point de vue sur l’être naturel jusqu’à la limite de ce que l’analyse rationnelle de cet être naturel peut nous dévoiler sur l’Autre.

 

Il y a certes quelque objection recevable à qualifier l’ensemble de ces connaissances de « connaissance mystique ». Mais d’un autre côté, c’est bien tout le groupe de ces disciplines qui est tendu vers une finalité mystique, c’est-à-dire vers la connaissance personnelle de l’Autre. Et c’est bien cela qui à nos yeux importe.

 

Alors voici : notre orientation dans l’être s’affine à mesure que nous nous élevons sur cette échelle. Tant que nous restons au niveau métaphysique ou même simplement pratique, notre orientation dans l’être dépend d’un juste maniement de la négation – point à préciser à l’occasion.

 

A partir du niveau théologique, notre orientation dans l’être s’infléchit, jusqu’à ce que l’Autre en personne, selon son bon vouloir, vienne prendre la relève de la négation (la relève de la loi) et n’apporte sa propre orientation du réel, c’est-à-dire n’apporte son Amour.

 

 

                                                       JLB

25.01.2008

Prière et politique (II)

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La mère des routes

 

Le signe de Gédéon

 

 

Pour ceux qui ont lu avec attention la lettre de Jean-Louis Bolte, ils auront remarqué dans le dernier paragraphe l’appel au « signe de Gédéon ». Qu’est-ce que le signe de Gédéon ? C’est quelque chose de très classique dans la Bible. Mais c’est d’abord un texte du Livre des Juges (VI  à VIII).

 

Avant le combat, comme avant toute action importante, on peut voir le serviteur de Dieu lui demander un signe comme confirmation.

! ! !

Ce qui ne veut pas dire que Dieu ne choisisse à l’occasion, à vrai dire le plus souvent, de nous laisser dans la foi pure, histoire d’augmenter celle-ci. Dans ce cas, c’est le résultat de l’action qui va confirmer la certitude intérieure de sa réussite que nous avons acquise dans la prière.

 

§ § §

 

La prière et son exaucement

 

Nous avons donc deux modèles :

 

1°) le modèle acte/action, c’est-à-dire prière/action ;

 

2°) le modèle, plus rare tout de même, du moins rare dans son évidence, en réalité le plus souvent inaperçu – inaperçu parce que nous manquons de foi –, est le modèle : acte/signe/action.

 

Décortiquons rapidement ce dernier :

 

a)      l’acte :

 

+l’acte peut-être obtenu par la prière, il devient alors une sorte de motion intérieure qui se présente à nous de façon plus ou moins insistante, une invitation à l’action. Rien de violent, juste une douce insistance. 

 

+l’acte peut se présenter aussi comme information prophétique. Il est toujours invitation à l’action mais n’est plus motion intérieure (privée), il est motion extérieure, éventuellement publique.

 

+ en fin de compte, et si nous le plaçons dans une perspective métaphysique, nous comprenons que ce qui est appelé ici acte n’est autre qu’une variété de ce que Claude Tresmontant appelle « l’information créatrice ».

 

b)      le signe :

 

+ pour Gédéon, le signe s’est présenté comme confirmation, mais tout le     monde a compris ici que cette question est immense. Des signes il y en a de plusieurs sortes : signes naturels ou signes surnaturels, symboles ou paroles, songes ou visions, sacramentaux et sacrements enfin. N’insistons pas pour le moment.

 

+ dans le cas de Gédéon, le signe est un miracle : comme il avait promis, Dieu consume entièrement les offrandes que Gédéon lui présente.

 

c)      l’action enfin dépend de nous.

 

Nous la faisons avec Dieu, nous pouvons toujours compter sur son aide, mais à condition d’y engager notre propre décision. Et cela ce n’est pas forcément le plus facile.

 

§ § §

 

Le signe demandé par Bolte 

Si nous en revenons à la demande de signe que Jean-Louis Bolte a faite dans sa lettre, nous trouvons à peu près ceci : « si le bon Dieu est d’accord avec cette  idée lancée par quelques-uns de l’abolition des partis politiques, qu’Il nous fasse un signe pour nous encourager. Par exemple, qu’Il fasse dégringoler un parti politique significatif. »

!!!

Des partis significatifs, on en a vu dégringoler quelques-uns !

Offrons-nous le plaisir d’une revue d’effectifs. Le parti communiste d’abord a pris vraiment un sale coup, le coup de grâce peut-être. Mais enfin, c’est bien naturel. Il périclitait depuis quelques années et ne pouvait guère trouver de solutions nouvelles, pas avec les nouvelles classes sociales qui arrivent, qui ne connaissent ni les traditions et la culture prolétariennes, ni l’histoire du mouvement révolutionnaire du XXe siècle. Exit le PC …

 

!!!

Le FN, pour sa part, a vu littéralement fuir sa substance, puisque ce qui a valu à Sarkozy le succès que l’on connaît, est son formidable travail idéologique fondé sur un « parler vrai » -- « travail idéologique »,c’est-à-dire travail de préparation des esprits », qui a consisté à reconnaître de façon ouverte et claironnée certains problèmes réels du pays. Certains problèmes que s’acharnaient par ailleurs à masquer les partisans – partisans nombreux, et pas seulement à gauche -- d’alliances politiques fondées sur la veulerie et la paresse des classes les plus précaires d’une part, et d’autre part sur les privilèges historiques des fonctionnaires et sur la sottise d’une grosse partie de la classe moyenne. Le Pen est probablement cuit, mais le FN ne semble pas encore tout à fait au tapis.

 

!!!

Particulièrement amusant dans tout cela, a été le spectacle du PS allant de déconfiture en déconfiture – beauté du mot « déconfiture ». Lui qui croyait tenir en main l’avenir de la bêtise en France, se trouve mat en deux coups : Le Pen déboulonne Jospin (merci Le Pen !), Sarkozy déboulonne Royal (merci, merci Sarkozy !) – la bêtise commence à dégringoler. Attention, j’ai dit commence, je n’ai pas dit que la bêtise s’est effondrée. La bêtise s’est brusquement retrouvée en haillons, à bêtifier sur sa misère.

 

!!!

Sarkozy n’a pas aboli la sottise, il l’a réduite, comme on réduit une fracture. On peut parfaitement craindre un retour de la bêtise. D’autant qu’il existe une bêtise de gauche et une bêtise de droite. Sarkozy a réduit la bêtise de gauche. N’oublions pas que la bêtise est l’acquiescement de la médiocrité (définie comme la tendance à suivre la ligne de plus grande pente) à tel régime en cours de notre mode de jouissance. Or notre mode de jouissance est devenu recherche d’un plus depuis que nous avons établi que notre régime de jouissance serait désormais dérégulé.

 

!!!

Dans le monde judéo-chrétien, nous connaissions un régime de jouissance régulé, c’est-à-dire qui établissait ses règles a priori en s’appuyant sur une morale naturelle, une morale de l’intention. Dans notre monde contemporain, le régime de jouissance est dérégulé dans la mesure même où nous y établissons nos règles a posteriori, c’est-à-dire à grands coups de droit positif. La morale y est devenue morale de suspicion.

 

!!!

Entre la bêtise de gauche et celle de droite, la nuance dans l’approche du droit positif est la suivante : à gauche, on cherche à optimiser la jouissance – on ferme volontiers les yeux sur ses effets néfastes. À droite, par contre, on recherche plutôt les voies du moindre mal – on caresse un peu moins la masse dans le sens du bien-être. Pourtant le but final reste encore un optimum, à savoir la maximation des profits. C’est-à-dire, là encore, un plus de jouissance.

!!!

L’extrême gauche a également eu droit à sa coupe basse. L’extrême gauche, c’est-à-dire les trotskistes. Exit Arlette, usée dans la petite lucarne, où doucement elle a vieilli. Exit le maçon du PTI. Reste le facteur rouge qui parade et s’imagine « homme providentiel ».

 

§ § §

Bref nous avons eu droit au signe de Gédéon qui nous confirme que nous pouvons lancer le mouvement Prière et Politique.

                                                  

                                                               JJ

17.01.2008

Quelle orientation dans l’être ?

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Pinkus Krémègne, Bouquet 

Lorsqu’on parle de connaissance, tout dépend de quel réel on s’approche. Je distingue trois niveaux possibles. Il y a d’abord le niveau mystique du réel, que je laisse pour le moment dans une certaine pénombre. Il y a ensuite son actualité, sa manifestation phénoménale, dans laquelle la science fouille pour trouver ses lois – à ce niveau, on peut parler d’approche pragmatique du réel. Il y a enfin le niveau chimérique, celui qu’on approche par le biais de la bêtise.

 

Selon le réel considéré, nous connaissons comme-ci ou comme ça. C’est-à-dire en ciblant tel niveau de vérité, et parfois tel niveau de fausseté (lorsque nous ciblons le réel chimérique). À chaque niveau de connaissance, la profondeur de celle-ci varie – mais varie aussi selon l’accommodation que nous apportons à notre point de vue. Suivant la qualité de cette accommodation, varie la qualité de cette vérité.

 

 

L’approche de la bêtise

 

Ainsi, si nous considérons le niveau le plus bas, celui qui touche notre connaissance du chimérique, de ce que nous appelons le « chimérique », que d’autres pourront nommer le « semblant », il s’ouvre sur cette réalité étrange qu’on appelle la jouissance. Or, on peut s’engluer dans la jouissance, la « connaître » au prix de sa propre destruction. Par exemple,on peut connaître la guerre, comme on peut connaître l’alcoolisme…

 

C’est qu’une connaissance de la jouissance, c’est-à-dire un dévoilement de sa vérité (de sa fausseté), ne peut avoir lieu qu’à la condition de respecter deux préalables :

 

-         tout d’abord, pas besoin de connaître le mal pour savoir qu’il ne faut pas le faire ;

-         et deuxièmement, la connaissance du mal ne donne aucun savoir, il ne fait que vous mettre à distance de celui-ci.

!!!

 

Si aucun savoir ne résulte de la connaissance de la jouissance, cela signifie qu’il est impossible de construire notre monde sur elle, comme on a tendance à le penser dans le présent régime de dérégulation de ladite jouissance. Elle n’est en rien, cette jouissance, le négatif sur lequel peut s’appuyer dialectiquement le renouveau humain.

 

Exemple historique bien connu : la haine de classe – définie par Mao Tsé Toung comme ciment de « l’unité du camp du peuple », laquelle unité n’est conçue par la dialectique historique, ni plus du moins que comme moteur de l’histoire –, cette haine de classe s’est révélée en fin de compte lamentablement inutilisable – c’est-à-dire extraordinairement néfaste –, dans la mesure où son injection à l’entrée de l’histoire a produit une méchanceté décuplée à la sortie, comme on l’a vu en URSS ou, plus près de nous,  au Cambodge.

 

Le mal n’a aucune espèce de vocation à construire – bien au contraire, il ne peut que détruire. Ou encore : le mal ne peut en rien nous orienter dans l’être.

!!!

Un autre exemple, d’ordre social, parfaitement actuel celui-ci, à l’ordre du jour même, dans la mesure où il n’a pas été encore appliqué dans notre réalité concrète, mais où il aspire à l’être : l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel. Bien entendu, on peut toujours essayer de confier un enfant à un couple homosexuel : d’une part, on n’en tirera qu’un échec parce qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère – et deux homosexuels, quel que soit le sexe, cela ne fait jamais, au mieux, que deux mères – ; mais surtout, il n’en viendra aucun savoir positif, seulement une catastrophe  sociale, comme on le voit déjà de façon éclatante avec le désastre familial engendré par l’expérience de la déconstruction systématique du père qui a été entreprise en France depuis maintenant plus de 50 ans.  

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comment s’orienter dans l’être ?

Ici, on voit se rejoindre la vision du pragmatisme anglo-saxon qui prône une ligne sociale d’expérimentation totale, à la manière des sciences expérimentales, avec la vision franco-européenne de dérégulation de la jouissance qui, rappelons-le, est le point de vue de l’extrême bêtise.

 

Or, tant que le pragmatisme se rapproche du point de vue mystique, les choses vont plutôt bien – et on peut penser que c’est ce  mélange de pragmatisme et de mystique que Maritain a tant admiré dans ce qu’avait de meilleur pour lui l’Amérique d’avant-guerre.

 

Mais quand le même pragmatisme se rapproche du point de vue de l’extrême bêtise, c’est alors, comme disait Philippe Muray, « la fin de la fin des haricots ».

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Observons au passage que ces remarques toutes simples orientent  la question qu’il faut se poser à propos de notre Président : il est évident que M. Sarkozy est sur la ligne d’un certain pragmatisme, ce qui le leste du coup d’une certaine dose de bon sens. Mais de soi, le pragmatisme ne peut aller que dans le sens où l’entraînent ses choix de recherche (et donc d’action), lesquels choix lui sont le plus souvent dictés par les circonstances économiques, c’est-à-dire par les seules marges de profit, c’est-à-dire par la jouissance. Difficile dans ce cas de ne pas retomber du côté de la bêtise.

 

Le pragmatisme ne connaît que l’actuel, il ne connaît que le phénomène – la loi naturelle et sa formule. Il ne peut  donc nous orienter dans le réel – tout juste nous donner une méthode d’approche, basée sur la méthode expérimentale. De l’être, il n’a rien à dire en dehors de son actualité. L’exister, que nous devons distinguer de l’existence, lui est fermé. Pas de réponse au pourquoi des choses, beaucoup au comment. Le seul horizon : l’action – et l’existence qui en suit. Oubli de l’exister.

 

Qu’il ne puisse s’orienter dans l’être, signifie qu’il n’en tire aucune instruction. Il a du mal à s’y ouvrir parce qu’il ne peut s’empêcher de le prendre comme une chose, l’être humain y compris, une chose qui doit se plier à ses exigences. C’est pour cela que l’on peut dire qu’il ne connaît que l’actuel et, dans le cadre de l’expérience capitaliste, l’actuel est à la fin, comme on l’a dit, la loi du profit.

 

L’alternative serait de prendre ses orientations dans l’être là où elles se trouvent c’est-à-dire dans une mystique (une révélation). Comme on faisait au bon vieux temps du judéo-christianisme.

 

Sur lE SOUVENIR DE L’EXISTER

Car le point de vue mystique est pour sa part « souvenir » de l’exister – non qu’il y ait quoi que ce soit à se remémorer, simplement et à tout moment cela est présent à mon esprit : j’existe. Traduction : il y a un acte, qui n’est pas action, qui m’est inaccessible, qui me dépasse, un acte duquel je tiens mon exister Non que je sois plongé dans le flux de l’existence – je le suis aussi, mais ce n’est pas cela que je considère. Ce que je considère est au contraire le fait que j’existe et ce fait je l’appelle : l’exister. Le point de vue mystique a toujours ce fait présent à l’esprit.

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Bolte appelle « enfermement dans l’être » cet oubli de l’exister qui doit être distingué de l’oubli de l’être dont parle Heidegger. À son sens nous vivons plusieurs enfermements dans l’être. En oubliant l’exister de chaque être, nous le réduisons à un ce que c’est, c’est-à-dire à une chose livrée à toutes les manipulations de la jouissance – Heidegger parlait d’arraisonnement, nous pouvons maintenant aller jusqu’à parler de refabrication.

 

Mais il y a une autre conséquence à l’oubli de l’exister, c’est l’oubli qui frappe l’être du monde lui-même, l’être global. Car ce dernier oubli nous enferme dans un panthéisme qui semble avoir de temps en temps besoin de devenir furieux comme on l’a vu avec le nazisme comme avec le communisme.

 

En réalité, l’orientation dans l’être, qui est le problème fondamental de tout dirigeant ne peut se prendre ni au niveau concret où règne désormais la loi de jouissance dérégulée, ni au niveau global d’où ne peuvent se tirer que des abstractions folles du genre pureté de la race ou pureté de la classe, et aujourd’hui pureté de l’espèce.

 

Méditons ceci : l’orientation dans l’être ne peut se trouver que dans le souvenir de l’exister, c’est-à-dire à partir d’un point de vue mystique.

                 

                                              JJ

12.01.2008

prière et politique

Selon la tradition, en 451, grâce à sa force de caractère, Geneviève, qui n’a que 28 ans, convainc les habitants de Paris de ne pas abandonner leur cité aux Huns. Elle ne se fait déjà plus d’illusion sur le soi-disant courage des hommes. C’est elle qui sera la femme forte en encourageant les Parisiens à résister à l’invasion des Huns par les paroles célèbres : « Que les hommes fuient, s’ils veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’Il entendra nos supplications. » De fait, grâce à la prière intense de sainte Geneviève, Attila épargnera Paris.

 

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La chasse de Sainte Geneviève à Paris 

Mon ami Bolte me communique le texte suivant qu’il avait envoyé à de Guillebon à l’époque - avant les présidentielles - où la revue La Nef faisait une sorte de campagne de réflexion pour la disparition des partis politiques en France. Jacques de Guillebon l’avait finalement publié sur le site de feu Immédiatement !   

Après l’élection de Sarkozy, Bolte m’a raconté en riant que Bruno Maillé, qui n’a jamais manqué d’humour mais qui tout de même, là, y avait mis un certain accent de sérieux, lui avait fait remarquer que son histoire de politique-prière (ou prière-politique ?) pour la disparition des partis – eh bien ! « ça a l’air de marcher ». Bolte m’a dit qu’il en est resté comme deux ronds de flan, parce qu’il n’avait pas pensé à ça.

Il est vrai qu’après l’élection de Sarkozy, les partis politiques dégringolaient comme à Gravelotte.  

« Si vous aviez la foi comme un grain de blé… »  

                                                  JJ

         

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A propos de l'appel pour l'abolition des partis politiques  

 

L'appel pour l'abolition des partis politiques n'est pas une simple idée politique, une proposition politique nouvelle, au sens où cette idée ouvrirait tout un champ en friche au débat et à la pragmatique politique, à ce qu'on appelle l'action politique. Certes cet appel est aussi cela, c’est aussi une idée politique, mais une idée qui doit être replacée dans le contexte de son émission, c'est-à-dire l'intuition de Simone Weil et sa reprise par un groupe de jeunes intellectuels chrétiens. Soulignons « chrétiens ».  

Car bien plutôt, à la fin, cette idée est une inspiration : ce qui veut dire que l'émetteur est l'Esprit Saint. Si ce n'est pas le cas, cette idée ne vaut rien et elle va s’affaisser d’elle-même. Tous les chrétiens qui méritent ce nom doivent en principe savoir, une fois passés les flottements de la réception de cette idée, une fois passé aussi un temps de méditation (c'est-à-dire de prière), doivent savoir donc, si l'on veut employer un langage politique, que cette idée est juste – et plus exactement qu'elle est vraie. C'est-à-dire encore qu'elle a la valeur d'une quasi-prophétie. Et pour être plus clair s’il est possible qu'elle s'inscrit dans le cadre à venir, en puissance déjà là, de la civilisation de l'amour prophétisée par Jean-Paul II – ou, ce qui est la même chose, celui du règne social du Christ.   

Si nous admettons ce point de départ se pose alors la question de l'action, c'est-à-dire de la sorte de pragmatique politique qui en résulte. C'est ici que s'impose la plus grande lucidité et aussi la plus stricte rigueur intellectuelle qui conviennent à des chrétiens. Cette idée de l'abolition des partis, cette quasi-prophétie, avons-nous dit, est sur le papier. Nous n'en voyons pas, ni peut-être n'en pouvons même imaginer le plus petit commencement. C’est qu’en réalité nous n'avons pas à le faire. Tout consiste actuellement, pour le dire sous forme de paradoxe, à organiser le laisser-faire. Cette idée est en puissance et si elle est juste elle attend de passer à l'acte.  

Le mot « acte » ne signifie pas ici qu'il faut se lancer tête baissée dans l'action – ou pire, comme on l’a trop souvent fait dans l'église contemporaine, dans l'activisme. Le mot « acte » signifie que si cette idée, cette inspiration, nous vient de l'Esprit Saint, c'est lui qui en dirigera la réalisation. Aristote disait que l'âme est l'acte du corps, mais en deux sens : en tant qu'acte premier, l'âme anime le corps et lui donne vie ; en tant qu'acte second, elle exerce ses fonctions par ce même corps.   

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Ici nous nous trouvons également devant ces deux degrés de l'acte à accomplir :  

  1)      Recevoir cette inspiration et lui permettre d'animer les êtres dans ce sens : ceci est le fait de notre prière, le premier degré de notre acte.

   2)      Tirer de cette vie appelée par la prière, qui prend forme en nous et autour de nous, les actions que nous avons éventuellement à réaliser : ceci est l'action, la praxis, qui nous est présentée par les évènements ou soufflée à notre esprit, c’est le deuxième degré de notre acte.   

De ce point de vue, il est évident que la notion de « laïcité », dans sa version dure, a été dressée devant nous pour couper court à cette voie des deux degrés de l’acte politique chrétien.

Dans la politique moderne, le pragmatisme tend à devenir dominant : entre l'idée et l'action, il est interdit de voir une discontinuité – le monde moderne est compact, continu et fermé, et nous y sommes impérativement enfermés. Mais un chrétien, s'il est dans ce monde, n'est pas de ce monde. Un chrétien n'est en rien un adepte du pragmatisme, il ne fonce pas tête baissée dans l'action, il ne saute pas l'étape de la mobilisation spirituelle de la prière.   

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 Ste Geneviève (St Etienne)

Ou alors, parlons de « pragmatisme chrétien », et distinguons dans l’action entre « energéïa », l’acte, et « prâxis », l’action. Et ce dans les plus petites choses. Du moins c'est ce que devrait faire un chrétien. Rechercher en permanence le sens de la providence et son action dans les choses de tous les jours.

Dans le cas présent, n'est-il pas opportun de faire appel pour commencer à la formation de petits groupes de prière chargés de préparer le terrain et de faire « mijoter » l'inspiration reçue. Et d’ailleurs, pour nous tranquilliser complètement, nous pouvons faire comme Gédéon : demandons un signe à Dieu pour confirmation. Par exemple la disparition de la scène politique d'un parti significatif. Étant donné qu'Il était patient avec Gédéon, Il le sera aussi avec nous. Après que le dit signe ait eu lieu, lançons par exemple le mouvement « prière et politique » – ou de tout autre nom, si celui-ci est jugée trop provocateur, trop ouvertement anti-laïcité. Avec une telle démarche, nous n'entreprenons rien d'irrationnel, bien au contraire. Il s'agit plutôt de s'installer dans une juste rationalité.  

                                          Jean-Louis Bolte

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Matthieu, XVII, 20:

« Car je vous le dis en vérité, si vous avez de la foi gros comme un train de sénevé, vous direz à cette montagne : « Déplace-toi d’ici à là », et elle se déplacera, et rien ne vous sera impossible. »